L’indécision au mépris du temps

Cela fait déjà un mois que je travaille pour… Attendez, comment ça, ça fait plus d’un mois ?! (Début du stage le 27 avril, nous sommes le 12 juin… le compte y est). Que le temps passe vite… Je m’étonne moi-même de voir à quelle vitesse j’ai pu m’adapter à cette nouvelle routine de travail : la petite réunion d’équipe récurrente du mardi après-midi, la formation du jeudi… Au point d’être presque déboussolé si l’un de ces rendez-vous vient à sauter. Mais ça, c’était avant que cette belle mécanique bien huilée ne subisse le passage d’un ouragan.

Après avoir sagement pris mes marques dans cette entreprise décidément hors norme, j’ai pu observer de près le long parcours du combattant qu’une idée doit traverser avant de devenir une décision. Engagé dans la préparation de ce fameux événement de grande envergure, j’ai vu se dessiner un schéma récurrent, véritable frein à main de notre organisation. Je vous dépeins le tableau : une problématique de départ germe dans l’esprit de la direction. S’ensuivent 3 réunions étalées sur 3 semaines et une avalanche d’idées apportées par l’équipe (devis, designs, schémas, mises en situation…). Et à l’arrivée ? Rien. Personne n’ose trancher, même à la limite de la date butoir, paralysé par la peur de dépasser le budget, de ne pas plaire à tout le monde, etc. Les choses n’aboutissent pas (ou peu), la date fatidique nous rattrape et BIM : les décisions sont prises dans l’urgence absolue. Résultat des courses, nos partenaires (le traiteur, le gérant de la salle de réception, les reprographes et les fournisseurs en tout genre) se retrouvent mis sous pression pour boucler des délais littéralement impossibles à respecter.

C’est là que j’ai mesuré à quel point l’indécision pouvait gangrener absolument toutes les strates d’une organisation, et que cela pouvait partir d’un rien. L’exemple le plus flagrant ? La date de lancement de la communication autour de l’évènement. Le plan était simple : les premières communications devaient être envoyées 2 semaines après l’ouverture de la billetterie pour laisser le temps aux personnes prioritaires de prendre leurs billets (le nombre de places étant limité). Sauf qu’entre les changements de planning, les malentendus et ce fameux manque de prise de décision, la sortie des premiers posts sur les réseaux sociaux a été repoussée de 2 semaines. Un décalage qui n’a pas manqué de chambouler totalement le planning : cette confusion a rendu les inscriptions anarchiques, semant un grand désarroi dans tout le réseau du personnel.

C’est exactement à cet instant que j’ai découvert la merveille du contact client. Le téléphone sonnait toute la journée et il fallait répondre aux questions, mais le support client était totalement débordé. Il a donc fallu que tout le service mette la main à la pâte. Me voilà donc transformé en pieuvre, à passer des journées entières avec une main sur le clavier pour préparer les visuels de ce même événement, l’autre accrochée à un stylo pour noter les questions et les doléances, le tout avec le téléphone vissé à l’oreille pour essayer de répondre aux attentes de chacun.

C’est donc à ce moment précis, au milieu de la tempête, que j’ai compris que procrastiner dans la prise de décision pouvait mener à des conséquences fâcheuses.

Au final, que retenir et qu’espérer de cette fin de stage ? Bien que cette première partie ait été particulièrement éprouvante, elle s’est révélée plus qu’instructive et diversifiée. J’attends donc la suite avec l’envie qu’elle continue sur cette même belle dynamique… avec la pression en moins, peut-être !

Question d’équilibre

Après ces quelques mois passés en stage aux côtés de ma tutrice de stage Claire, je réalise un autre rythme, qui me questionne. Il laisse à la fois le temps de quitter le travail mais empiète sur le temps personnel, à quel point doit-on —si l’on doit— diviser le pro du perso, surtout si l’on est dans le même cas que Claire, à son compte en menant un projet qui nous guide sur tous les plans de notre vie, étant purement lié à nos expériences passées et ressenties ?

Représentation de l’équilibre pro / perso avec les lettres du jeu développé par ma tutrice de stage.

