Comment ça c’est déjà fini?

Le jour où j’ai commencé ce stage, je me suis dit que 3 mois ça allait être long. Nous voilà 3 mois plus tard et je me demande à quel moment 3 mois de ma vie se sont écoulés sans que je les voie.

Après la convention annuelle de l’entreprise, les posts en rapport avec celle-ci se sont enchaînés. Entre les posts Instagram, les réels, les photos à retoucher (et j’en passe), les semaines qui ont suivi cet évènement ont tourné essentiellement autour de la communication de ce dernier. Les publications étaient rythmées par un planning de diffusion sur les réseaux sociaux.

C’est au moment où ce rythme effréné entre la préparation, l’évènement en lui-même (qui, en passant, était génial) et la communication a posteriori a pris fin que j’ai commencé à prendre conscience du temps passé. Parce que quand on travaille semaine par semaine avec une seule et même date en tête et que, d’un coup d’un seul, on se retrouve avec des deadlines bien plus souples et une vision sur un plus long terme, on a une sensation de passage du jour à la nuit.

Ce stage s’est donc fini en douceur avec un enchaînement de travaux très diversifiés, comme un changement de charte pour un podcast de formation ou encore une vidéo d’introduction pour un format de live award. Ces projets ont été très variés et ont contribué au fait que je ne voie pas le temps passer, malgré la complexité qu’ils exigeaient.

Alors, que retenir de ce stage ?

La grande diversité de projets et de sujets abordés, ainsi que le contexte particulier dans lequel évolue le pôle communication, ont été très formateurs pour moi. À travers ce stage, j’ai eu l’occasion de découvrir le monde si particulier de l’immobilier. J’ai pu appréhender ses exigences, notamment pour ses documents professionnels et officiels qui ne laissent pas de place à l’erreur, tant dans leur mise en page que dans leur contenu. J’ai également découvert la façon bien particulière avec laquelle il faut s’adresser à un réseau de franchisés : bien qu’ils fassent partie de la même entreprise, ils n’en restent pas moins des clients.

Ce stage m’a donc appris à composer avec cette fine nuance et à comprendre au mieux où situer les différents curseurs qu’exige cette situation particulière en termes de communication.

Malgré tout, je me permets de me poser certaines questions.

Bien que plus qu’instructif, ce stage m’aura permis de me rendre compte que le cadre de l’entreprise me sert de moteur de motivation pour la créativité et la productivité. Mais le fait de travailler en équipe a aussi été une sorte de frein. J’avais par moments l’impression de ne contrôler ni mon rythme de travail ni les tâches à accomplir. Entre les retours de l’équipe sur des propositions déjà validées et terminées, les annulations de projets en cours de production, les retards, les contretemps et les dépriorisations, j’avais l’impression d’avancer à trois vitesses en même temps. Cela a créé des situations ubuesques où je me retrouvais parfois sous l’eau pendant une matinée, puis sans travail fixe l’après-midi même. C’est cet aspect de l’entreprise qui me fait dire qu’être catégorique sur certains sujets (comme l’organisation) peut avoir des bienfaits visibles sur la qualité ainsi que sur l’avancement des projets.

Ce stage me laisse donc avec certains doutes, mais répond aussi à certaines de mes questions :

  • Est-ce que je suis fait pour l’entreprise ? Probablement.
  • Est-ce que le fonctionnement d’une entreprise est un problème dans ma méthode de travail ? Peut-être.
  • Est-ce que je me sens légitime à m’opposer à certaines décisions ? Non.
  • Est-ce que je devrais être plus exigeant quant à l’organisation qu’on m’impose ? Certainement.
  • Est-ce que, malgré tout, cette organisation m’a poussé à me dépasser ? Absolument.

Sans langue de bois, je pense pouvoir dire que ce stage, malgré tous ses petits défauts, n’a pas manqué d’avantages et m’a permis de découvrir une énorme quantité de choses. Cela me fait dire sans l’ombre d’un doute que ça a été la meilleure expérience professionnelle que j’ai pu avoir.

PS : Certains matins, je me dis quand même que la cafetière était le meilleur élément de l’équipe.

