Comment ça c’est déjà fini?

Le jour où j’ai commencé ce stage, je me suis dit que 3 mois ça allait être long. Nous voilà 3 mois plus tard et je me demande à quel moment 3 mois de ma vie se sont écoulés sans que je les voie.

Après la convention annuelle de l’entreprise, les posts en rapport avec celle-ci se sont enchaînés. Entre les posts Instagram, les réels, les photos à retoucher (et j’en passe), les semaines qui ont suivi cet évènement ont tourné essentiellement autour de la communication de ce dernier. Les publications étaient rythmées par un planning de diffusion sur les réseaux sociaux.

C’est au moment où ce rythme effréné entre la préparation, l’évènement en lui-même (qui, en passant, était génial) et la communication a posteriori a pris fin que j’ai commencé à prendre conscience du temps passé. Parce que quand on travaille semaine par semaine avec une seule et même date en tête et que, d’un coup d’un seul, on se retrouve avec des deadlines bien plus souples et une vision sur un plus long terme, on a une sensation de passage du jour à la nuit.

Ce stage s’est donc fini en douceur avec un enchaînement de travaux très diversifiés, comme un changement de charte pour un podcast de formation ou encore une vidéo d’introduction pour un format de live award. Ces projets ont été très variés et ont contribué au fait que je ne voie pas le temps passer, malgré la complexité qu’ils exigeaient.

Alors, que retenir de ce stage ?

La grande diversité de projets et de sujets abordés, ainsi que le contexte particulier dans lequel évolue le pôle communication, ont été très formateurs pour moi. À travers ce stage, j’ai eu l’occasion de découvrir le monde si particulier de l’immobilier. J’ai pu appréhender ses exigences, notamment pour ses documents professionnels et officiels qui ne laissent pas de place à l’erreur, tant dans leur mise en page que dans leur contenu. J’ai également découvert la façon bien particulière avec laquelle il faut s’adresser à un réseau de franchisés : bien qu’ils fassent partie de la même entreprise, ils n’en restent pas moins des clients.

Ce stage m’a donc appris à composer avec cette fine nuance et à comprendre au mieux où situer les différents curseurs qu’exige cette situation particulière en termes de communication.

Malgré tout, je me permets de me poser certaines questions.

Bien que plus qu’instructif, ce stage m’aura permis de me rendre compte que le cadre de l’entreprise me sert de moteur de motivation pour la créativité et la productivité. Mais le fait de travailler en équipe a aussi été une sorte de frein. J’avais par moments l’impression de ne contrôler ni mon rythme de travail ni les tâches à accomplir. Entre les retours de l’équipe sur des propositions déjà validées et terminées, les annulations de projets en cours de production, les retards, les contretemps et les dépriorisations, j’avais l’impression d’avancer à trois vitesses en même temps. Cela a créé des situations ubuesques où je me retrouvais parfois sous l’eau pendant une matinée, puis sans travail fixe l’après-midi même. C’est cet aspect de l’entreprise qui me fait dire qu’être catégorique sur certains sujets (comme l’organisation) peut avoir des bienfaits visibles sur la qualité ainsi que sur l’avancement des projets.

Ce stage me laisse donc avec certains doutes, mais répond aussi à certaines de mes questions :

  • Est-ce que je suis fait pour l’entreprise ? Probablement.
  • Est-ce que le fonctionnement d’une entreprise est un problème dans ma méthode de travail ? Peut-être.
  • Est-ce que je me sens légitime à m’opposer à certaines décisions ? Non.
  • Est-ce que je devrais être plus exigeant quant à l’organisation qu’on m’impose ? Certainement.
  • Est-ce que, malgré tout, cette organisation m’a poussé à me dépasser ? Absolument.

Sans langue de bois, je pense pouvoir dire que ce stage, malgré tous ses petits défauts, n’a pas manqué d’avantages et m’a permis de découvrir une énorme quantité de choses. Cela me fait dire sans l’ombre d’un doute que ça a été la meilleure expérience professionnelle que j’ai pu avoir.

PS : Certains matins, je me dis quand même que la cafetière était le meilleur élément de l’équipe.

Comment créer quand tout est déjà défini ?

Alors accrochez-vous, parce que la semaine du 15 au 19 juin, je crois que je l’ai vécue en mode accéléré x2, comme quand on regarde une vidéo trop longue et qu’on n’a pas le temps.

LE résumé de mon temps chez ENGIE

Lundi matin, ambiance conférence : Doigby, Gaspard G et Nota Bene viennent nous expliquer comment gérer les réseaux sociaux et le travail de créateur de contenu. Moi, stylo en main, je note absolument tout comme si j’étais en train de préparer un examen surprise. Spoiler alert : ça a servi, et plutôt deux fois qu’une.

