L’indécision au mépris du temps

Cela fait déjà un mois que je travaille pour… Attendez, comment ça, ça fait plus d’un mois ?! (Début du stage le 27 avril, nous sommes le 12 juin… le compte y est). Que le temps passe vite… Je m’étonne moi-même de voir à quelle vitesse j’ai pu m’adapter à cette nouvelle routine de travail : la petite réunion d’équipe récurrente du mardi après-midi, la formation du jeudi… Au point d’être presque déboussolé si l’un de ces rendez-vous vient à sauter. Mais ça, c’était avant que cette belle mécanique bien huilée ne subisse le passage d’un ouragan.

Après avoir sagement pris mes marques dans cette entreprise décidément hors norme, j’ai pu observer de près le long parcours du combattant qu’une idée doit traverser avant de devenir une décision. Engagé dans la préparation de ce fameux événement de grande envergure, j’ai vu se dessiner un schéma récurrent, véritable frein à main de notre organisation. Je vous dépeins le tableau : une problématique de départ germe dans l’esprit de la direction. S’ensuivent 3 réunions étalées sur 3 semaines et une avalanche d’idées apportées par l’équipe (devis, designs, schémas, mises en situation…). Et à l’arrivée ? Rien. Personne n’ose trancher, même à la limite de la date butoir, paralysé par la peur de dépasser le budget, de ne pas plaire à tout le monde, etc. Les choses n’aboutissent pas (ou peu), la date fatidique nous rattrape et BIM : les décisions sont prises dans l’urgence absolue. Résultat des courses, nos partenaires (le traiteur, le gérant de la salle de réception, les reprographes et les fournisseurs en tout genre) se retrouvent mis sous pression pour boucler des délais littéralement impossibles à respecter.

C’est là que j’ai mesuré à quel point l’indécision pouvait gangrener absolument toutes les strates d’une organisation, et que cela pouvait partir d’un rien. L’exemple le plus flagrant ? La date de lancement de la communication autour de l’évènement. Le plan était simple : les premières communications devaient être envoyées 2 semaines après l’ouverture de la billetterie pour laisser le temps aux personnes prioritaires de prendre leurs billets (le nombre de places étant limité). Sauf qu’entre les changements de planning, les malentendus et ce fameux manque de prise de décision, la sortie des premiers posts sur les réseaux sociaux a été repoussée de 2 semaines. Un décalage qui n’a pas manqué de chambouler totalement le planning : cette confusion a rendu les inscriptions anarchiques, semant un grand désarroi dans tout le réseau du personnel.

C’est exactement à cet instant que j’ai découvert la merveille du contact client. Le téléphone sonnait toute la journée et il fallait répondre aux questions, mais le support client était totalement débordé. Il a donc fallu que tout le service mette la main à la pâte. Me voilà donc transformé en pieuvre, à passer des journées entières avec une main sur le clavier pour préparer les visuels de ce même événement, l’autre accrochée à un stylo pour noter les questions et les doléances, le tout avec le téléphone vissé à l’oreille pour essayer de répondre aux attentes de chacun.

C’est donc à ce moment précis, au milieu de la tempête, que j’ai compris que procrastiner dans la prise de décision pouvait mener à des conséquences fâcheuses.

Au final, que retenir et qu’espérer de cette fin de stage ? Bien que cette première partie ait été particulièrement éprouvante, elle s’est révélée plus qu’instructive et diversifiée. J’attends donc la suite avec l’envie qu’elle continue sur cette même belle dynamique… avec la pression en moins, peut-être !

Est-ce qu’on crée vraiment ou est-ce qu’on remplit des cases ?

Ça fait presque deux mois que je suis en stage (en essayant d’éviter de me refaire attaquer par Ménière 🙃), et je me rends compte d’une chose : je fais énormément de choses. Vraiment beaucoup de choses.

Entre les templates, les supports de communication, les réunions, les échanges sur Teams, les scripts, des voyages à Saint-Nazaire et Dunkerque, des événements avec la crème des big boss… je ne vois pas les journées passer. Ni les soirées d’ailleurs. Je suis clairement plongée dans le rythme de l’entreprise et sur ce point-là, je ne m’ennuie pas du tout. Et en plus on mange très bien. Mais vraiment très très bien.

