L’indécision au mépris du temps

Cela fait déjà un mois que je travaille pour… Attendez, comment ça, ça fait plus d’un mois ?! (Début du stage le 27 avril, nous sommes le 12 juin… le compte y est). Que le temps passe vite… Je m’étonne moi-même de voir à quelle vitesse j’ai pu m’adapter à cette nouvelle routine de travail : la petite réunion d’équipe récurrente du mardi après-midi, la formation du jeudi… Au point d’être presque déboussolé si l’un de ces rendez-vous vient à sauter. Mais ça, c’était avant que cette belle mécanique bien huilée ne subisse le passage d’un ouragan.

Après avoir sagement pris mes marques dans cette entreprise décidément hors norme, j’ai pu observer de près le long parcours du combattant qu’une idée doit traverser avant de devenir une décision. Engagé dans la préparation de ce fameux événement de grande envergure, j’ai vu se dessiner un schéma récurrent, véritable frein à main de notre organisation. Je vous dépeins le tableau : une problématique de départ germe dans l’esprit de la direction. S’ensuivent 3 réunions étalées sur 3 semaines et une avalanche d’idées apportées par l’équipe (devis, designs, schémas, mises en situation…). Et à l’arrivée ? Rien. Personne n’ose trancher, même à la limite de la date butoir, paralysé par la peur de dépasser le budget, de ne pas plaire à tout le monde, etc. Les choses n’aboutissent pas (ou peu), la date fatidique nous rattrape et BIM : les décisions sont prises dans l’urgence absolue. Résultat des courses, nos partenaires (le traiteur, le gérant de la salle de réception, les reprographes et les fournisseurs en tout genre) se retrouvent mis sous pression pour boucler des délais littéralement impossibles à respecter.

C’est là que j’ai mesuré à quel point l’indécision pouvait gangrener absolument toutes les strates d’une organisation, et que cela pouvait partir d’un rien. L’exemple le plus flagrant ? La date de lancement de la communication autour de l’évènement. Le plan était simple : les premières communications devaient être envoyées 2 semaines après l’ouverture de la billetterie pour laisser le temps aux personnes prioritaires de prendre leurs billets (le nombre de places étant limité). Sauf qu’entre les changements de planning, les malentendus et ce fameux manque de prise de décision, la sortie des premiers posts sur les réseaux sociaux a été repoussée de 2 semaines. Un décalage qui n’a pas manqué de chambouler totalement le planning : cette confusion a rendu les inscriptions anarchiques, semant un grand désarroi dans tout le réseau du personnel.

C’est exactement à cet instant que j’ai découvert la merveille du contact client. Le téléphone sonnait toute la journée et il fallait répondre aux questions, mais le support client était totalement débordé. Il a donc fallu que tout le service mette la main à la pâte. Me voilà donc transformé en pieuvre, à passer des journées entières avec une main sur le clavier pour préparer les visuels de ce même événement, l’autre accrochée à un stylo pour noter les questions et les doléances, le tout avec le téléphone vissé à l’oreille pour essayer de répondre aux attentes de chacun.

C’est donc à ce moment précis, au milieu de la tempête, que j’ai compris que procrastiner dans la prise de décision pouvait mener à des conséquences fâcheuses.

Au final, que retenir et qu’espérer de cette fin de stage ? Bien que cette première partie ait été particulièrement éprouvante, elle s’est révélée plus qu’instructive et diversifiée. J’attends donc la suite avec l’envie qu’elle continue sur cette même belle dynamique… avec la pression en moins, peut-être !

Est-ce qu’on crée vraiment ou est-ce qu’on remplit des cases ?

Ça fait presque deux mois que je suis en stage (en essayant d’éviter de me refaire attaquer par Ménière 🙃), et je me rends compte d’une chose : je fais énormément de choses. Vraiment beaucoup de choses.

Entre les templates, les supports de communication, les réunions, les échanges sur Teams, les scripts, des voyages à Saint-Nazaire et Dunkerque, des événements avec la crème des big boss… je ne vois pas les journées passer. Ni les soirées d’ailleurs. Je suis clairement plongée dans le rythme de l’entreprise et sur ce point-là, je ne m’ennuie pas du tout. Et en plus on mange très bien. Mais vraiment très très bien.