D’un côté, l’idée de fusionner ces deux domaines peut être perçu comme étant une solution convenable dans laquelle le travail n’est plus une contrainte mais notre vie, on gagne alors en liberté : celle de choisir quand, où et comment on travaille avec beaucoup de flexibilité bien qu’il y ait tout de même des obligations. D’un autre côté le manque de limite claire risque de mener à un stress permanent où l’on ressent la culpabilité de faire des pauses, d’arrêter… et puis il faut rester motivé pour les bonnes raisons, pas seulement pour avoir de quoi vivre, voire survivre : c’est plutôt une nécessité qu’une raison, et je ne pense pas qu’elle devrait être la motivation de base, cette nécessité n’est pas une volonté et ne dépend pas de nous bien qu’elle puisse devenir omniprésente.

Et ce que je trouve justement intéressant dans le parcours de Claire, c’est qu’elle porte son projet selon son expérience personnelle, en cherchant à proposer ce qui lui a manqué. Lier son histoire personnelle à son projet de cette manière peut être une bonne motivation selon moi puisque l’on est directement impacté par son vécu et dans une posture sincère avec un réel apport à offrir : faire pour les autres ce que l’on estime important, aidant.

Ce que je retiens de cette posture, c’est qu’il faut oser se fixer des objectifs hauts et y croire profondément. C’est un discours assez productiviste mais qui semble fonctionner pour Claire dans ses débuts en lui apportant pas mal d’opportunités et qui permet de maintenir sa motivation en explorant différentes voies pour arriver à ses fins. 

Pour affronter ce qu’elle reproche justement à l’état actuel de l’accompagnement des enfants et des personnes en général, en rapport avec son projet, elle mise sur son art oratoire et son « sans prise de tête » que l’on pourrait qualifier d’optimisme pour obtenir ce qu’elle souhaite : la communication avec les autres est un point important de son parcours.

Je pensais déjà que d’établir une communauté avec les autres personnes, celles que l’on rencontre dans notre quotidien était important mais je me l’imaginais plutôt comme un plan pour l’avenir et pas tout de suite tout le temps, et ce rapport qu’a Claire avec les relations sociales même des plus courantes se retranscrit également dans son quotidien à travers la construction de relations en apprenant à connaître ceux qui l’entourent, ne serait-ce que pour le simple apport de la joie chez eux.

Je pense que c’est une marche à suivre, bien que cet optimisme constant porté sur le « voir en grand » ne puisse pas toujours être la préoccupation centrale de chacun. C’est tout de même un parcours que j’ai appris à connaître et qui me motive pour la suite du mien notamment sur ce rapport avec les autres aussi bien pour le pro que pour le perso qui resteront je pense bien distincts pour moi.

Sans cadre : nouvelle dynamique (jeu de mot de sérigraphe)

J’ai débuté mon deuxième stage au sein du collectif d’illustrateurs « Kdavre Exquis« . Ce fut un changement plutôt brutal, car la dynamique est totalement différente de ce que j’avais connu chez Claire (1er stage). Le collectif se compose de 2 personnes (Maxime et Thomas), qui sont plutôt jeunes puisqu’ils ont à peu près mon âge. C’est un cadre tout autre : j’avais l’habitude qu’on me donne des « ordres »; beaucoup de choses à faire, avec des tâches précises, des visios fréquentes dans la journée et un suivi très poussé.

Ici, c’est bien plus libre.

Le premier jour a été plutôt troublant à vrai dire pour moi, car il n’y avait pas grand-chose à faire… Je les écoutais discuter de projets, de scripts, de stand, de merch, des décisions à prendre… En résumé, je fais un peu ce que je veux. Il n’y a pas vraiment de productions obligatoires de ma part, puisqu’ils gèrent l’essentiel de leur côté (ce que je comprends tout à fait). Quand on est illustrateur, on aime avoir sa propre direction artistique et tout faire un peu soi-même.

Je suis donc surtout en observation, mais ils me laissent tout de même produire quelques projets personnels ou les aider sur de petites choses pour leur futur stand.