Mais il y a quand même un « mais ».

Malgré le cadre de travail incroyable, je suis frustrée. Parce que malgré tout ce que je fais, j’ai souvent l’impression de remplir des cases. Je fais des templates. Beaucoup de templates. Énormément de templates. Probablement plus de templates que je n’aurais imaginé en faire dans toute ma vie.

Et au final, je me retrouve souvent à adapter, décliner, ajuster… plutôt qu’à inventer. La charte graphique est là pour me rappeler à l’ordre dès que j’essaie de sortir un peu du cadre. Ce qui me ramène à la question : est-ce qu’on crée vraiment dans un grand groupe comme ENGIE, ou est-ce que tout est déjà décidé à l’avance ?

Parce que faire un support, c’est une chose. Le faire valider, c’en est une autre.

Je comprends totalement pourquoi : il faut que tout soit carré, cohérent, conforme à l’image du groupe. Mais ça soulève des questions :

  • Est-ce qu’on n’y perd pas en rapidité ?
  • Est-ce que tout doit vraiment passer par autant d’étapes, même pour des petites choses ?

Et chaque validation supplémentaire, c’est aussi une case de plus à cocher avant que mon travail existe vraiment.

Beaucoup de choses sont faites chez ENGIE, selon les entités, les GBU, même des supports très répétitifs. Du coup je me demande :

  • Est-ce que tout garder en interne permet vraiment de mieux contrôler l’image ou est-ce que ça limite les idées ?
  • Et si on ouvrait un peu plus vers l’externe, est-ce que ça apporterait plus de créativité… ou juste plus de complications ?

Je sais que certaines choses sont faites à l’externe, mais pas dans mon pôle.

Et forcément, ça me ramène à ma place à moi.

Parce que parfois, j’ai vraiment l’impression d’être plus une machine à décliner des slides qu’une graphiste. Bon, j’exagère… (à peine).

  • Est-ce que mon rôle ici, c’est surtout d’apprendre à appliquer des règles ?
  • Et jusqu’où je peux aller sans sortir du cadre… sans déclencher une nouvelle chaîne de validation infinie ?

Au final, ce stage est super formateur, il m’apprend à respecter un cadre, à travailler avec des contraintes, à m’adapter. Et ce n’est pas rien. Parce que grâce à ces fameux slides, il y a eu de vrais supports de communication pour des événements internes, mais aussi externes, comme VIVATECH. Des cases remplies, oui. Mais des cases qui ont quand même fini par compter.

Alors peut-être que la vraie question, ce n’est pas créer ou remplir des cases… c’est apprendre à créer à l’intérieur des cases. Et ça, je commence tout juste à comprendre ce que ça veut dire.

Que cache réellement l’organisation d’un reportage culturel ?


Je suis chez Great Art Mag, un magazine culturel en ligne dirigé par Alexia Guggémos, spécialisé dans l’actualité artistique. J’y travaille également avec Salomé, une autre stagiaire en journalisme à l’université Paris Nanterre.


Avant le stage, je pensais qu’un reportage consistait surtout à se déplacer, photographier et écrire un article. En réalité, une grande partie du travail repose sur l’organisation et la communication en amont.

Dès les premiers jours, j’ai dû apprendre rapidement le vocabulaire et
le fonctionnement du milieu journalistique pour ne pas être perdu face
aux personnes rencontrées lors des événements.

  • Brief presse
  • Ligne éditoriale
  • Dossier de presse
  • Attaché de presse
  • Communiqué de presse

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    1- Alexia sélectionne les événements du moment cohérents avec la ligne éditoriale du magazine.

    2- Un mail est envoyé aux institutions pour demander des invitations ou une accréditation de presse.

    3- Salomé et moi nous rendons sur place pour réaliser un reportage ou
    un entretien, qui sera ensuite publié sous forme d’article en ligne.