Les attentes – les indécisions – les inquiétudes

Pour ce stage, ma cheffe de département m’avait dit que je pourrai choisir concrètement ce que je ferai pendant tout le stage (en restant disponible s’il y avait besoin d’aide quelque part).
Et le ciel sait à quel point je suis indécise, donc cette proposition était pour moi un vrai cadeau, un immense privilège. C’est donc avec énormément d’enthousiasme que j’avais envoyé un mail à la coordinatrice décoration pour lui dire où je voulais aller et pendant environ combien de temps.

Je sais depuis un moment que je veux travailler dans le décor de cinéma, le spectacle, l’audiovisuel… Mais ça fait autant de temps que je ne sais pas exactement dans le décor. Il y a énormément de postes, autant qui m’intéressent et ont leurs bons et mauvais aspects.

Liste non exhaustive d’exemples :

  • Directeur artistique
  • Graphiste
  • Architecte
  • Illustrateur
  • Ensemblier
  • Regidex
  • Ripper
  • Accessoiriste regidex
  • Accessoiriste de plateau
  • Tapissier
  • Peintre
  • Menuisier

ET J’EN PASSE (en plus en comptant tous les assistants)

Mon problème, c’est que je voulais que ce stage me permette d’expérimenter un maximum ces métiers pour pouvoir mieux discerner mes envies de carrières. C’est dans l’année qui arrive que je dois chercher une suite à mes études (on croise les doigts pour que j’aie mon diplôme), sauf que certains de ces métiers sont trop différents pour que je puisse choisir à la fin de mes prochaines études lequel je veux faire. Il faut se spécifier MAINTENANT, mais je ne peux même pas prendre de décision encore. Aussi, certains métiers ne demandent AUCUNE qualification (assistant-ensemblier) à part un permis de conduire et un bon goût (et encore).

Ayant finalement passé presque tout mon stage au graphisme (ce qui était génial, je ne le nie pas), je n’ai absolument pas pu voir les autres départements. (ce qui n’est peut-être pas si grave parce que la nature de la série fait qu’on achète beaucoup d’objets et d’accessoires, il n’y a pas de besoin de les créer : alors que c’est justement ce que je PENSE vouloir faire.)

Pendant ce stage, j’ai réussi à quand même cibler un peu plus mes possibilités entre trois catégories qui n’ont pas grand-chose à voir mais satisfont chacune respectivement un aspect de ma personne.

Je dis toujours que je suis versatile, que j’aime utiliser n’importe quel médium et expérimenter toutes les formes d’expressions et d’art sur lesquelles je peux mettre la main et comment ça me rend plus forte dans ma pratique artistique. Comment chaque pratique peut faire écho à une autre et se renforcer entre elle. Mon coté touche à tout a toujours été pour moi une fierté, mais ici, alors que je dois faire des choix pour mon avenir, c’est plus une épine dans le pied qu’autre chose.

Un exemple clair par rapport à ça est que mes deux derniers jours de stage ont été en tapisserie qui avait besoin de main-d’œuvre, où j’ai fabriqué un canapé ENTIER. Le fait qu’on fabrique quelque chose de zéro et que je sois aux anges, en passant chez moi des jours entiers derrière une machine à coudre, m’ont presque fait me demander si je ne voulais pas être tapissière finalement.

un des canapé qu’on a fait (encore en construction)

MAIS QUEL IDÉE ????

Je pense qu’il y a une différence majeure (que je fais TRES mal) entre un hobby et une passion. Pour moi, on ne peut pas faire carrière sur un hobby mais seulement une passion. Oui j’adore coudre, mais si je devais ne faire QUE coudre 8h par jour, des canapés et des rideaux, 5 jours par semaine pendant un tournage entier, est-ce que justement je ne finirais pas par détester la couture ?
Je commence à me demander si tout mon amour artistique n’est qu’une collection de hobbies et que je ne pourrai jamais faire carrière en m’appuyant dessus sans finir misérable.
Je commence aussi à me demander si cela veut dire que je n’ai pas de passion ? Est-ce que la raison pour laquelle je n’arrive pas à faire de choix est parce que tous ces centres d’intérêts que j’ai ne représentent pas grand-chose et ne seront jamais assez suffisants pour que je ne sois pas misérable ?
Je me considère comme une personne passionnée et ces questionnements me terrifies.

Finalement, même si j’ai adoré ce stage (malgré la sortie de route par rapport au programme de base), il a répondu à quelques questions, et affiné un peu mon idée professionnelle, mais il a aussi et surtout soulevé encore plus de questions par rapport à l’essence même de mon travail et des motivations qui l’animent.