Mais il y a quand même un « mais ».

Malgré le cadre de travail incroyable, je suis frustrée. Parce que malgré tout ce que je fais, j’ai souvent l’impression de remplir des cases. Je fais des templates. Beaucoup de templates. Énormément de templates. Probablement plus de templates que je n’aurais imaginé en faire dans toute ma vie.

Et au final, je me retrouve souvent à adapter, décliner, ajuster… plutôt qu’à inventer. La charte graphique est là pour me rappeler à l’ordre dès que j’essaie de sortir un peu du cadre. Ce qui me ramène à la question : est-ce qu’on crée vraiment dans un grand groupe comme ENGIE, ou est-ce que tout est déjà décidé à l’avance ?

Parce que faire un support, c’est une chose. Le faire valider, c’en est une autre.

Je comprends totalement pourquoi : il faut que tout soit carré, cohérent, conforme à l’image du groupe. Mais ça soulève des questions :

  • Est-ce qu’on n’y perd pas en rapidité ?
  • Est-ce que tout doit vraiment passer par autant d’étapes, même pour des petites choses ?

Et chaque validation supplémentaire, c’est aussi une case de plus à cocher avant que mon travail existe vraiment.

Beaucoup de choses sont faites chez ENGIE, selon les entités, les GBU, même des supports très répétitifs. Du coup je me demande :

  • Est-ce que tout garder en interne permet vraiment de mieux contrôler l’image ou est-ce que ça limite les idées ?
  • Et si on ouvrait un peu plus vers l’externe, est-ce que ça apporterait plus de créativité… ou juste plus de complications ?

Je sais que certaines choses sont faites à l’externe, mais pas dans mon pôle.

Et forcément, ça me ramène à ma place à moi.

Parce que parfois, j’ai vraiment l’impression d’être plus une machine à décliner des slides qu’une graphiste. Bon, j’exagère… (à peine).

  • Est-ce que mon rôle ici, c’est surtout d’apprendre à appliquer des règles ?
  • Et jusqu’où je peux aller sans sortir du cadre… sans déclencher une nouvelle chaîne de validation infinie ?

Au final, ce stage est super formateur, il m’apprend à respecter un cadre, à travailler avec des contraintes, à m’adapter. Et ce n’est pas rien. Parce que grâce à ces fameux slides, il y a eu de vrais supports de communication pour des événements internes, mais aussi externes, comme VIVATECH. Des cases remplies, oui. Mais des cases qui ont quand même fini par compter.

Alors peut-être que la vraie question, ce n’est pas créer ou remplir des cases… c’est apprendre à créer à l’intérieur des cases. Et ça, je commence tout juste à comprendre ce que ça veut dire.

Le graphiste de cinéma est-il le même que celui d’agence ?

Depuis que je suis passé au graphisme, j’ai remarqué une manie négative constante qui découle fortement de la nature du travail et des gens autour de l’équipe de graphisme.

L’équipe de graphisme en elle-même est très bien, mes trois « collègues » (Cyril, Almudena et Adrienne) sont pédagogues, drôles et consciencieux, mais il y a une « négativité » persistante autour du travail et surtout des autres équipes vis-à-vis du graphisme.

l’équipe de graphisme : Almudena, Adrienne et Cyril (ils font semblant de crier pour la photo)

Je ne parlerai pas d’irrespect ou de condescendance ouverte, mais je pense qu’il y a une inconsidération sous-jacente vis-à-vis des graphistes, de leur rôle et de leur travail.

Ce n’est pas rare qu’on nous demande de faire des tâches qui ne nous concernent pas, certaines personnes venant à notre bureau pour nous « demander un service » (qui ne correspond pas à notre travail, mais au leur) alors que nous sommes déjà débordés de missions. Ou encore, l’ensemble des autres équipes de la décoration et de l’ensembliage ont pu engager des renforts, et nous sommes les seuls (malgré nos demandes) à ne pas avoir de nouveaux bras pour nous aider.