    Stories instagram de Great

    Pour se répartir les tâches, Salomé s’occupe principalement de l’écriture des articles et moi des photos et vidéos ainsi que de la communication autour des événements. Tous les lundis, on fait un point avec Alexia pour voir les modifications à apporter et l’organisation de la semaine.

    Great étant un média encore récent, Alexia m’a demandé de réaliser
    un kit média afin de renforcer sa légitimité auprès des institutions.
    C’est un document de vente envoyé en pièce jointe des mails qui permet
    de présenter le positionnement du magazine, la capacité à générer
    de la visibilité mais aussi de renforcer sa crédibilité et d’obtenir plus d’opportunités.

    Quelques pages du kit média de Great

    Avec du recul, cette expérience m’a fait comprendre qu’avant même l’écriture ou les images, un reportage repose énormément sur la communication, l’organisation et le réseau. Sans cela, le reportage ne peut pas exister.

    Aller à des événements, rencontrer des artistes et découvrir de nouveaux lieux donne une image assez attractive du métier. En discutant avec l’équipe, Alexia nous a très vite fait comprendre que faire des reportages peut être très enrichissant et passionnant, mais que derrière cette partie plus visible, il y a une réalité à laquelle il faut se confronter.
    Great Art Mag est géré entièrement par Alexia seule, alors que le média reste peu rémunérateur. À côté, elle travaille aussi en freelance et intervient dans des écoles afin de compléter ses revenus. Malgré cette réalité assez précaire, j’ai compris qu’elle a avant tout créé ce média par passion pour l’art et la culture.

    Découvrir un nouveau métier que je connaissais très peu est très enrichissant. Réaliser des reportages en duo avec Salomé m’a permis :

    – développer un regard plus critique sur les événements qu’on visite,
    – avoir accès à des lieux que je n’aurais jamais visités autrement,
    – réfléchir à ce qui nous a réellement touchés pendant les événements afin de réussir à le transmettre et à toucher le public à travers l’article.


    Ressentir l’art. Livrer des récits ancrés dans l’expérience vécue. https://great-artmag.com/

    T’es arrivé quand ? Stagiaire ou alternant ?

    Fraîchement arrivé depuis une semaine chez The Sanctuary Group, sous l’accompagnement de « Quentin le DA 😎 », ce qui m’a directement sauté aux yeux, c’est la jeunesse et la flexibilité de toute l’équipe comparé à une identité de marque hyper contrôlée par les idées du CEO, Alex.

    En effet, le groupe travaille sur 6 marques premium différentes et 15 studios de sport bien-être, avec toute la logistique et les contraintes que ça implique. Dans l’open space, c’est presque 60 % de l’équipe qui sont soit alternants soit stagiaires, arrivés depuis moins de six mois (un choix sûrement budgétaire qui pourrait effrayer). The Sanctuary Group se veut une entreprise jeune et dynamique, poussée par le CEO, avec une qualité de vie au travail primordiale et une image de start-up cool et moderne.

    Là-bas, peu importe comment tu travailles dans l’open space, l’engagement reste de produire tout en restant aligné avec la stratégie. Que ce soit sur les bureaux communs, dans les canapés, seul ou à plusieurs, ou encore dans les call box, tout le monde est coordonné par Slack et Notion face à la quantité de contenus à produire.

    Malgré une équipe très jeune, il ne faut pas confondre avec non expérimentée : la marque forme à différents métiers pour peu cher, mais en restant extrêmement cohérente.

    Cette culture start-up est assez différente de la vie en entreprise classique. Ici la cohésion et le vivre ensemble sont primordiaux. On n’a pas vraiment ce sentiment d’être collègues de travail “classiques”, mais plutôt collègues tout court.