Concernant le lieu de travail, l’atelier de sérigraphie se trouve dans une cave gérée par une association, « La Grande Masse ». Des artistes y louent l’espace et viennent quand ils le souhaitent pour sérigraphier. C’est donc un lieu de rassemblement pour de nombreux indépendants. Il y a quelques tensions entre les locataires et l’association, c’est pourquoi les artistes se serrent beaucoup les coudes, ce qui crée une ambiance très familiale. J’ai rencontré plein de personnes qui font des choses très différentes, et c’est vraiment enrichissant. J’ai l’impression de mijoter dans cet amas de créativité et ça me donne encore plus envie de produire. C’est un sentiment très motivant et agréable.

Ma 1ère sérigraphie OMG : j’ai appris tout le processus pour préparer un cadre
Et j’ai pu faire quelques tirages papier !!

On fait également beaucoup de déplacements : pour aller toiler des cadres à Colombes, ou encore récupérer une commande de t-shirts à République, des trajets qui permettent d’éviter les frais de livraison. Il y a une vraie culture de la débrouillardise ici : on limite les dépenses et on fait tout soi-même. Ce que j’aime étonnamment beaucoup.

Car si on sait faire comme ça, on peut tout faire.

Le graphiste de cinéma est-il le même que celui d’agence ?

Depuis que je suis passé au graphisme, j’ai remarqué une manie négative constante qui découle fortement de la nature du travail et des gens autour de l’équipe de graphisme.

L’équipe de graphisme en elle-même est très bien, mes trois « collègues » (Cyril, Almudena et Adrienne) sont pédagogues, drôles et consciencieux, mais il y a une « négativité » persistante autour du travail et surtout des autres équipes vis-à-vis du graphisme.

l’équipe de graphisme : Almudena, Adrienne et Cyril (ils font semblant de crier pour la photo)

Je ne parlerai pas d’irrespect ou de condescendance ouverte, mais je pense qu’il y a une inconsidération sous-jacente vis-à-vis des graphistes, de leur rôle et de leur travail.

Ce n’est pas rare qu’on nous demande de faire des tâches qui ne nous concernent pas, certaines personnes venant à notre bureau pour nous « demander un service » (qui ne correspond pas à notre travail, mais au leur) alors que nous sommes déjà débordés de missions. Ou encore, l’ensemble des autres équipes de la décoration et de l’ensembliage ont pu engager des renforts, et nous sommes les seuls (malgré nos demandes) à ne pas avoir de nouveaux bras pour nous aider.

Cela m’a fortement choqué au départ, surtout la façon dont tous les graphistes devaient faire des heures sup (voire venir pendant les week-ends), ou bien la façon dont on nous donne des dossiers à 17 h pour le lendemain matin (à designer, imprimer et monter). Ou parfois même des phrases d’autres équipes balancées quand nous sommes dans une impasse : « Bah, c’est quand même la base de votre travail » (spoiler : non), agressives et pressantes.

Cela m’a poussé à me poser la question : est-ce que cet « irrespect » vient du milieu du cinéma ? Est-ce que c’est à cause de la série en particulier (qui attire des fois des personnes superficielles ou hautaines) ou bien de la production américaine et donc une dissonance avec leur praxis culturelle ?

Mais après un moment de réflexion, j’ai compris que ces questions sur “l’origine » de cette inconsidération n’étaient pas si intéressantes, mais que ma plus grande question, et peut-être même peur, était :

Est-ce que cette situation est propre au cinéma parce que le graphisme n’est qu’un rouage dans la machine ou est-ce qu’une agence de graphisme fait face aux mêmes problèmes ?

Je me doute qu’il y a de fortes différences entre le graphisme de cinéma et le graphisme dans une agence ou un studio dédié, autant sûrement de différence qu’entre le graphisme de grande entreprise, un illustrateur, un spécialiste du branding, etc.
Je pense que la plus grande différence est dans les délais, surtout en prenant en considération le sujet de la série — dans Emily in Paris, Emily travaille dans une agence de publicité —, donc il y a BEAUCOUP de branding pour des compagnies de luxe factices. Pour ce branding qui devrait normalement prendre peut-être plusieurs mois à un vrai studio, nous avons 1 ou 2 semaines maximum. (Bien sûr, nous n’avons pas de vrais clients difficiles, mais nous avons des producteurs américains qui ne comprennent pas le temps passé pour le design de chaque marque).