Cela m’a fortement choqué au départ, surtout la façon dont tous les graphistes devaient faire des heures sup (voire venir pendant les week-ends), ou bien la façon dont on nous donne des dossiers à 17 h pour le lendemain matin (à designer, imprimer et monter). Ou parfois même des phrases d’autres équipes balancées quand nous sommes dans une impasse : « Bah, c’est quand même la base de votre travail » (spoiler : non), agressives et pressantes.

Cela m’a poussé à me poser la question : est-ce que cet « irrespect » vient du milieu du cinéma ? Est-ce que c’est à cause de la série en particulier (qui attire des fois des personnes superficielles ou hautaines) ou bien de la production américaine et donc une dissonance avec leur praxis culturelle ?

Mais après un moment de réflexion, j’ai compris que ces questions sur “l’origine » de cette inconsidération n’étaient pas si intéressantes, mais que ma plus grande question, et peut-être même peur, était :

Est-ce que cette situation est propre au cinéma parce que le graphisme n’est qu’un rouage dans la machine ou est-ce qu’une agence de graphisme fait face aux mêmes problèmes ?

Je me doute qu’il y a de fortes différences entre le graphisme de cinéma et le graphisme dans une agence ou un studio dédié, autant sûrement de différence qu’entre le graphisme de grande entreprise, un illustrateur, un spécialiste du branding, etc.
Je pense que la plus grande différence est dans les délais, surtout en prenant en considération le sujet de la série — dans Emily in Paris, Emily travaille dans une agence de publicité —, donc il y a BEAUCOUP de branding pour des compagnies de luxe factices. Pour ce branding qui devrait normalement prendre peut-être plusieurs mois à un vrai studio, nous avons 1 ou 2 semaines maximum. (Bien sûr, nous n’avons pas de vrais clients difficiles, mais nous avons des producteurs américains qui ne comprennent pas le temps passé pour le design de chaque marque).

Au-delà de ça, dans le cinéma, le graphisme n’est qu’un petit aspect de la scène, ce qui peut expliquer le regard envers le département de graphisme. Dans un studio où la création est le but principal et la « seule activité », il n’y a pas de rippers ou de set dressers pour faire des demandes incongrues qui ne sont pas dans la liste de nos compétences.
Cette différence entre le graphiste de cinéma et le graphiste de studio m’a surtout inquiété, car je voudrais personnellement me tourner vers l’audiovisuel, mais cette dissonance entre le graphisme et le reste des équipes n’est pas tout à fait un frein, mais assurément pas un avantage. Je me fais la réflexion après, que chaque métier apporte son lot de problèmes et que, peut-être qu’un graphiste de studio affronte les mêmes problèmes et, sinon, assurément, il en affronte d’autres.


Je me rends seulement compte maintenant des tensions propres au monde du travail. Et malgré cet aspect négatif, je suis d’autant plus motivé à continuer de découvrir, d’apprendre il à prendre de l’expérience dans ce domaine.

T’es arrivé quand ? Stagiaire ou alternant ?

Fraîchement arrivé depuis une semaine chez The Sanctuary Group, sous l’accompagnement de « Quentin le DA 😎 », ce qui m’a directement sauté aux yeux, c’est la jeunesse et la flexibilité de toute l’équipe comparé à une identité de marque hyper contrôlée par les idées du CEO, Alex.

En effet, le groupe travaille sur 6 marques premium différentes et 15 studios de sport bien-être, avec toute la logistique et les contraintes que ça implique. Dans l’open space, c’est presque 60 % de l’équipe qui sont soit alternants soit stagiaires, arrivés depuis moins de six mois (un choix sûrement budgétaire qui pourrait effrayer). The Sanctuary Group se veut une entreprise jeune et dynamique, poussée par le CEO, avec une qualité de vie au travail primordiale et une image de start-up cool et moderne.

Là-bas, peu importe comment tu travailles dans l’open space, l’engagement reste de produire tout en restant aligné avec la stratégie. Que ce soit sur les bureaux communs, dans les canapés, seul ou à plusieurs, ou encore dans les call box, tout le monde est coordonné par Slack et Notion face à la quantité de contenus à produire.