    Les temps de pause sont tous plus ludiques les uns que les autres. Le lundi, souvent redouté ailleurs, ici ne l’est pas vraiment : la première chose que l’on fait, c’est discuter de notre week-end autour d’un petit déjeuner dans la cuisine collective, le tout poussé par l’entreprise. Ou encore les pauses où l’on va s’entraîner dans les différents studios de sport de la marque : boxe, pilates, danse…

    L’équipe se renouvelle en permanence avec beaucoup d’alternants et de stagiaires. Par exemple, Quentin avec qui je travaille est là seulement depuis janvier et remplace le précédent directeur artistique. Pourtant, la marque n’a fait qu’évoluer et ces changements n’ont pas fragilisé la structure grâce à une organisation claire entre tous les pôles qui sont bien définis. Chaque personne a un rôle précis.

    De plus, les échanges sont constants entre les pôles : réunions fréquentes entre les RH, la logistique, la créa, et même les coaches des studios de sport. C’est un point clé : chaque membre a une vision globale grâce à différentes méthodes de mise en commun des projets.

    À travers le temps, le groupe a mis plein de méthodes en place pour s’y retrouver. Par exemple, pour le pôle créa, un drive commun a été créé regroupant par catégorie chaque marque, comprenant différents shootings de séances de sport, ainsi que des shootings des coaches dans différents environnements…

    De plus, une centralisation massive est présente sur Figma avec toutes les conditions d’utilisation des différentes marques : brandbook, dossier de presse, comment créer les mises en page des newsletters, les campagnes, et même des dossiers pour les franchisés.

    En parlant des franchisés, comme ce n’est pas directement notre équipe qui s’en occupe, une méthode simple a été mise en place pour qu’ils puissent créer leurs propres éléments de communication. Chaque template a été recréé sur Canva (habituellement sur Figma) pour qu’ils puissent simplement modifier certaines informations sans recréer toute une template.

    Ce que j’ai compris chez The Sanctuary Group, c’est que plus on cadre et on définit ce que l’on veut, plus il sera simple pour le prochain employé de réutiliser les choses, et plus précisément en tant que designer. Sans ce brandbook, sans ce retour constant aux bases, la marque serait trop dispersée et perdrait de son essence.

    Malgré cette ambiance propice à la créativité, une seule contrainte s’impose : une phrase revient souvent dans toutes les discussions, « j’attends la validation d’Alex 💀». Cela nous mène à nous dire « il faut penser comme Alex ».

    Même avec seulement quatre jours dans l’entreprise, je commence à comprendre ce que veut réellement dire l’image de studio de sport premium. Mais jusqu’où la créativité et la maîtrise des designers ou directeurs artistiques doit constamment refléter l’image de son dirigeant qui n’est pas lui-même dans le milieu de la création ?

    Parfois, tout un travail peut juste se réduire à un oui ou un non par une personne extérieure au domaine.

    En cette fin de semaine,je découvre que le travail créatif ne consiste pas uniquement à produire des visuels, mais aussi à comprendre une stratégie globale et une manière de penser commune à tous les différents métiers d’une entreprise.

    Alors c’est ça l’Amérique?

    Pour cette période de stage, j’ai été recruté par l’entreprise REMAX France qui est une filiale de l’entreprise américaine Remax Global. Cette entreprise est spécialisée dans la franchise immobilière. Le cadre étant posé, je vais vous raconter la plus grande surprise que j’ai eue : Premier jour, aucune information sur l’entreprise (à part celles de l’entretien, autant dire pas beaucoup), j’entre dans un bureau et je découvre l’Amérique. Un bureau bardé de décorations brandées aux couleurs de l’entreprise et, au milieu de toute cette farandole de merchandising autour de la marque, se trouve une toute petite équipe de 12 personnes chargée de gérer une gigantesque marque répartie dans toute la France.

    C’est donc à ce moment que j’ai vécu mon plus grand choc professionnel, j’ai découvert la magie d’une entreprise avec une ambiance réellement familiale dans laquelle j’ai été intégré dès la première seconde.