Dans le brouillard..

Dernière période de stage où je suis reparti chez Claire; c’était le retour des visios, des mis à jour réguliers par message, et des meet ups dans des espaces de coworking. C’était un quotidien dont je m’étais familiariser avec, mais je n’avais plus du tout le même état d’esprit.

Honnêtement j’avais envie que ces 3 dernières semaines se finissent vite.


Et puis je me suis remise en question sur ce que j’éprouvais : est ce que le design graphique est vraiment ce que j’apprécie le plus ? Est ce que je veux vraiment travailler pour les autres plus tard ?
Et je penses que la réelle question qui se cachait derrière tout ça, c’était :
Est ce que ça a toujours été ce que je voulais faire dans la vie ?

Bref, en gros j’étais dans un brouillard constant de doutes qui m’envahissait au fur et à mesure que les jours défilaient. (Comme dab finalement).
En tout cas, c’est une question qui me turlupine depuis longtemps dans ma pratique du design graphique.

Et puis un soir, j’avais décidé d’en parler à Claire :

j’avais bien préparé mon ptit mot quand même eheh

Elle a été très compréhensive et m’a laissé les jours de TT libre pour peindre. Elle a aussi essayé de me mettre en position de freelance en me donnant une planche de BD à faire. Un exercice que je connais bien; une consigne à détourner pour que ça me plaise aussi, tout en respectant ce que le client veut. Comme à l’école.

Ma peinture

Ça m’a fait aussi rendre compte qu’on ose souvent pas demander des choses dans le monde du travail. Peut être que c’est une façon utopique de pensée. Mais je préférai continuer à travailler dans la restauration, que de devoir collaborer avec quelqu’un qui ne respect pas mes choix, voir qui ne les entend pas. En l’occurrence, travailler avec Claire m’a fait rendre compte que je pouvais aussi avoir des standards dans le monde du travail, quitte à ne pas en trouver. Je crois en ce lien humains, à cet utopie.

« Une oeuvre d’art est bonne qui surgit de la nécessité. […] Car celui qui crée doit être son propre univers, et trouver tout ce qu’il cherche en lui et dans la nature à laquelle il s’est lié. » – Rainer Maria Rilke, lettres à un jeune poète.

Finalement, les stages m’ont fait plus apprendre sur moi même que sur le monde professionnel.

Et peut être qu’au final, je ne suis pas faite pour le design graphique ?

L’indécision au mépris du temps

Cela fait déjà un mois que je travaille pour… Attendez, comment ça, ça fait plus d’un mois ?! (Début du stage le 27 avril, nous sommes le 12 juin… le compte y est). Que le temps passe vite… Je m’étonne moi-même de voir à quelle vitesse j’ai pu m’adapter à cette nouvelle routine de travail : la petite réunion d’équipe récurrente du mardi après-midi, la formation du jeudi… Au point d’être presque déboussolé si l’un de ces rendez-vous vient à sauter. Mais ça, c’était avant que cette belle mécanique bien huilée ne subisse le passage d’un ouragan.

Après avoir sagement pris mes marques dans cette entreprise décidément hors norme, j’ai pu observer de près le long parcours du combattant qu’une idée doit traverser avant de devenir une décision. Engagé dans la préparation de ce fameux événement de grande envergure, j’ai vu se dessiner un schéma récurrent, véritable frein à main de notre organisation. Je vous dépeins le tableau : une problématique de départ germe dans l’esprit de la direction. S’ensuivent 3 réunions étalées sur 3 semaines et une avalanche d’idées apportées par l’équipe (devis, designs, schémas, mises en situation…). Et à l’arrivée ? Rien. Personne n’ose trancher, même à la limite de la date butoir, paralysé par la peur de dépasser le budget, de ne pas plaire à tout le monde, etc. Les choses n’aboutissent pas (ou peu), la date fatidique nous rattrape et BIM : les décisions sont prises dans l’urgence absolue. Résultat des courses, nos partenaires (le traiteur, le gérant de la salle de réception, les reprographes et les fournisseurs en tout genre) se retrouvent mis sous pression pour boucler des délais littéralement impossibles à respecter.