Malgré une équipe très jeune, il ne faut pas confondre avec non expérimentée : la marque forme à différents métiers pour peu cher, mais en restant extrêmement cohérente.

Cette culture start-up est assez différente de la vie en entreprise classique. Ici la cohésion et le vivre ensemble sont primordiaux. On n’a pas vraiment ce sentiment d’être collègues de travail “classiques”, mais plutôt collègues tout court.

Les temps de pause sont tous plus ludiques les uns que les autres. Le lundi, souvent redouté ailleurs, ici ne l’est pas vraiment : la première chose que l’on fait, c’est discuter de notre week-end autour d’un petit déjeuner dans la cuisine collective, le tout poussé par l’entreprise. Ou encore les pauses où l’on va s’entraîner dans les différents studios de sport de la marque : boxe, pilates, danse…

L’équipe se renouvelle en permanence avec beaucoup d’alternants et de stagiaires. Par exemple, Quentin avec qui je travaille est là seulement depuis janvier et remplace le précédent directeur artistique. Pourtant, la marque n’a fait qu’évoluer et ces changements n’ont pas fragilisé la structure grâce à une organisation claire entre tous les pôles qui sont bien définis. Chaque personne a un rôle précis.

De plus, les échanges sont constants entre les pôles : réunions fréquentes entre les RH, la logistique, la créa, et même les coaches des studios de sport. C’est un point clé : chaque membre a une vision globale grâce à différentes méthodes de mise en commun des projets.

À travers le temps, le groupe a mis plein de méthodes en place pour s’y retrouver. Par exemple, pour le pôle créa, un drive commun a été créé regroupant par catégorie chaque marque, comprenant différents shootings de séances de sport, ainsi que des shootings des coaches dans différents environnements…

De plus, une centralisation massive est présente sur Figma avec toutes les conditions d’utilisation des différentes marques : brandbook, dossier de presse, comment créer les mises en page des newsletters, les campagnes, et même des dossiers pour les franchisés.

En parlant des franchisés, comme ce n’est pas directement notre équipe qui s’en occupe, une méthode simple a été mise en place pour qu’ils puissent créer leurs propres éléments de communication. Chaque template a été recréé sur Canva (habituellement sur Figma) pour qu’ils puissent simplement modifier certaines informations sans recréer toute une template.

Ce que j’ai compris chez The Sanctuary Group, c’est que plus on cadre et on définit ce que l’on veut, plus il sera simple pour le prochain employé de réutiliser les choses, et plus précisément en tant que designer. Sans ce brandbook, sans ce retour constant aux bases, la marque serait trop dispersée et perdrait de son essence.

Malgré cette ambiance propice à la créativité, une seule contrainte s’impose : une phrase revient souvent dans toutes les discussions, « j’attends la validation d’Alex 💀». Cela nous mène à nous dire « il faut penser comme Alex ».

Même avec seulement quatre jours dans l’entreprise, je commence à comprendre ce que veut réellement dire l’image de studio de sport premium. Mais jusqu’où la créativité et la maîtrise des designers ou directeurs artistiques doit constamment refléter l’image de son dirigeant qui n’est pas lui-même dans le milieu de la création ?

Parfois, tout un travail peut juste se réduire à un oui ou un non par une personne extérieure au domaine.

En cette fin de semaine,je découvre que le travail créatif ne consiste pas uniquement à produire des visuels, mais aussi à comprendre une stratégie globale et une manière de penser commune à tous les différents métiers d’une entreprise.

Alors c’est ça l’Amérique?

Pour cette période de stage, j’ai été recruté par l’entreprise REMAX France qui est une filiale de l’entreprise américaine Remax Global. Cette entreprise est spécialisée dans la franchise immobilière. Le cadre étant posé, je vais vous raconter la plus grande surprise que j’ai eue : Premier jour, aucune information sur l’entreprise (à part celles de l’entretien, autant dire pas beaucoup), j’entre dans un bureau et je découvre l’Amérique. Un bureau bardé de décorations brandées aux couleurs de l’entreprise et, au milieu de toute cette farandole de merchandising autour de la marque, se trouve une toute petite équipe de 12 personnes chargée de gérer une gigantesque marque répartie dans toute la France.