    Sans voir le temps passer, me voilà donc 2 semaines plus tard et des choses se sont passées… Peu après mon arrivée (une heure), la directrice de com m’a posé le cadre. L’entreprise entre dans la phase finale de son année et les choses vont s’enchaîner très vite… Mais vraiment très, très vite. L’entreprise pour sa fin d’année (derniers mois avant la pause estivale) organise une grande convention pour les agents immobiliers afin de les récompenser au travers de remises de prix et d’un grand gala. À cette occasion, la charge de travail qui incombe à l’équipe communication est prévue pour augmenter de façon drastique. J’ai donc eu l’occasion de suivre les réunions de l’entreprise, ce qui m’a permis de me rendre compte de la réalité de l’organisation d’une entreprise de classe mondiale. Le topo est clair pour moi, mon travail sera régi par la charte graphique et elle seule. Ou peut-être pas… En effet, la convention annuelle est le moment de créer et de se séparer de la charte graphique. C’est donc là le moment pour moi de m’épanouir. À cette occasion, je découvre donc le plus grand problème de cette liberté… L’indécision des gens qui n’ont toujours fait que se calquer sur la charte graphique, qui fait que les décisions sur un travail plus créatif sont bien plus compliquées à prendre.

    Au final, que retenir de ce début ? Sans beaucoup d’attentes, je me retrouve projeté dans un monde du travail plus qu’agréable, sans mise de pression de la part de l’équipe et surtout une implication, bien que maladroite dans les décisions, qui reste totale et bienveillante. Dans cette idée, qu’attendre pour la suite ? J’attends avec impatience la suite pour toutes les opportunités créatives qu’elle va m’offrir et tous les enseignements qu’elle va m’apporter.

    À LA RECHERCHE DU GRAPHISME :

    Pendant ces trois premières semaines, même si peu de temps est passé, j’ai pu remarquer plusieurs choses.


    Pour donner un peu de contexte, je suis en stage sur un tournage en déco alternant entre l’enssembliage et le graphisme. Nous sommes encore en préparation de tournage pendant une bonne semaine.


    Pendant mes deux première semaine, j’ai aidé à ranger les props (accessoires) au stock et à faire le ménage, au point que je m’inquiétais du rapport entre mon stage et mes études. J’étais une femme de ménage, une déménageuse, mais où était Ambre la graphiste ?


    Pourtant, j’ai quand même retirer certaines choses de ce cours passage au stock.


    -L’initiative-


    Dès qu’on a reçu les camions, tout le monde était stressé et pressé de finir de ranger à temps. J’ai habituellement besoin de consignes très strictes et claires pour travailler, une mauvaise habitude qui s’ajoute à un doute permanent sur ce que je produit, mais à ce moment-là, je n’avais aucune consigne, aucune indication, à part un « improvise, fais comme tu veux pour que ça soit logique ». Et ça peut paraître anodin mais au final, cette liberté m’as fait passer d’une anxiété profonde à une certaine assurance dans ce que je faisais.


    -La resilience-

    Un autre point majeur dans le travail de décor -surtout quand on travaille avec des personnes notoirement perfectionnistes- c’est que chaque étape sera défaite. Il y a toujours quelque chose à modifier, on peut toujours améliorer ou optimiser ce qu’on fait. Ce qui fait que j’ai vite compris que je devrais m’habituer à devoir recommencer « tout » mon travail à plusieurs reprises, ce qui me semble assez logique dans le travail d’un designer : de devoir se plier au client et aux changements qu’il demande. Mais même au delà de ces modifications rapides, tous les efforts fournis seront remballés dès la fin du tournage, voire oubliés, jetés, vendus ou donnés si la série ne réitère pas de nouvelle saison.
    Il y a presque une notion de travail ingrat, mais nécessaire.


    -La patience-

    Surtout pendant les premiers jours, les journées n’étaient que de longues heures d’attente. Attendre après les camions, attendre que certaines équipes arrivent ou reviennent… Étant assez motivée, chaque tâche qui m’était confiée était finie si rapidement que mes collègues ne savaient plus quoi me donner comme travail. (Ce qui -merci- a grandement changé depuis que je travaille avec les graphistes). Je ne parlerai peut-être pas de manque de communication, mais j’ai en effet remarqué que tout le monde attendait quelqu’un finalement, l’assistant attend après les graphistes qui attendent après l’imprimeur etc…

    Finalement, j’en ai encore beaucoup à découvrir à travers ces deux départements qui regroupent une bonne centaine de personnes. Et je suis sûre que lors de ce stage où je travaillerai avec chaque sous-équipe, que se soit en graphisme, en illustration, en peinture, en enssembliage etc… je réussirai à tirer une expérience positive et developper des compétences qu’il s’agisse d’hard skills ou soft skills.