C’est là que j’ai mesuré à quel point l’indécision pouvait gangrener absolument toutes les strates d’une organisation, et que cela pouvait partir d’un rien. L’exemple le plus flagrant ? La date de lancement de la communication autour de l’évènement. Le plan était simple : les premières communications devaient être envoyées 2 semaines après l’ouverture de la billetterie pour laisser le temps aux personnes prioritaires de prendre leurs billets (le nombre de places étant limité). Sauf qu’entre les changements de planning, les malentendus et ce fameux manque de prise de décision, la sortie des premiers posts sur les réseaux sociaux a été repoussée de 2 semaines. Un décalage qui n’a pas manqué de chambouler totalement le planning : cette confusion a rendu les inscriptions anarchiques, semant un grand désarroi dans tout le réseau du personnel.

C’est exactement à cet instant que j’ai découvert la merveille du contact client. Le téléphone sonnait toute la journée et il fallait répondre aux questions, mais le support client était totalement débordé. Il a donc fallu que tout le service mette la main à la pâte. Me voilà donc transformé en pieuvre, à passer des journées entières avec une main sur le clavier pour préparer les visuels de ce même événement, l’autre accrochée à un stylo pour noter les questions et les doléances, le tout avec le téléphone vissé à l’oreille pour essayer de répondre aux attentes de chacun.

C’est donc à ce moment précis, au milieu de la tempête, que j’ai compris que procrastiner dans la prise de décision pouvait mener à des conséquences fâcheuses.

Au final, que retenir et qu’espérer de cette fin de stage ? Bien que cette première partie ait été particulièrement éprouvante, elle s’est révélée plus qu’instructive et diversifiée. J’attends donc la suite avec l’envie qu’elle continue sur cette même belle dynamique… avec la pression en moins, peut-être !

Question d’équilibre

Après ces quelques mois passés en stage aux côtés de ma tutrice de stage Claire, je réalise un autre rythme, qui me questionne. Il laisse à la fois le temps de quitter le travail mais empiète sur le temps personnel, à quel point doit-on —si l’on doit— diviser le pro du perso, surtout si l’on est dans le même cas que Claire, à son compte en menant un projet qui nous guide sur tous les plans de notre vie, étant purement lié à nos expériences passées et ressenties ?

Représentation de l’équilibre pro / perso avec les lettres du jeu développé par ma tutrice de stage.

D’un côté, l’idée de fusionner ces deux domaines peut être perçu comme étant une solution convenable dans laquelle le travail n’est plus une contrainte mais notre vie, on gagne alors en liberté : celle de choisir quand, où et comment on travaille avec beaucoup de flexibilité bien qu’il y ait tout de même des obligations. D’un autre côté le manque de limite claire risque de mener à un stress permanent où l’on ressent la culpabilité de faire des pauses, d’arrêter… et puis il faut rester motivé pour les bonnes raisons, pas seulement pour avoir de quoi vivre, voire survivre : c’est plutôt une nécessité qu’une raison, et je ne pense pas qu’elle devrait être la motivation de base, cette nécessité n’est pas une volonté et ne dépend pas de nous bien qu’elle puisse devenir omniprésente.

Et ce que je trouve justement intéressant dans le parcours de Claire, c’est qu’elle porte son projet selon son expérience personnelle, en cherchant à proposer ce qui lui a manqué. Lier son histoire personnelle à son projet de cette manière peut être une bonne motivation selon moi puisque l’on est directement impacté par son vécu et dans une posture sincère avec un réel apport à offrir : faire pour les autres ce que l’on estime important, aidant.

Ce que je retiens de cette posture, c’est qu’il faut oser se fixer des objectifs hauts et y croire profondément. C’est un discours assez productiviste mais qui semble fonctionner pour Claire dans ses débuts en lui apportant pas mal d’opportunités et qui permet de maintenir sa motivation en explorant différentes voies pour arriver à ses fins. 

Pour affronter ce qu’elle reproche justement à l’état actuel de l’accompagnement des enfants et des personnes en général, en rapport avec son projet, elle mise sur son art oratoire et son « sans prise de tête » que l’on pourrait qualifier d’optimisme pour obtenir ce qu’elle souhaite : la communication avec les autres est un point important de son parcours.