Au-delà de ça, dans le cinéma, le graphisme n’est qu’un petit aspect de la scène, ce qui peut expliquer le regard envers le département de graphisme. Dans un studio où la création est le but principal et la « seule activité », il n’y a pas de rippers ou de set dressers pour faire des demandes incongrues qui ne sont pas dans la liste de nos compétences.
Cette différence entre le graphiste de cinéma et le graphiste de studio m’a surtout inquiété, car je voudrais personnellement me tourner vers l’audiovisuel, mais cette dissonance entre le graphisme et le reste des équipes n’est pas tout à fait un frein, mais assurément pas un avantage. Je me fais la réflexion après, que chaque métier apporte son lot de problèmes et que, peut-être qu’un graphiste de studio affronte les mêmes problèmes et, sinon, assurément, il en affronte d’autres.


Je me rends seulement compte maintenant des tensions propres au monde du travail. Et malgré cet aspect négatif, je suis d’autant plus motivé à continuer de découvrir, d’apprendre il à prendre de l’expérience dans ce domaine.

Penser l’animation comme stratégie

Ces dernières semaines, j’ai travailler sur une campagne de publicité pour le groupe BPCE, à destination des jeunes pour les inciter à assurer leur appartement. Le contenu et les visuels avaient été pensés en amont par ma maître de stage, dans une tonalité accessible et proche des codes de cette génération. Puis il fallait les décliner en animation pour les transports en commun.

Le public ciblé : une génération ultra-connectée, très sollicitée, avec une attention visuelle exigeante et rapide.  De plus, un support en particulier a demandé plus de mon attention: les Strides, des stations de recharge pour téléphone dans les lieux publics qui intègrent désormais des écrans de diffusion. C’est un format encore peu exploité, mais très stratégique car il permet de s’adresser directement aux jeunes dans l’espace public, avec un contenu court. L’enjeu était donc de concevoir une animation immédiatement lisible dès les premières secondes.

Les premières animations réalisées (par d’autres) pour la campagne étaient trop plates et trop lentes. Donc le message était bon, mais le support ne suivait pas car elle ne correspondait ni à la cible, ni à l’intention. C’est là qu’on voit ce que signifie l’idée de “le médium est le message”. Si le mouvement n’incarne pas l’énergie du message, alors ce dernier perd en efficacité. C’est ce qui se passait dans les animations. On m’a alors demander de toute les refaire pour qu’elles soient plus en accord avec la campagnes. 

Schéma de mon dernier projet de stage

Tout au long du projet, ma maître de stage m’a accompagnée et conseillée sur la manière de structurer une animation de manière stratégique. Il ne suffit pas d’enchaîner des effets pour que ce soit “dynamique”  car trop d’animations en même temps nuisent à la lisibilité. J’ai voulu donner du rythme sans surcharger, pour faire en sorte que les mouvements servent le message : nous comprenons les jeunes. Et à hiérarchiser l’information visuellement tout en respectant la contrainte de temps que nous imposait le support. 

Mon stage s’est terminé, mais certains projets, continuent !

Ce projet est encore en cours car je vais poursuivre le travail à distance pendant l’été. C’est un prolongement inattendu de mon stage : l’agence m’a proposé de continuer à collaborer avec eux. C’est une belle marque de confiance, qui me donne aussi l’occasion d’aller plus loin dans la réflexion. 

Ce projet, comme l’ensemble du stage, m’a confirmé que j’ai ma place dans ce domaine, parce que j’y prends vraiment plaisir. Ces trois mois m’ont donné une meilleure compréhension du lien entre contenu, cible, support et forme. Et surtout, j’ai pu prendre conscience que l’animation n’est pas qu’un ajout mais un levier dans la stratégie de communication. L’animation structure le regard, rythme la lecture, hiérarchise l’information. Elle permet de guider l’attention et de mettre en avant ce qui est essentiel. Et c’est très important dans un domaine comme la stratégie de com’ ou l’on cherche à influencer la perception du publique. 

L’IA est-elle en train de changer notre métier ?

Pendant mon stage, on a travaillé sur un projet un peu particulier : un deep fake réalisé par IA pour une vidéo interne, à destination d’un séminaire d’entreprise. C’était volontairement fun et décalé, mais ce qui m’a frappée, c’est la facilité avec laquelle on a pu le faire. Quelques images, quelques réglages… et l’IA faisait presque tout toute seule. Je me suis demandé : si c’est aussi simple, à quoi on servira encore, nous, les graphistes ou motion designers ?