    Créer ou exécuter ?

    Au début du stage, il fallait dire que je ne m’attendais à rien.

    Lors de notre première rencontre avec Claire, j’ai été tout de suite convaincu quand elle nous a demandé : « quelles compétences voulez-vous approfondir dans votre pratique du graphisme ? » Elle nous a ensuite attribué, à Maxime et moi, des tâches en lien avec nos envies et ce qu’on aurait aimé découvrir.

    1er jour : Claire nous explique « Turrim » et ce qu’on va faire.

    J’avais vraiment eu l’impression d’être dans un dialogue, un échange, où on prend le temps. C’était assez surprenant, mais aussi très agréable. Je me suis demandé si c’était comme ça partout, dans les grosses boîtes surtout, mais j’en doute…

    Il y avait aussi ce truc d’échange lors de mon premier stage chez Pickup, mais je me sentais beaucoup plus limité car j’étais assez intimidé. Ici, Claire travaille seule, donc je ressentais beaucoup moins de pression.

    Et quand je parle de pression, je parle de pression sociale. C’est très important dans un environnement de travail. Au début, j’avais tendance à faire ce que Claire me demandait sans trop réfléchir, de peur qu’elle n’apprécie pas mon travail. Et puis à un moment, je me suis dit que je pouvais aussi proposer des idées. Parce qu’avec le temps, en discutant avec elle, je me sentais plus à l’aise. Ça me permettait de m’amuser davantage créativement, et je ne pense pas que Claire voudrait travailler avec de simples exécutants.

    Maxime et moi au co-working, on est souvent en autonomie. (mais on est quand même très accompagnés !)

    Malgré ça, on reste souvent très cantonné à ce qu’elle veut. Claire a des idées très précises en tête, et la communication est essentielle. C’est parfois compliqué de comprendre exactement ce qu’elle recherche, d’autant qu’elle fait elle-même ses choix au fur et à mesure du projet. On passe donc de version en version, jusqu’à arriver à quelque chose qui lui convienne. C’est assez difficile car je ne sais jamais vraiment quand un projet est terminé, puisqu’on n’a pas forcément les mêmes « goûts ». Je n’ai pas vraiment l’impression de créer, à vrai dire.

    Toutes mes productions depuis le début du stage.

    Et pourtant, c’est une organisation assez flexible et détendue, puisque l’entreprise n’en est qu’à ses débuts et travaille dans un domaine lié à l’enfance.

    Ce qui me fait me demander : plus tard, quand j’aurai un travail et des clients, est-ce que ce sera aussi comme ça ?

    Entrer dans le monde professionnel avec une grande entreprise

    Je fais mon stage chez ENGIE, au pôle communication. Engie est une entreprise française spécialisée dans la production et la distribution d’énergie, notamment dans l’électricité, le gaz naturel et maintenant les énergies renouvelables. Mais ce qui se cache derrière Engie, c’est une grande maison avec 90 000 personnes réparties sous quatre pôles, autrement dit quatre entités. Certaines sont plus orientées réseau & infrastructure, et l’une d’elles est la mienne : Renewable & Flexible.

    Premier jour, première impression : WOW. Pourquoi ? Parce que je suis située sur un campus de plusieurs hectares accueillant plus de 9 000 personnes. C’est littéralement une ville dans la ville : salle de sport, spa, restaurant, crèche, médecin… et plein d’autres choses que j’oublie forcément. Tout est pensé pour que les salariés se sentent bien, et ça se ressent dès qu’on passe les portes. Et moi dans tout ça, je suis installée dans un open space avec un workcafé, un espace de travail ouvert avec un poste de travail.