Je pensais déjà que d’établir une communauté avec les autres personnes, celles que l’on rencontre dans notre quotidien était important mais je me l’imaginais plutôt comme un plan pour l’avenir et pas tout de suite tout le temps, et ce rapport qu’a Claire avec les relations sociales même des plus courantes se retranscrit également dans son quotidien à travers la construction de relations en apprenant à connaître ceux qui l’entourent, ne serait-ce que pour le simple apport de la joie chez eux.

Je pense que c’est une marche à suivre, bien que cet optimisme constant porté sur le « voir en grand » ne puisse pas toujours être la préoccupation centrale de chacun. C’est tout de même un parcours que j’ai appris à connaître et qui me motive pour la suite du mien notamment sur ce rapport avec les autres aussi bien pour le pro que pour le perso qui resteront je pense bien distincts pour moi.

Sans cadre : nouvelle dynamique (jeu de mot de sérigraphe)

J’ai débuté mon deuxième stage au sein du collectif d’illustrateurs « Kdavre Exquis« . Ce fut un changement plutôt brutal, car la dynamique est totalement différente de ce que j’avais connu chez Claire (1er stage). Le collectif se compose de 2 personnes (Maxime et Thomas), qui sont plutôt jeunes puisqu’ils ont à peu près mon âge. C’est un cadre tout autre : j’avais l’habitude qu’on me donne des « ordres »; beaucoup de choses à faire, avec des tâches précises, des visios fréquentes dans la journée et un suivi très poussé.

Ici, c’est bien plus libre.

Le premier jour a été plutôt troublant à vrai dire pour moi, car il n’y avait pas grand-chose à faire… Je les écoutais discuter de projets, de scripts, de stand, de merch, des décisions à prendre… En résumé, je fais un peu ce que je veux. Il n’y a pas vraiment de productions obligatoires de ma part, puisqu’ils gèrent l’essentiel de leur côté (ce que je comprends tout à fait). Quand on est illustrateur, on aime avoir sa propre direction artistique et tout faire un peu soi-même.

Je suis donc surtout en observation, mais ils me laissent tout de même produire quelques projets personnels ou les aider sur de petites choses pour leur futur stand.

Concernant le lieu de travail, l’atelier de sérigraphie se trouve dans une cave gérée par une association, « La Grande Masse ». Des artistes y louent l’espace et viennent quand ils le souhaitent pour sérigraphier. C’est donc un lieu de rassemblement pour de nombreux indépendants. Il y a quelques tensions entre les locataires et l’association, c’est pourquoi les artistes se serrent beaucoup les coudes, ce qui crée une ambiance très familiale. J’ai rencontré plein de personnes qui font des choses très différentes, et c’est vraiment enrichissant. J’ai l’impression de mijoter dans cet amas de créativité et ça me donne encore plus envie de produire. C’est un sentiment très motivant et agréable.

Ma 1ère sérigraphie OMG : j’ai appris tout le processus pour préparer un cadre
Et j’ai pu faire quelques tirages papier !!

On fait également beaucoup de déplacements : pour aller toiler des cadres à Colombes, ou encore récupérer une commande de t-shirts à République, des trajets qui permettent d’éviter les frais de livraison. Il y a une vraie culture de la débrouillardise ici : on limite les dépenses et on fait tout soi-même. Ce que j’aime étonnamment beaucoup.

Car si on sait faire comme ça, on peut tout faire.

Le graphiste de cinéma est-il le même que celui d’agence ?

Depuis que je suis passé au graphisme, j’ai remarqué une manie négative constante qui découle fortement de la nature du travail et des gens autour de l’équipe de graphisme.

L’équipe de graphisme en elle-même est très bien, mes trois « collègues » (Cyril, Almudena et Adrienne) sont pédagogues, drôles et consciencieux, mais il y a une « négativité » persistante autour du travail et surtout des autres équipes vis-à-vis du graphisme.

l’équipe de graphisme : Almudena, Adrienne et Cyril (ils font semblant de crier pour la photo)

Je ne parlerai pas d’irrespect ou de condescendance ouverte, mais je pense qu’il y a une inconsidération sous-jacente vis-à-vis des graphistes, de leur rôle et de leur travail.

Ce n’est pas rare qu’on nous demande de faire des tâches qui ne nous concernent pas, certaines personnes venant à notre bureau pour nous « demander un service » (qui ne correspond pas à notre travail, mais au leur) alors que nous sommes déjà débordés de missions. Ou encore, l’ensemble des autres équipes de la décoration et de l’ensembliage ont pu engager des renforts, et nous sommes les seuls (malgré nos demandes) à ne pas avoir de nouveaux bras pour nous aider.

