Comment créer quand tout est déjà défini ?

Alors accrochez-vous, parce que la semaine du 15 au 19 juin, je crois que je l’ai vécue en mode accéléré x2, comme quand on regarde une vidéo trop longue et qu’on n’a pas le temps.

LE résumé de mon temps chez ENGIE

Lundi matin, ambiance conférence : Doigby, Gaspard G et Nota Bene viennent nous expliquer comment gérer les réseaux sociaux et le travail de créateur de contenu. Moi, stylo en main, je note absolument tout comme si j’étais en train de préparer un examen surprise. Spoiler alert : ça a servi, et plutôt deux fois qu’une.

Doigby, Nota Bene et Gaspard G avec Marie-Irene, chargé de la communication groupe

À peine la conférence terminée, sprint façon métro-boulot-mais-en-vrai-sprint jusqu’à Montparnasse, train, et hop, me voilà à Montoir pour deux jours de tournage autour de l’arrivée d’une nouvelle directrice. Prises de vue, cadrages, lumière à ajuster toutes les cinq minutes parce que le soleil, lui, n’a clairement pas lu le planning. On enchaîne, on enchaîne, on enchaîne. Je crois que mon corps a commencé à fonctionner uniquement à la Holy énergie.

Et puis, sans transition (vraiment, aucune), Vivatech débarque. Trois jours de stand ENGIE en mode contenu-minute : il faut filmer, monter, publier, tout ça en même temps, pendant que défilent devant moi des gens que je ne pensais croiser qu’à la télé. Gabriel Attal, Macron, Bernard Arnault, Catherine MacGregor (…que des gens que j’avais envie d’attraper), puis je me suis rappelée que j’étais censée travailler. Ce qui m’a le plus marquée, ce n’est même pas les VIP (bon, un peu quand même), c’est le grand écart complètement fou entre deux mondes : d’un côté un site industriel où on filme du concret, de la matière, du réel qui se transforme sous nos yeux ; de l’autre un salon où absolument tout devient image, discours, mise en scène. Passer de « on montre comment ça marche » à « on montre comment on veut qu’on nous voie », ça fait un choc culturel. Le genre de choc qui te fait réviser toute ta vision de la communication en une seule après-midi.

VivaTech, c’était un très gros projet, puisqu’il fallait à la fois créer des templates pour 7 pays et réaliser des tournages vidéo comme celle-ci: https://lnkd.in/p/gjtAaBhd

Et puis, cerise sur le gâteau, ou plutôt coupe de champomy sur la péniche : mon tout premier afterwork professionnel. Une péniche aux Invalides, le Grand Palais et la Tour Eiffel en fond, façon carte postale so chic (yeah I’m bilingual now). Mais plus sérieusement, ce moment-là, ça m’a rappelé qu’il existe un vrai côté humain chez ENGIE, alors que le quotidien au campus donne parfois l’impression que chacun vit dans sa bulle personnelle, casque vissé sur les oreilles, Teams ouvert, silence radio complet.

Depuis, je suis plongée à fond dans le programme pilote ambassadeurs : une équipe d’ingénieurs sélectionnés pour apprendre à communiquer, à prendre la parole, à devenir un peu les porte-voix de l’entreprise sur les réseaux sociaux. Et c’est précisément là que mon plus gros questionnement se loge et que le titre de la note découle. On me demande de créer une identité visuelle complète : logo, background, template de mails, tout un univers graphique pour ce nouveau programme. Sauf que très vite, je me cogne contre un mur invisible mais bien solide sa maman: les codes déjà en place, la charte graphique, les habitudes de communication du groupe. Résultat, je me repose la même question que d’habitude, en version boss encore plus corsé : comment créer une identité neuve, un truc qui ressemble vraiment à quelque chose, quand la communication collective pose des barrières avant même que j’aie fini de dessiner le premier pixel ?

Quelques questions qui tournent en boucle dans ma tête, comme un vieux disque rayé :

  • Est-ce qu’on peut vraiment inventer une identité de programme quand chaque couleur, chaque police, chaque logo doit « respecter la charte » au millimètre près ?
  • Et moi, dans tout ça, je suis en train d’apprendre à créer, ou juste à cocher des cases avec un joli logo dessus ?

Ce que j’utilise, couleurs, typo, logo, c’est en fait une toute petite partie de ce qui fait qu’on reconnaît la marque. Tout le reste, est grand ouvert (je crois) : le rythme, la composition, le ton que j’adopte pour raconter, les images que je choisis, la façon dont je construis une histoire, l’humour que je m’autorise ou pas, ce que je décide de montrer et ce que je décide de taire. Et c’est précisément là, dans tout cet impensé, qu’est peut être la créativité. Ceci dit (et c’est la question qui me pique un peu plus) : cette marge de manœuvre qu’on me laisse, elle est réelle ou juste affichée ?

Bref, entre les trains, les tournages, les stands bondés, les VIP qui passent comme des célébrités de cinéma, la péniche digne d’une carte postale, et les logos qui doivent plaire à absolument tout le monde sans déplaire à personne (mission quasi impossible), je crois que je n’ai jamais autant appris en si peu de temps. Reste à savoir si j’apprends à créer, ou si j’apprends surtout à créer dans les clous, avec le sourire, et sans dépasser.

Est-ce qu’on crée vraiment ou est-ce qu’on remplit des cases ?

Ça fait presque deux mois que je suis en stage (en essayant d’éviter de me refaire attaquer par Ménière 🙃), et je me rends compte d’une chose : je fais énormément de choses. Vraiment beaucoup de choses.