    Techniquement, ça fait trois semaines que je suis en stage, mais j’ai été arrêtée une semaine et demie. Pourquoi ? La maladie de Ménière 🙃 Pas idéal pour débuter, mais on fait avec.

    Malgré cela, Marina (ma maître de stage) m’a déjà confié plein de choses : des templates pour l’écran du workcafé, des photos, des visites, des réunions, des scripts pour des tournages, des supports de communication pour des événements à venir 🤫 (je suis devenue corporate) 

    J’ai aussi appris à me servir de la suite Microsoft, où des logiciels tels que Actito ou encore Teams.

    Mais j’ai rencontré mon pire ennemi : la charte graphique et ses 98 slides d’utilisation. Je dois faire attention à tout, aux espacements, au logo, à l’utilisation des encodants selon que ce soit en bureautique ou en print. À TOUT. D’autant plus qu’au début, je pensais que j’allais m’ennuyer à faire des templates à longueur de journée. Mais pas du tout : entre les réunions, les échanges avec les équipes et les supports de communication interne et externe, je ne sais plus où donner de la tête.

    Et surtout, pour faire comprendre mes démarches créatives, j’ai dû faire des croquis. Beaucoup de croquis. Quant à ma place de graphiste… je ne sais pas trop. Certes, je communique, mais je ne crée pas comme je le voudrais. Je me contente d’appliquer, en exécutante. C’est peut-être ça aussi, la réalité d’un stage dans une grande entreprise.

    Créer, c’est décider

    Au fil des semaines, j’ai compris que la création s’accompagne surtout d’un acte moins visible mais fondamental : la décision.

    Chaque projet auquel j’ai participé m’a confrontée à des choix esthétiques, techniques et/ou stratégiques mais toujours à prendre vite, et dans un cadre complexe.

    Le meilleur exemple, c’est le chantier colossal du groupe M6. Suite au rachat et au regroupement de plusieurs chaînes (W9, 6ter, Gulli, Téva, RTL,ParisPremière etc.) dans une plateforme commune, M6+, il a fallu repenser une grande partie des logos, des noms et des cohérences visuelles entre les marques. On a dû modifier certains logos, (notamment trouver une nouvelle formalisation en 2D car la 3D n’est plus en phases avec les tendances graphiques ), adapter des univers très identifiés à un ensemble plus cohérent, mais aussi concevoir un nouveau logo pour “M6 Groupe”, qui rassemble toutes ces entités sans les faire se marcher dessus.

    Tout cela sous deux contraintes fortes :

    • un timing rapide pour valider, produire et livrer les premières versions

    • une grande responsabilité : M6 est une marque puissante, et chaque ajustement a un impact large.

    Même chose avec le projet du journal télévisé de la chaîne Nouvelle 19 (liée à Ouest France). Le brief : imaginer l’habillage complet de leur JT de l’identité visuelle au générique, en passant par les jingles, les animations d’antenne et la proposition de logo. Là encore, il a fallu trancher très vite : le travail se faisait en équipe, et devait être transmis rapidement aux monteurs / motion designer, pour que l’habillage prenne vie sans perte de temps. Choisir une typographie, valider une intention d’image ou un rythme de transition, ce n’était pas “une étape parmi d’autres” : c’était le cœur du travail.

    J’ai aussi travaillé sur une future émission Canal+ portée par Antoine de Caunes, autour du cinéma, dans l’esprit du “Cercle”. Il a fallu concevoir une identité graphique déclinable pour tous les écrans plateau, jingles, transitions, générique. Là encore, créer une esthétique, c’est concevoir un système : une mécanique qui fonctionne visuellement, mais aussi facile à décliner pour les équipes internes. Et cela suppose de prendre rapidement les bonnes décisions sur les couleurs, les formes, les hiérarchies d’info, le ton, etc. pour que le motion designer puisse ensuite passer à l’animation dans la foulée.

    Je pensais que décider en création signifiait souvent “couper” dans ses idées, renoncer. Mais j’ai appris que c’est l’inverse : décider, c’est clarifier. C’est aller à l’essentiel, dégager une intention forte, lisible, efficace.