Cela m’a fortement choqué au départ, surtout la façon dont tous les graphistes devaient faire des heures sup (voire venir pendant les week-ends), ou bien la façon dont on nous donne des dossiers à 17 h pour le lendemain matin (à designer, imprimer et monter). Ou parfois même des phrases d’autres équipes balancées quand nous sommes dans une impasse : « Bah, c’est quand même la base de votre travail » (spoiler : non), agressives et pressantes.

Cela m’a poussé à me poser la question : est-ce que cet « irrespect » vient du milieu du cinéma ? Est-ce que c’est à cause de la série en particulier (qui attire des fois des personnes superficielles ou hautaines) ou bien de la production américaine et donc une dissonance avec leur praxis culturelle ?

Mais après un moment de réflexion, j’ai compris que ces questions sur “l’origine » de cette inconsidération n’étaient pas si intéressantes, mais que ma plus grande question, et peut-être même peur, était :

Est-ce que cette situation est propre au cinéma parce que le graphisme n’est qu’un rouage dans la machine ou est-ce qu’une agence de graphisme fait face aux mêmes problèmes ?

Je me doute qu’il y a de fortes différences entre le graphisme de cinéma et le graphisme dans une agence ou un studio dédié, autant sûrement de différence qu’entre le graphisme de grande entreprise, un illustrateur, un spécialiste du branding, etc.
Je pense que la plus grande différence est dans les délais, surtout en prenant en considération le sujet de la série — dans Emily in Paris, Emily travaille dans une agence de publicité —, donc il y a BEAUCOUP de branding pour des compagnies de luxe factices. Pour ce branding qui devrait normalement prendre peut-être plusieurs mois à un vrai studio, nous avons 1 ou 2 semaines maximum. (Bien sûr, nous n’avons pas de vrais clients difficiles, mais nous avons des producteurs américains qui ne comprennent pas le temps passé pour le design de chaque marque).

Au-delà de ça, dans le cinéma, le graphisme n’est qu’un petit aspect de la scène, ce qui peut expliquer le regard envers le département de graphisme. Dans un studio où la création est le but principal et la « seule activité », il n’y a pas de rippers ou de set dressers pour faire des demandes incongrues qui ne sont pas dans la liste de nos compétences.
Cette différence entre le graphiste de cinéma et le graphiste de studio m’a surtout inquiété, car je voudrais personnellement me tourner vers l’audiovisuel, mais cette dissonance entre le graphisme et le reste des équipes n’est pas tout à fait un frein, mais assurément pas un avantage. Je me fais la réflexion après, que chaque métier apporte son lot de problèmes et que, peut-être qu’un graphiste de studio affronte les mêmes problèmes et, sinon, assurément, il en affronte d’autres.


Je me rends seulement compte maintenant des tensions propres au monde du travail. Et malgré cet aspect négatif, je suis d’autant plus motivé à continuer de découvrir, d’apprendre il à prendre de l’expérience dans ce domaine.

Penser l’animation comme stratégie

Ces dernières semaines, j’ai travailler sur une campagne de publicité pour le groupe BPCE, à destination des jeunes pour les inciter à assurer leur appartement. Le contenu et les visuels avaient été pensés en amont par ma maître de stage, dans une tonalité accessible et proche des codes de cette génération. Puis il fallait les décliner en animation pour les transports en commun.

Le public ciblé : une génération ultra-connectée, très sollicitée, avec une attention visuelle exigeante et rapide.  De plus, un support en particulier a demandé plus de mon attention: les Strides, des stations de recharge pour téléphone dans les lieux publics qui intègrent désormais des écrans de diffusion. C’est un format encore peu exploité, mais très stratégique car il permet de s’adresser directement aux jeunes dans l’espace public, avec un contenu court. L’enjeu était donc de concevoir une animation immédiatement lisible dès les premières secondes.

Les premières animations réalisées (par d’autres) pour la campagne étaient trop plates et trop lentes. Donc le message était bon, mais le support ne suivait pas car elle ne correspondait ni à la cible, ni à l’intention. C’est là qu’on voit ce que signifie l’idée de “le médium est le message”. Si le mouvement n’incarne pas l’énergie du message, alors ce dernier perd en efficacité. C’est ce qui se passait dans les animations. On m’a alors demander de toute les refaire pour qu’elles soient plus en accord avec la campagnes. 