Entre les templates, les supports de communication, les réunions, les échanges sur Teams, les scripts, des voyages à Saint-Nazaire et Dunkerque, des événements avec la crème des big boss… je ne vois pas les journées passer. Ni les soirées d’ailleurs. Je suis clairement plongée dans le rythme de l’entreprise et sur ce point-là, je ne m’ennuie pas du tout. Et en plus on mange très bien. Mais vraiment très très bien.

Mais il y a quand même un « mais ».

Malgré le cadre de travail incroyable, je suis frustrée. Parce que malgré tout ce que je fais, j’ai souvent l’impression de remplir des cases. Je fais des templates. Beaucoup de templates. Énormément de templates. Probablement plus de templates que je n’aurais imaginé en faire dans toute ma vie.

Et au final, je me retrouve souvent à adapter, décliner, ajuster… plutôt qu’à inventer. La charte graphique est là pour me rappeler à l’ordre dès que j’essaie de sortir un peu du cadre. Ce qui me ramène à la question : est-ce qu’on crée vraiment dans un grand groupe comme ENGIE, ou est-ce que tout est déjà décidé à l’avance ?

Parce que faire un support, c’est une chose. Le faire valider, c’en est une autre.

Je comprends totalement pourquoi : il faut que tout soit carré, cohérent, conforme à l’image du groupe. Mais ça soulève des questions :

  • Est-ce qu’on n’y perd pas en rapidité ?
  • Est-ce que tout doit vraiment passer par autant d’étapes, même pour des petites choses ?

Et chaque validation supplémentaire, c’est aussi une case de plus à cocher avant que mon travail existe vraiment.

Beaucoup de choses sont faites chez ENGIE, selon les entités, les GBU, même des supports très répétitifs. Du coup je me demande :

  • Est-ce que tout garder en interne permet vraiment de mieux contrôler l’image ou est-ce que ça limite les idées ?
  • Et si on ouvrait un peu plus vers l’externe, est-ce que ça apporterait plus de créativité… ou juste plus de complications ?

Je sais que certaines choses sont faites à l’externe, mais pas dans mon pôle.

Et forcément, ça me ramène à ma place à moi.

Parce que parfois, j’ai vraiment l’impression d’être plus une machine à décliner des slides qu’une graphiste. Bon, j’exagère… (à peine).

  • Est-ce que mon rôle ici, c’est surtout d’apprendre à appliquer des règles ?
  • Et jusqu’où je peux aller sans sortir du cadre… sans déclencher une nouvelle chaîne de validation infinie ?

Au final, ce stage est super formateur, il m’apprend à respecter un cadre, à travailler avec des contraintes, à m’adapter. Et ce n’est pas rien. Parce que grâce à ces fameux slides, il y a eu de vrais supports de communication pour des événements internes, mais aussi externes, comme VIVATECH. Des cases remplies, oui. Mais des cases qui ont quand même fini par compter.

Alors peut-être que la vraie question, ce n’est pas créer ou remplir des cases… c’est apprendre à créer à l’intérieur des cases. Et ça, je commence tout juste à comprendre ce que ça veut dire.

Entrer dans le monde professionnel avec une grande entreprise

Je fais mon stage chez ENGIE, au pôle communication. Engie est une entreprise française spécialisée dans la production et la distribution d’énergie, notamment dans l’électricité, le gaz naturel et maintenant les énergies renouvelables. Mais ce qui se cache derrière Engie, c’est une grande maison avec 90 000 personnes réparties sous quatre pôles, autrement dit quatre entités. Certaines sont plus orientées réseau & infrastructure, et l’une d’elles est la mienne : Renewable & Flexible.

Premier jour, première impression : WOW. Pourquoi ? Parce que je suis située sur un campus de plusieurs hectares accueillant plus de 9 000 personnes. C’est littéralement une ville dans la ville : salle de sport, spa, restaurant, crèche, médecin… et plein d’autres choses que j’oublie forcément. Tout est pensé pour que les salariés se sentent bien, et ça se ressent dès qu’on passe les portes. Et moi dans tout ça, je suis installée dans un open space avec un workcafé, un espace de travail ouvert avec un poste de travail.

Techniquement, ça fait trois semaines que je suis en stage, mais j’ai été arrêtée une semaine et demie. Pourquoi ? La maladie de Ménière 🙃 Pas idéal pour débuter, mais on fait avec.

Malgré cela, Marina (ma maître de stage) m’a déjà confié plein de choses : des templates pour l’écran du workcafé, des photos, des visites, des réunions, des scripts pour des tournages, des supports de communication pour des événements à venir 🤫 (je suis devenue corporate) 

J’ai aussi appris à me servir de la suite Microsoft, où des logiciels tels que Actito ou encore Teams.

Mais j’ai rencontré mon pire ennemi : la charte graphique et ses 98 slides d’utilisation. Je dois faire attention à tout, aux espacements, au logo, à l’utilisation des encodants selon que ce soit en bureautique ou en print. À TOUT. D’autant plus qu’au début, je pensais que j’allais m’ennuyer à faire des templates à longueur de journée. Mais pas du tout : entre les réunions, les échanges avec les équipes et les supports de communication interne et externe, je ne sais plus où donner de la tête.

Et surtout, pour faire comprendre mes démarches créatives, j’ai dû faire des croquis. Beaucoup de croquis. Quant à ma place de graphiste… je ne sais pas trop. Certes, je communique, mais je ne crée pas comme je le voudrais. Je me contente d’appliquer, en exécutante. C’est peut-être ça aussi, la réalité d’un stage dans une grande entreprise.