C’est donc à ce moment que j’ai vécu mon plus grand choc professionnel, j’ai découvert la magie d’une entreprise avec une ambiance réellement familiale dans laquelle j’ai été intégré dès la première seconde.

Sans voir le temps passer, me voilà donc 2 semaines plus tard et des choses se sont passées… Peu après mon arrivée (une heure), la directrice de com m’a posé le cadre. L’entreprise entre dans la phase finale de son année et les choses vont s’enchaîner très vite… Mais vraiment très, très vite. L’entreprise pour sa fin d’année (derniers mois avant la pause estivale) organise une grande convention pour les agents immobiliers afin de les récompenser au travers de remises de prix et d’un grand gala. À cette occasion, la charge de travail qui incombe à l’équipe communication est prévue pour augmenter de façon drastique. J’ai donc eu l’occasion de suivre les réunions de l’entreprise, ce qui m’a permis de me rendre compte de la réalité de l’organisation d’une entreprise de classe mondiale. Le topo est clair pour moi, mon travail sera régi par la charte graphique et elle seule. Ou peut-être pas… En effet, la convention annuelle est le moment de créer et de se séparer de la charte graphique. C’est donc là le moment pour moi de m’épanouir. À cette occasion, je découvre donc le plus grand problème de cette liberté… L’indécision des gens qui n’ont toujours fait que se calquer sur la charte graphique, qui fait que les décisions sur un travail plus créatif sont bien plus compliquées à prendre.

Au final, que retenir de ce début ? Sans beaucoup d’attentes, je me retrouve projeté dans un monde du travail plus qu’agréable, sans mise de pression de la part de l’équipe et surtout une implication, bien que maladroite dans les décisions, qui reste totale et bienveillante. Dans cette idée, qu’attendre pour la suite ? J’attends avec impatience la suite pour toutes les opportunités créatives qu’elle va m’offrir et tous les enseignements qu’elle va m’apporter.

À LA RECHERCHE DU GRAPHISME :

Pendant ces trois premières semaines, même si peu de temps est passé, j’ai pu remarquer plusieurs choses.


Pour donner un peu de contexte, je suis en stage sur un tournage en déco alternant entre l’enssembliage et le graphisme. Nous sommes encore en préparation de tournage pendant une bonne semaine.


Pendant mes deux première semaine, j’ai aidé à ranger les props (accessoires) au stock et à faire le ménage, au point que je m’inquiétais du rapport entre mon stage et mes études. J’étais une femme de ménage, une déménageuse, mais où était Ambre la graphiste ?


Pourtant, j’ai quand même retirer certaines choses de ce cours passage au stock.


-L’initiative-


Dès qu’on a reçu les camions, tout le monde était stressé et pressé de finir de ranger à temps. J’ai habituellement besoin de consignes très strictes et claires pour travailler, une mauvaise habitude qui s’ajoute à un doute permanent sur ce que je produit, mais à ce moment-là, je n’avais aucune consigne, aucune indication, à part un « improvise, fais comme tu veux pour que ça soit logique ». Et ça peut paraître anodin mais au final, cette liberté m’as fait passer d’une anxiété profonde à une certaine assurance dans ce que je faisais.


-La resilience-

Un autre point majeur dans le travail de décor -surtout quand on travaille avec des personnes notoirement perfectionnistes- c’est que chaque étape sera défaite. Il y a toujours quelque chose à modifier, on peut toujours améliorer ou optimiser ce qu’on fait. Ce qui fait que j’ai vite compris que je devrais m’habituer à devoir recommencer « tout » mon travail à plusieurs reprises, ce qui me semble assez logique dans le travail d’un designer : de devoir se plier au client et aux changements qu’il demande. Mais même au delà de ces modifications rapides, tous les efforts fournis seront remballés dès la fin du tournage, voire oubliés, jetés, vendus ou donnés si la série ne réitère pas de nouvelle saison.
Il y a presque une notion de travail ingrat, mais nécessaire.