Schéma de mon dernier projet de stage

Tout au long du projet, ma maître de stage m’a accompagnée et conseillée sur la manière de structurer une animation de manière stratégique. Il ne suffit pas d’enchaîner des effets pour que ce soit “dynamique”  car trop d’animations en même temps nuisent à la lisibilité. J’ai voulu donner du rythme sans surcharger, pour faire en sorte que les mouvements servent le message : nous comprenons les jeunes. Et à hiérarchiser l’information visuellement tout en respectant la contrainte de temps que nous imposait le support. 

Mon stage s’est terminé, mais certains projets, continuent !

Ce projet est encore en cours car je vais poursuivre le travail à distance pendant l’été. C’est un prolongement inattendu de mon stage : l’agence m’a proposé de continuer à collaborer avec eux. C’est une belle marque de confiance, qui me donne aussi l’occasion d’aller plus loin dans la réflexion. 

Ce projet, comme l’ensemble du stage, m’a confirmé que j’ai ma place dans ce domaine, parce que j’y prends vraiment plaisir. Ces trois mois m’ont donné une meilleure compréhension du lien entre contenu, cible, support et forme. Et surtout, j’ai pu prendre conscience que l’animation n’est pas qu’un ajout mais un levier dans la stratégie de communication. L’animation structure le regard, rythme la lecture, hiérarchise l’information. Elle permet de guider l’attention et de mettre en avant ce qui est essentiel. Et c’est très important dans un domaine comme la stratégie de com’ ou l’on cherche à influencer la perception du publique. 

L’IA est-elle en train de changer notre métier ?

Pendant mon stage, on a travaillé sur un projet un peu particulier : un deep fake réalisé par IA pour une vidéo interne, à destination d’un séminaire d’entreprise. C’était volontairement fun et décalé, mais ce qui m’a frappée, c’est la facilité avec laquelle on a pu le faire. Quelques images, quelques réglages… et l’IA faisait presque tout toute seule. Je me suis demandé : si c’est aussi simple, à quoi on servira encore, nous, les graphistes ou motion designers ?

J’ai parlé avec mon tuteur. Il me disait souvent qu’avec l’arrivée de l’IA, dans dix ans, les jeunes qui sortiront d’école auront des compétences bien plus poussées que nous, justement grâce à ces outils. Ils pourront produire vite et bien, et si nous, on ne sait pas s’adapter, on risque de se faire dépasser. Selon lui, il faudra réussir à devenir plus polyvalent, à ne pas rester cantonné à un seul logiciel ou à un seul type de production.

Mais il ajoutait aussi quelque chose d’important : peut-être que dans dix ans, After Effects n’aura plus le monopole, remplacé par des IA capables de générer des animations complètes. Et paradoxalement, c’est justement parce qu’on sait le maîtriser aujourd’hui que ça peut nous donner un avantage. Savoir composer, animer et structurer une vidéo avec un vrai regard, ça ne s’improvise pas, même avec une IA.

Il insistait beaucoup sur un point : il faut affûter son œil de graphiste. Être capable de reconnaître ce qui est dans l’air du temps, ce qui fonctionne visuellement, et ce qui est déjà dépassé. Une IA pourra générer des images parfaites techniquement, mais si on n’a pas ce regard, on risque de produire des choses plates, sans personnalité.

Est-ce qu’il faut déjà plonger à fond dans l’IA pour ne pas rester en arrière ? Ou au contraire, continuer à renforcer nos bases « classiques » pour garder une longueur d’avance ? Peut-être que la réponse est entre les deux.

Ce que cette expérience m’a appris, c’est que l’IA n’enlève rien à notre métier… si on sait pourquoi on l’utilise. Le deep fake qu’on a fait fonctionnait bien non pas parce que l’IA était « magique », mais parce qu’on avait pensé en amont la mise en scène, le ton, le rythme. L’outil ne fait pas tout, il ne remplace pas les choix visuels, ni la capacité à raconter quelque chose.

Parce que c’est peut-être ça, la vraie différence entre un « utilisateur d’IA » et un graphiste : l’un laisse l’outil décider, l’autre choisit ce qu’il veut dire avec.

Graphiste caméléon ou spécialiste assumé?