J’ai parlé avec mon tuteur. Il me disait souvent qu’avec l’arrivée de l’IA, dans dix ans, les jeunes qui sortiront d’école auront des compétences bien plus poussées que nous, justement grâce à ces outils. Ils pourront produire vite et bien, et si nous, on ne sait pas s’adapter, on risque de se faire dépasser. Selon lui, il faudra réussir à devenir plus polyvalent, à ne pas rester cantonné à un seul logiciel ou à un seul type de production.

Mais il ajoutait aussi quelque chose d’important : peut-être que dans dix ans, After Effects n’aura plus le monopole, remplacé par des IA capables de générer des animations complètes. Et paradoxalement, c’est justement parce qu’on sait le maîtriser aujourd’hui que ça peut nous donner un avantage. Savoir composer, animer et structurer une vidéo avec un vrai regard, ça ne s’improvise pas, même avec une IA.

Il insistait beaucoup sur un point : il faut affûter son œil de graphiste. Être capable de reconnaître ce qui est dans l’air du temps, ce qui fonctionne visuellement, et ce qui est déjà dépassé. Une IA pourra générer des images parfaites techniquement, mais si on n’a pas ce regard, on risque de produire des choses plates, sans personnalité.

Est-ce qu’il faut déjà plonger à fond dans l’IA pour ne pas rester en arrière ? Ou au contraire, continuer à renforcer nos bases « classiques » pour garder une longueur d’avance ? Peut-être que la réponse est entre les deux.

Ce que cette expérience m’a appris, c’est que l’IA n’enlève rien à notre métier… si on sait pourquoi on l’utilise. Le deep fake qu’on a fait fonctionnait bien non pas parce que l’IA était « magique », mais parce qu’on avait pensé en amont la mise en scène, le ton, le rythme. L’outil ne fait pas tout, il ne remplace pas les choix visuels, ni la capacité à raconter quelque chose.

Parce que c’est peut-être ça, la vraie différence entre un « utilisateur d’IA » et un graphiste : l’un laisse l’outil décider, l’autre choisit ce qu’il veut dire avec.

Graphiste caméléon ou spécialiste assumé?

Mon deuxième stage, aussi court qu’intense, vient tout juste de se terminer. Cette fois-ci, j’ai eu la chance de le faire chez Matthieu Poli. Pendant ces quelques semaines, nous avons travaillé sur plusieurs projets très différents, et j’ai pu toucher à une grande variété de tâches : motion design, illustration, génération de vidéos avec l’IA, création de contenus pour les réseaux sociaux, modélisation 3D, et bien d’autres encore.En réalité, c’est exactement ce que fait Matthieu dans sa propre pratique professionnelle. Il ne se limite pas à un seul domaine. Cette polyvalence lui permet d’accepter des projets très variés en tant que freelance. Il est l’exemple parfait du designer polyvalent.

Et forcément, cela m’a fait réfléchir en tant que jeune graphiste encore au début de mon parcours professionnel. Faut-il vraiment savoir tout faire, ou bien vaut-il mieux se spécialiser dans un domaine précis et devenir expert ?

J’ai vite compris que cette question n’avait pas de réponse simple. Le marché envoie souvent des signaux contradictoires. D’un côté, on voit beaucoup d’annonces qui recherchent des profils « multi-compétences », capables de répondre à tous types de demandes. De l’autre, certains studios ou agences ne s’intéressent qu’aux profils ultra-spécialisés : un typographe expert, un animateur 2D avec un style bien à lui, un spécialiste de la texture 3D, etc.

Pendant un moment, je pensais qu’il fallait choisir. Soit devenir un couteau suisse du design, soit plonger à fond dans une seule compétence. Aujourd’hui, je réalise que la réalité est beaucoup plus nuancée, et surtout très liée au contexte dans lequel on évolue.

Être polyvalent, c’est rassurant… mais exigeant

Pour beaucoup de designers aujourd’hui, la polyvalence devient presque une nécessité. Peu de clients comprennent la différence entre un designer graphique, un motion designer, un DA ou un illustrateur. Ils veulent un résultat, souvent avec un seul interlocuteur, et idéalement le plus rapidement possible. Pendant mon stage j’ai compris qu’être capable de répondre à différents types de demandes devient alors un avantage non négligeable, presque une condition de survie en freelance.