-La patience-

Surtout pendant les premiers jours, les journées n’étaient que de longues heures d’attente. Attendre après les camions, attendre que certaines équipes arrivent ou reviennent… Étant assez motivée, chaque tâche qui m’était confiée était finie si rapidement que mes collègues ne savaient plus quoi me donner comme travail. (Ce qui -merci- a grandement changé depuis que je travaille avec les graphistes). Je ne parlerai peut-être pas de manque de communication, mais j’ai en effet remarqué que tout le monde attendait quelqu’un finalement, l’assistant attend après les graphistes qui attendent après l’imprimeur etc…

Finalement, j’en ai encore beaucoup à découvrir à travers ces deux départements qui regroupent une bonne centaine de personnes. Et je suis sûre que lors de ce stage où je travaillerai avec chaque sous-équipe, que se soit en graphisme, en illustration, en peinture, en enssembliage etc… je réussirai à tirer une expérience positive et developper des compétences qu’il s’agisse d’hard skills ou soft skills.

Entrer dans le monde professionnel avec une grande entreprise

Je fais mon stage chez ENGIE, au pôle communication. Engie est une entreprise française spécialisée dans la production et la distribution d’énergie, notamment dans l’électricité, le gaz naturel et maintenant les énergies renouvelables. Mais ce qui se cache derrière Engie, c’est une grande maison avec 90 000 personnes réparties sous quatre pôles, autrement dit quatre entités. Certaines sont plus orientées réseau & infrastructure, et l’une d’elles est la mienne : Renewable & Flexible.

Premier jour, première impression : WOW. Pourquoi ? Parce que je suis située sur un campus de plusieurs hectares accueillant plus de 9 000 personnes. C’est littéralement une ville dans la ville : salle de sport, spa, restaurant, crèche, médecin… et plein d’autres choses que j’oublie forcément. Tout est pensé pour que les salariés se sentent bien, et ça se ressent dès qu’on passe les portes. Et moi dans tout ça, je suis installée dans un open space avec un workcafé, un espace de travail ouvert avec un poste de travail.

Techniquement, ça fait trois semaines que je suis en stage, mais j’ai été arrêtée une semaine et demie. Pourquoi ? La maladie de Ménière 🙃 Pas idéal pour débuter, mais on fait avec.

Malgré cela, Marina (ma maître de stage) m’a déjà confié plein de choses : des templates pour l’écran du workcafé, des photos, des visites, des réunions, des scripts pour des tournages, des supports de communication pour des événements à venir 🤫 (je suis devenue corporate) 

J’ai aussi appris à me servir de la suite Microsoft, où des logiciels tels que Actito ou encore Teams.

Mais j’ai rencontré mon pire ennemi : la charte graphique et ses 98 slides d’utilisation. Je dois faire attention à tout, aux espacements, au logo, à l’utilisation des encodants selon que ce soit en bureautique ou en print. À TOUT. D’autant plus qu’au début, je pensais que j’allais m’ennuyer à faire des templates à longueur de journée. Mais pas du tout : entre les réunions, les échanges avec les équipes et les supports de communication interne et externe, je ne sais plus où donner de la tête.

Et surtout, pour faire comprendre mes démarches créatives, j’ai dû faire des croquis. Beaucoup de croquis. Quant à ma place de graphiste… je ne sais pas trop. Certes, je communique, mais je ne crée pas comme je le voudrais. Je me contente d’appliquer, en exécutante. C’est peut-être ça aussi, la réalité d’un stage dans une grande entreprise.

Et maintenant, on fait quoi ? 

Alors que mon stage touche à sa fin, une nouvelle forme d’étonnement me vient à l’esprit. Non plus liée à la découverte d’un fonctionnement, d’une personne ou d’un environnement de travail, mais à la difficulté de quitter un cadre dans lequel je me suis sentie bien.


Ces dernières semaines, j’ai pris conscience à quel point ce stage a été plus qu’une simple “expérience professionnelle”.

Travailler aux côtés de Saïdath m’a permis de me situer dans un écosystème créatif où la polyvalence, l’écoute, et la fluidité des rôles forment une dynamique de travail vivante, humaine, et surtout, motivante.