Mon deuxième stage, aussi court qu’intense, vient tout juste de se terminer. Cette fois-ci, j’ai eu la chance de le faire chez Matthieu Poli. Pendant ces quelques semaines, nous avons travaillé sur plusieurs projets très différents, et j’ai pu toucher à une grande variété de tâches : motion design, illustration, génération de vidéos avec l’IA, création de contenus pour les réseaux sociaux, modélisation 3D, et bien d’autres encore.En réalité, c’est exactement ce que fait Matthieu dans sa propre pratique professionnelle. Il ne se limite pas à un seul domaine. Cette polyvalence lui permet d’accepter des projets très variés en tant que freelance. Il est l’exemple parfait du designer polyvalent.

Et forcément, cela m’a fait réfléchir en tant que jeune graphiste encore au début de mon parcours professionnel. Faut-il vraiment savoir tout faire, ou bien vaut-il mieux se spécialiser dans un domaine précis et devenir expert ?

J’ai vite compris que cette question n’avait pas de réponse simple. Le marché envoie souvent des signaux contradictoires. D’un côté, on voit beaucoup d’annonces qui recherchent des profils « multi-compétences », capables de répondre à tous types de demandes. De l’autre, certains studios ou agences ne s’intéressent qu’aux profils ultra-spécialisés : un typographe expert, un animateur 2D avec un style bien à lui, un spécialiste de la texture 3D, etc.

Pendant un moment, je pensais qu’il fallait choisir. Soit devenir un couteau suisse du design, soit plonger à fond dans une seule compétence. Aujourd’hui, je réalise que la réalité est beaucoup plus nuancée, et surtout très liée au contexte dans lequel on évolue.

Être polyvalent, c’est rassurant… mais exigeant

Pour beaucoup de designers aujourd’hui, la polyvalence devient presque une nécessité. Peu de clients comprennent la différence entre un designer graphique, un motion designer, un DA ou un illustrateur. Ils veulent un résultat, souvent avec un seul interlocuteur, et idéalement le plus rapidement possible. Pendant mon stage j’ai compris qu’être capable de répondre à différents types de demandes devient alors un avantage non négligeable, presque une condition de survie en freelance.

Mais cette polyvalence a aussi un coût. Il faut se former en continu, changer d’outils, s’adapter sans cesse à de nouvelles plateformes. Et surtout, il devient difficile d’atteindre un très bon niveau dans chaque domaine. Parfois, on finit par « faire un peu de tout », sans vraiment se démarquer dans quoi que ce soit.

Illustration de polyvalence

Matthieu m’a aussi parlé de designers qui ont fait le choix inverse – se concentrer sur un seul domaine. Par exemple, un spécialiste en éclairage 3D. Il est assez connu dans son milieu, on fait appel à lui spécifiquement pour des films ou des projets pointus. Et comme il n’y a pas beaucoup de gens avec ce niveau de maîtrise, il a toujours du travail parce qu’il est allé au bout de sa spécialisation.

Le risque, évidemment, c’est de mettre tous ses œufs dans le même panier. Si la demande dans leur niche diminue, ou si leurs références ne parlent pas à certains clients, ils peuvent passer à côté de nombreuses opportunités. Et il faut aussi savoir dire non à tout ce qui sort de leur domaine d’expertise.

Et si la vraie réponse était ailleurs ?

Avec un peu de recul, je me dis qu’il ne s’agit peut-être pas de choisir entre deux extrêmes, mais plutôt de comprendre dans quel environnement on évolue, et surtout ce qu’on veut construire pour soi.

Être polyvalent peut être une excellente base, surtout en début de carrière. Cela permet d’explorer, de mieux comprendre les attentes du marché, et de développer une agilité professionnelle. Mais petit à petit, affiner sa direction, trouver une identité forte, devient tout aussi essentiel pour ne pas se perdre.

Aujourd’hui, je pense qu’un bon designer est avant tout quelqu’un qui sait où il apporte de la valeur, même s’il est capable d’adapter ses outils et ses méthodes selon le projet. Ce n’est pas forcément le choix entre spécialisation ou polyvalence qui compte, mais la clarté de sa position professionnelle.

Et si un jour je choisis de me spécialiser, ce ne sera pas par manque de curiosité, mais parce que j’aurai trouvé ce que j’ai réellement envie de défendre dans mon travail.