    C’est aussi une forme d’autonomie que je ne pensais pas avoir si tôt : j’ai été amenée à prendre des décisions graphiques qui avaient un vrai poids dans les projets, car il fallait que ça avance, que ce soit cohérent, et que ce soit beau.

    Enfin, ce stage m’a aussi permis de comprendre que dans la création contemporaine, notamment dans le domaine de l’image animée ou du branding télé, la rapidité n’est pas l’ennemie de la qualité.

    On peut créer vite et bien, à condition de savoir s’adapter, faire confiance à son œil, à son intuition, et à son équipe.

    Loin de me brider, ces délais m’ont au contraire poussée à me recentrer sur ce qui fait sens. J’ai appris à faire des choix, à défendre des directions, à travailler plus efficacement, mais sans sacrifier ma créativité.

    Créer, c’est décider et aujourd’hui, je me sens bien plus capable de le faire.

    Une équipe aux contours flous

    En étant un peu plus curieux ces dernières semaines, j’ai été quelque peu surpris par la composition même de l’équipe. En posant des questions, j’ai pu avoir plus de précisions sur les rôles de chacun et j’ai compris que sur place, il n’y avait que quelques véritables employés fixes. Tout le reste de l’activité repose sur une organisation plus dispersée : des stagiaires, présents comme moi pour une durée limitée, et des freelances, souvent à distance, qui interviennent ponctuellement selon les besoins.

    Au quotidien, le studio travaille presque exclusivement pour Platform21, une autre structure fondée par les mêmes personnes que HWT. C’est ce lien étroit qui rend la situation un peu particulière : on travaille pour un « client », mais ce client est aussi une sorte d’extension du studio. On est à la fois HWT et à la fois Platform21, selon le contexte, les supports ou les interlocuteurs. Cela brouille encore un peu plus les rôles et les frontières.

    Je me suis rendu compte que je ne faisais pas partie d’un pôle bien défini avec des collègues aux responsabilités stables. Ici, c’est presque l’inverse. Mon tuteur est à la fois chef de projet, parfois designer, communicant et coordinateur. Il centralise le lien entre tous les intervenants et assure à lui seul la continuité de l’ensemble. Les autres collaborateurs gravitent autour selon les projets, les périodes ou les urgences.

    datavisualisation de l’organisation de l’entreprise

    Cette configuration atypique m’a obligé à m’adapter. J’ai dû être autonome, proactif, parfois même anticiper les attentes sans cadre strict, ce qui fait que la plupart du temps mes productions ne correspondaient pas aux attentes. Mais paradoxalement, cela m’a aussi permis de prendre plus de place, d’être réellement impliqué dans la production de contenus visuels, vidéos, photographiques ou animés. Ce modèle d’équipe allégée m’a donné l’occasion de mobiliser l’ensemble de mes compétences et de mieux comprendre le fonctionnement global de l’entreprise.

    processus de travail…

    Mais cette organisation pose aussi des questions. Peut-on réellement construire une dynamique d’équipe durable quand celle-ci est en grande partie virtuelle ou temporaire ? Que devient la notion de collectif quand chacun travaille de manière isolée ? L’absence de structure hiérarchique claire peut parfois être une force, elle permet de gagner en souplesse, mais elle rend aussi certaines choses plus floues : responsabilités, limites, demandes, cahier des charges. Et ces dernières semaines, je l’ai vraiment ressenti. Parfois, les demandes sont différentes d’une personne à une autre, les instructions peuvent changer sans que tout le monde soit au courant, et j’ai dû m’adapter à tout ce système.

    Ce stage m’a fait découvrir un modèle hybride, à mi-chemin entre studio de création, startup éducative et réseau de collaborateurs. Un modèle qui fonctionne ici grâce à la légèreté des projets, la cohérence de la vision et un bon équilibre entre autonomie et confiance. Ce n’est peut-être pas un modèle généralisable, mais il m’a appris qu’il est possible de concevoir une entreprise autrement, moins figée, plus fluide, mais pas sans exigences.