Je termine ce stage avec une forme de gratitude rare. J’ai non seulement développé des compétences concrètes (graphisme, communication, suivi de projet, photographie, accompagnement en shooting, etc.) mais aussi rencontré des gens formidables et surtout acquis une manière de penser le travail autrement. Plus libre, plus sensible et plus humaine.

Ce qui m’étonne aujourd’hui, c’est l’intensité avec laquelle je me suis attachée à ce mode de travail. Une structure souple, une relation de confiance, une vision du design qui floute les frontières entre mode, objet, identité, et narration et une réelle volonté de s’améliorer ensemble. À la fin de mon stage Saïdath savait à quel point je m’intéresse au design floral en ce moment et m’a mis en relation avec une amie à elle, fondatrice de House of Prose, un studio floral dont j’admire le travail. Elle a fait aussi pensé à m’offrir des fleurs, un geste qui, mine de rien m’a beaucoup touché. Cette expérience me laisse une trace et me donne envie de continuer à évoluer dans des cadres qui me ressemblent, sans avoir à renier mon identité ni à rentrer dans un moule, comparé aux autres marques avec lesquelles j’ai eu un entretien pour le même poste. 

cr: House of Prose

Je crois que ce stage a nourri une forme de réconciliation entre mes aspirations personnelles et ce que je pensais que le “monde pro” attendait de moi. Je me suis longtemps préparée à “faire mes preuves”, à encaisser, à me suradapter. Mais ici, j’ai découvert que l’on peut avancer autrement. Qu’un regard bienveillant n’est pas un signe de faiblesse, mais une vraie force dans le processus de création.

Alors forcément, la question que je me pose maintenant, c’est comment retrouver un cadre aussi sain ? Est-ce que ce stage est une exception, ou un modèle vers lequel je peux tendre dans la suite de mon parcours ? 

Est-ce que je vais devoir choisir entre confort humain et ambition professionnelle ?

Je n’ai pas encore les réponses. Mais ce que je sais, c’est que je n’ai plus envie de me faire toute petite pour “mériter ma place”. Ce stage m’a montré qu’il était possible d’être prise au sérieux sans avoir à me durcir, que l’autonomie se construit mieux dans un cadre de confiance que sous la pression, et que le design commence souvent là où la relation humaine est solide.

Créer, c’est décider

Au fil des semaines, j’ai compris que la création s’accompagne surtout d’un acte moins visible mais fondamental : la décision.

Chaque projet auquel j’ai participé m’a confrontée à des choix esthétiques, techniques et/ou stratégiques mais toujours à prendre vite, et dans un cadre complexe.

Le meilleur exemple, c’est le chantier colossal du groupe M6. Suite au rachat et au regroupement de plusieurs chaînes (W9, 6ter, Gulli, Téva, RTL,ParisPremière etc.) dans une plateforme commune, M6+, il a fallu repenser une grande partie des logos, des noms et des cohérences visuelles entre les marques. On a dû modifier certains logos, (notamment trouver une nouvelle formalisation en 2D car la 3D n’est plus en phases avec les tendances graphiques ), adapter des univers très identifiés à un ensemble plus cohérent, mais aussi concevoir un nouveau logo pour “M6 Groupe”, qui rassemble toutes ces entités sans les faire se marcher dessus.

Tout cela sous deux contraintes fortes :

• un timing rapide pour valider, produire et livrer les premières versions

• une grande responsabilité : M6 est une marque puissante, et chaque ajustement a un impact large.

Même chose avec le projet du journal télévisé de la chaîne Nouvelle 19 (liée à Ouest France). Le brief : imaginer l’habillage complet de leur JT de l’identité visuelle au générique, en passant par les jingles, les animations d’antenne et la proposition de logo. Là encore, il a fallu trancher très vite : le travail se faisait en équipe, et devait être transmis rapidement aux monteurs / motion designer, pour que l’habillage prenne vie sans perte de temps. Choisir une typographie, valider une intention d’image ou un rythme de transition, ce n’était pas “une étape parmi d’autres” : c’était le cœur du travail.