Mais cette polyvalence a aussi un coût. Il faut se former en continu, changer d’outils, s’adapter sans cesse à de nouvelles plateformes. Et surtout, il devient difficile d’atteindre un très bon niveau dans chaque domaine. Parfois, on finit par « faire un peu de tout », sans vraiment se démarquer dans quoi que ce soit.

Illustration de polyvalence

Matthieu m’a aussi parlé de designers qui ont fait le choix inverse – se concentrer sur un seul domaine. Par exemple, un spécialiste en éclairage 3D. Il est assez connu dans son milieu, on fait appel à lui spécifiquement pour des films ou des projets pointus. Et comme il n’y a pas beaucoup de gens avec ce niveau de maîtrise, il a toujours du travail parce qu’il est allé au bout de sa spécialisation.

Le risque, évidemment, c’est de mettre tous ses œufs dans le même panier. Si la demande dans leur niche diminue, ou si leurs références ne parlent pas à certains clients, ils peuvent passer à côté de nombreuses opportunités. Et il faut aussi savoir dire non à tout ce qui sort de leur domaine d’expertise.

Et si la vraie réponse était ailleurs ?

Avec un peu de recul, je me dis qu’il ne s’agit peut-être pas de choisir entre deux extrêmes, mais plutôt de comprendre dans quel environnement on évolue, et surtout ce qu’on veut construire pour soi.

Être polyvalent peut être une excellente base, surtout en début de carrière. Cela permet d’explorer, de mieux comprendre les attentes du marché, et de développer une agilité professionnelle. Mais petit à petit, affiner sa direction, trouver une identité forte, devient tout aussi essentiel pour ne pas se perdre.

Aujourd’hui, je pense qu’un bon designer est avant tout quelqu’un qui sait où il apporte de la valeur, même s’il est capable d’adapter ses outils et ses méthodes selon le projet. Ce n’est pas forcément le choix entre spécialisation ou polyvalence qui compte, mais la clarté de sa position professionnelle.

Et si un jour je choisis de me spécialiser, ce ne sera pas par manque de curiosité, mais parce que j’aurai trouvé ce que j’ai réellement envie de défendre dans mon travail.

Peut-on encore faire preuve de créativité dans un univers déjà normé

Au fil de ce deuxième mois, j’ai participé à des projets très différents : l’habillage de France TV Outre-mer, la conception de modèles pour les réseaux sociaux des Éditions de Minuit (l’une des plus anciennes maisons d’édition françaises, fondée en 1941), mais aussi à la création d’images plus “pures” pour des événements comme Wimbledon ou les 90 ans de la Vuelta.

 À chaque fois, mon rôle n’a pas été de tout inventer, mais de concevoir au sein d’un univers déjà balisé, d’un système déjà en place. Et cette contrainte, loin d’être un frein, m’a permis de comprendre ce que signifie réellement designer dans des contextes contraints. 

Pour les 90 ans de la Vuelta, célèbre tour cycliste espagnol, j’ai dû composer à partir d’un univers d’images existantes (banques comme Getty). Le défi n’était pas de tout créer, mais de transformer ces éléments en visuels forts, cohérents et impactants. Incrustation de personnages dans des paysages, composition, jeu de couleurs : tout devait faire sens. J’ai beaucoup appris en gestion de fichiers Photoshop, en rigueur sur les formats et les droits, mais aussi en regard critique : donner une intention visuelle forte même sans être dans une “création pure”.

Je ne peux pas encore montrer mes visuels, car la Vuelta n’a pas officiellement communiqué sur ses 90 ans : voici donc un exemple réalisé par l’agence lors de l’édition précédente.

Même logique pour Wimbledon. Pour l’édition 2023, le concept visuel “Be Wild” avait été choisi pour traduire une vision plus intense, sauvage et passionnée du tennis. J’ai décliné plusieurs propositions dans cet esprit, en pensant toujours à leur adaptabilité selon les formats (stories, affiches, bannières, etc.). Ces projets m’ont aussi appris à structurer mes fichiers de travail pour qu’ils puissent être partagés facilement au sein de l’équipe : nommer les calques proprement, décliner les formats, créer des gabarits pour un usage collectif. Cette rigueur, que je connaissais peu avant, est devenue un outil essentiel pour travailler en agence.

visuels type d’événements sportifs que l’agence a produit

Sur le projet France TV Outre-mer, j’ai eu encore plus de responsabilités. Aujourd’hui, j’en suis à l’étape de déclinaison : chaque discipline sportive doit avoir son identité dans un ensemble cohérent. Le cadre est strict et je dois respecter les codes de France TV en termes de composition, couleurs, typographies. Cette hiérarchisation visuelle demande un travail de réflexion précis : comment garder une cohérence d’ensemble tout en différenciant chaque discipline ? Comment équilibrer le jeu graphique avec les contraintes d’un habillage télévisuel ? C’est un travail de conception stratégique autant que d’exécution rigoureuse.

Je ne peux pas montrer de visuels pour le moment alors voici l’habillage de France TV Sport. Il s’agira du même principe, mais avec un système graphique que j’ai conçu, différent des cercles concentriques et des couleurs habituelles, tout en respectant la charte de France TV.

habillage de france tv sport

Pour l’appel d’offre de Novo 19, bien que le projet n’ait pas été retenu, cela a été l’un des plus gros projets sur lequel j’ai travaillé. Il comportait une vraie phase de conception d’un système visuel, choix typographiques, couleurs, de motion, choix de musique…mais aussi une importante part d’exécution cadrée. Il s’agissait de produire un document client complet, une sorte de “brand book” en PDF rassemblant toutes les briques de l’univers graphique : de l’autopromo au motion, en passant par les règles d’usages.

J’ai aussi pu y perfectionner mon usage des IA génératives comme Midjourney ou Runway, dans un cadre de production d’images qui dépasse la phase de création classique. J’ai contribué à écrire des prompts et des scripts pour générer des visuels ou simuler des plans avant tournage. Cette méthode nous a permis de gagner du temps, de mieux faire comprendre notre vision aux clients et de tester plusieurs directions créatives sans passer par une phase de prototypage longue.

Enfin, les Éditions de Minuit m’ont permis de changer totalement d’univers. Cette maison historique fondée en 1942, connue pour son catalogue littéraire exigeant (Beckett, Duras, Echenoz…), travaille aujourd’hui son image sur les réseaux sociaux. À partir de la charte déjà établie par l’agence, j’ai conçu des templates de posts, que la maison pourra ensuite décliner en autonomie. Là encore, l’enjeu était de réduire la place du texte pour mettre en valeur le visuel, tout en respectant une grille très stricte.

Ce mois-ci, j’ai appris que le design ne commence pas toujours avec une page blanche. Il s’agit souvent d’interpréter, d’ajuster, d’amplifier. Travailler à partir de cadres définis m’a donné des outils pour affirmer mon regard, affiner ma précision, et donner du sens – même quand on ne crée pas tout, on conçoit toujours.

Une continuité parfaite.

M comme Marseille ou comme Meloman Production.

Adieu le sud

Ma première période de stage a touché à sa fin le vendredi 30 juin. Un mois et demi s’est déjà écoulé… Cette belle ville, son équipe de foot (l’OM fidèle adversaire au PSG), ses côtes splendides et son soleil à foison vont grandement me manquer. Mais passer mes journées à apprendre avec Meloman Production encore plus !

PUIS

R comme Roubaix ou comme Rapminute.

BONJOUR LE NORD

Voilà le début de ma seconde partie de stage, qui se passe à l’espace de Coworking « Plaine Images » au sein de l’équipe du média emblématique RAPMINUTE. La transition de Marseille à Roubaix fut très rude, mais en terme de travail, cela est en parfaite continuité.

Présentation de Rapminute par Plaine Images

Cela fait moins d’une semaine que j’ai rejoins l’équipe de Rapminute, mais j’ai déjà réalisé de nombreuses choses dont certaines déjà postées sur leurs réseaux sociaux.

« Un avis sur Beyah », pour Rapminute

Lorsque je suis venu à Roubaix et que j’ai intégré le média Rapminute, je pensais travailler essentiellement le graphisme et ne toucher à rien d’autre. Par ailleurs, dès mon premier jour, j’ai pu travailler le montage et la post-production car ils avaient déjà quatre stagiaires qui partent ce vendredi qui travaillé sur la part essentiellement graphique du média.