J’ai aussi travaillé sur une future émission Canal+ portée par Antoine de Caunes, autour du cinéma, dans l’esprit du “Cercle”. Il a fallu concevoir une identité graphique déclinable pour tous les écrans plateau, jingles, transitions, générique. Là encore, créer une esthétique, c’est concevoir un système : une mécanique qui fonctionne visuellement, mais aussi facile à décliner pour les équipes internes. Et cela suppose de prendre rapidement les bonnes décisions sur les couleurs, les formes, les hiérarchies d’info, le ton, etc. pour que le motion designer puisse ensuite passer à l’animation dans la foulée.

Je pensais que décider en création signifiait souvent “couper” dans ses idées, renoncer. Mais j’ai appris que c’est l’inverse : décider, c’est clarifier. C’est aller à l’essentiel, dégager une intention forte, lisible, efficace.

C’est aussi une forme d’autonomie que je ne pensais pas avoir si tôt : j’ai été amenée à prendre des décisions graphiques qui avaient un vrai poids dans les projets, car il fallait que ça avance, que ce soit cohérent, et que ce soit beau.

Enfin, ce stage m’a aussi permis de comprendre que dans la création contemporaine, notamment dans le domaine de l’image animée ou du branding télé, la rapidité n’est pas l’ennemie de la qualité.

On peut créer vite et bien, à condition de savoir s’adapter, faire confiance à son œil, à son intuition, et à son équipe.

Loin de me brider, ces délais m’ont au contraire poussée à me recentrer sur ce qui fait sens. J’ai appris à faire des choix, à défendre des directions, à travailler plus efficacement, mais sans sacrifier ma créativité.

Créer, c’est décider et aujourd’hui, je me sens bien plus capable de le faire.

Apprendre autrement : le stage nous forme-t-il mieux que l’école ?

Pour cette dernière note, il me semblait intéressant de poser la fameuse question : le stage est-il plus formateur que l’école, ou nous apprend-il simplement différemment ?
Bien sûr, la réponse dépend de la qualité de l’enseignement et du stage. Ici, je parle avant tout de mon expérience et de ce qu’elle m’a apporté.

Ces trois derniers mois m’ont fait réaliser à quel point le stage et l’école n’enseignent pas de la même façon. Je ne dirais pas que l’un est “plus formateur” que l’autre, mais plutôt qu’ils se complètent et nous apprennent des choses différentes.

À l’école, on travaille souvent dans un cadre assez libre. On peut explorer, tenter des choses, chercher notre style, sans forcément penser à des contraintes externes. C’est une période d’expérimentation qui permet de se concentrer sur le fond et sur la créativité. Mais en stage, on entre dans une autre logique : il faut répondre à des attentes concrètes, respecter des délais, s’adapter à des demandes précises.

Ici, je me suis retrouvée face à des contraintes nouvelles : des chartes graphiques imposées, des logos à intégrer, des informations à hiérarchiser… Et même si ces règles limitent parfois la liberté créative, elles m’ont permis de mieux comprendre la réalité du métier. J’ai aussi dû reprendre des fichiers créés par d’autres graphistes. Ça m’a beaucoup intéressée de décortiquer leur travail : voir comment ils construisent leurs visuels, comprendre leur logique, et m’en inspirer pour améliorer mes propres méthodes.

Sauvez un graphiste, nommez vos calques

Travailler en équipe a aussi changé ma manière de réfléchir. Quand une idée venait d’un collègue, je devais trouver comment la réaliser techniquement. Parfois ça me poussait à sortir complètement de ma zone de confort et à apprendre de nouvelles techniques. C’est un apprentissage plus spontané, qui vient directement du besoin de résoudre un problème.

Un exemple concret : dans mon stage, Photoshop est très utilisé. Ce n’est pas un logiciel vers lequel je me tourne naturellement, mais ici j’ai dû m’y plonger. À force de pratique, j’ai compris ce qu’il pouvait m’apporter et j’ai gagné en confiance dessus.

La détresse

Au final, je ne dirais pas que le stage m’a appris “plus” que l’école, mais il m’a appris autrement. Là où l’école nous donne le temps d’explorer, le stage nous confronte aux réalités du métier : contraintes, travail en équipe, efficacité. C’est une expérience complémentaire qui m’a permis de progresser différemment, tout en me faisant réfléchir à ma façon de travailler.