Une dynamique de groupe étant déjà en place, j’ai rejoint le train et je me suis mise au montage de la vidéo énoncée précédemment.

MAIS

Dès mon arrivée chez Rapminute, et durant tout mon stage chez Meloman production, j’ai remarqué que chacun était spécialisé dans un domaine mais qu’il devait savoir maitriser tous ceux qui s’y relient de prêt où de loin. Surtout lorsque l’on travaille dans le monde de la communication et de l’audiovisuel. Ainsi, la plus grande partie des personnes m’entourant étaient pluridisciplinaire.

MELOMAN PRODUCTION était producteur en audiovisuel, photographe, vidéaste, monteur et gérait également toute la partie post production.

RAPMINUTE, c’est essentiellement Élias qui gère toute la partie graphique que ce soit montage, graphisme, animation et 3D. Et Tristan, qui gère toute la part administrative et financière de l’entreprise mais qui a beaucoup de compétences sur les logiciels que nous utilisons, lui permettant ainsi de répondre par des termes spécifiques à nos questions sur divers domaines.

Lors de mon premier stage, j’avais pu découvrir en profondeur le monde de l’audiovisuel et voir mes compétences en montage. Ces dernières se sont approfondies au fil des jours et je me suis grandement améliorée surtout grâce à un Vlog sur la publicité pour D&P que Meloman m’a donné à monter. Une continuité de cet apprentissage au montage, c’est réalisé dès mon entrée chez Rapminute. En effet, on m’a directement demandé de monter des vidéos et de gérer toute la partie textuelle, graphique ainsi que les animations de plusieurs vidéos.

Aujourd’hui, je me considère chanceuse d’avoir pu accéder à ces deux stages qui sont d’une part nourrissant et qui ne reste jamais sur les mêmes champs de compétences. En effet, je change de logiciel au moins deux à trois fois par journée, ce qui me permet de ne pas me lasser, d’exploiter toute ma créativité et de pouvoir créer à foison. Pour le moment, je ne peux pas en dire davantage car la fin de mon premier stage s’est déroulée assez rapidement avec le Vlog qui était un travail très conséquent donc je n’ai fait quasiment que ça. Puis mon stage chez Rapminute venant de débuter, il me faut un peu de temps avant d’explorer d’autres notions du monde professionnel.

Contraintes sur Contraintes

En ce milieu de stage, je me sens particulièrement bien au sein de l’agence. Le monde professionnel me plait pour diverses raisons. J’ai le sentiment que l’on me fait davantage confiance, et même si cela dépend du projet et des clients, le fait que je suis plus ou moins encadrée sur un projet me permet plus de liberté.  

Sur le projet scénographique avec le Bristol par exemple, j’ai été pas mal encadrée. Il était difficile car il y avait beaucoup de contraintes. Pour rappel, Le Bristol (hôtel 5 étoiles situé dans l’avenue Matignon) accueille dans sa boutique le temps d’une semaine la nouvelle collaboration entre la marque Adidas & Sport & Rich. 

Il s’agit donc de réaliser une scénographie attractive qui mettra en valeur la collection de vêtements, avec évidement des contraintes. Pleins de contraintes.

C’est peut être contradictoire, mais malgré toutes ces contraintes jai trouve une certaine liberté que ce soit dans le choix des meubles, le fait de pouvoir en inventer puis par la suite faire appel à un artisan pour pouvoir les réaliser. En tout cas j’ai compris qu’il y avait beaucoup de possibilités.

Au final je suis tout de meme aller vers quelque chose de simple, de part la contrainte de temps. 

Même si ces proposition ne créent pas une sensation de jamais-vu, jai essaye de faire au mieux pour combiner les styles différents de l’hôtel et des marques de vêtements.

En ayant un regard critique sur mon travail, je pense qu’avec un peu plus de budget on aurait pu réaliser ces objets avec des matériaux « nobles » comme du beau bois ou de la pierre.

Quoiqu’il en soit soit je suis contente de mon travail et on équipe est fière de moi, je pense que c’est le plus important!