Doigby, Nota Bene et Gaspard G avec Marie-Irene, chargé de la communication groupe

À peine la conférence terminée, sprint façon métro-boulot-mais-en-vrai-sprint jusqu’à Montparnasse, train, et hop, me voilà à Montoir pour deux jours de tournage autour de l’arrivée d’une nouvelle directrice. Prises de vue, cadrages, lumière à ajuster toutes les cinq minutes parce que le soleil, lui, n’a clairement pas lu le planning. On enchaîne, on enchaîne, on enchaîne. Je crois que mon corps a commencé à fonctionner uniquement à la Holy énergie.

Et puis, sans transition (vraiment, aucune), Vivatech débarque. Trois jours de stand ENGIE en mode contenu-minute : il faut filmer, monter, publier, tout ça en même temps, pendant que défilent devant moi des gens que je ne pensais croiser qu’à la télé. Gabriel Attal, Macron, Bernard Arnault, Catherine MacGregor (…que des gens que j’avais envie d’attraper), puis je me suis rappelée que j’étais censée travailler. Ce qui m’a le plus marquée, ce n’est même pas les VIP (bon, un peu quand même), c’est le grand écart complètement fou entre deux mondes : d’un côté un site industriel où on filme du concret, de la matière, du réel qui se transforme sous nos yeux ; de l’autre un salon où absolument tout devient image, discours, mise en scène. Passer de « on montre comment ça marche » à « on montre comment on veut qu’on nous voie », ça fait un choc culturel. Le genre de choc qui te fait réviser toute ta vision de la communication en une seule après-midi.

VivaTech, c’était un très gros projet, puisqu’il fallait à la fois créer des templates pour 7 pays et réaliser des tournages vidéo comme celle-ci: https://lnkd.in/p/gjtAaBhd

Et puis, cerise sur le gâteau, ou plutôt coupe de champomy sur la péniche : mon tout premier afterwork professionnel. Une péniche aux Invalides, le Grand Palais et la Tour Eiffel en fond, façon carte postale so chic (yeah I’m bilingual now). Mais plus sérieusement, ce moment-là, ça m’a rappelé qu’il existe un vrai côté humain chez ENGIE, alors que le quotidien au campus donne parfois l’impression que chacun vit dans sa bulle personnelle, casque vissé sur les oreilles, Teams ouvert, silence radio complet.

Depuis, je suis plongée à fond dans le programme pilote ambassadeurs : une équipe d’ingénieurs sélectionnés pour apprendre à communiquer, à prendre la parole, à devenir un peu les porte-voix de l’entreprise sur les réseaux sociaux. Et c’est précisément là que mon plus gros questionnement se loge et que le titre de la note découle. On me demande de créer une identité visuelle complète : logo, background, template de mails, tout un univers graphique pour ce nouveau programme. Sauf que très vite, je me cogne contre un mur invisible mais bien solide sa maman: les codes déjà en place, la charte graphique, les habitudes de communication du groupe. Résultat, je me repose la même question que d’habitude, en version boss encore plus corsé : comment créer une identité neuve, un truc qui ressemble vraiment à quelque chose, quand la communication collective pose des barrières avant même que j’aie fini de dessiner le premier pixel ?

Quelques questions qui tournent en boucle dans ma tête, comme un vieux disque rayé :

  • Est-ce qu’on peut vraiment inventer une identité de programme quand chaque couleur, chaque police, chaque logo doit « respecter la charte » au millimètre près ?
  • Et moi, dans tout ça, je suis en train d’apprendre à créer, ou juste à cocher des cases avec un joli logo dessus ?

Ce que j’utilise, couleurs, typo, logo, c’est en fait une toute petite partie de ce qui fait qu’on reconnaît la marque. Tout le reste, est grand ouvert (je crois) : le rythme, la composition, le ton que j’adopte pour raconter, les images que je choisis, la façon dont je construis une histoire, l’humour que je m’autorise ou pas, ce que je décide de montrer et ce que je décide de taire. Et c’est précisément là, dans tout cet impensé, qu’est peut être la créativité. Ceci dit (et c’est la question qui me pique un peu plus) : cette marge de manœuvre qu’on me laisse, elle est réelle ou juste affichée ?

Bref, entre les trains, les tournages, les stands bondés, les VIP qui passent comme des célébrités de cinéma, la péniche digne d’une carte postale, et les logos qui doivent plaire à absolument tout le monde sans déplaire à personne (mission quasi impossible), je crois que je n’ai jamais autant appris en si peu de temps. Reste à savoir si j’apprends à créer, ou si j’apprends surtout à créer dans les clous, avec le sourire, et sans dépasser.

L’éthique face au temps

Aujourd’hui, je comprends un peu plus instinctivement ce qu’Alex validerait ou non. En même temps, c’est l’un des deux CEO de The Sanctuary Group : la personne qui a toujours le dernier mot..


À force de produire, j’ai commencé à remarquer quelque chose que je n’aurais pas vu en semaine 1 : nos créations finissent parfois par se ressembler. Pas par manque d’envie, mais pour plein de facteurs différents. Le plus évident est que la banque photo disponible est aujourd’hui limitée en termes de droits d’auteur et commence aussi à dater.


Ce qui m’a surpris, c’est qu’ici, contrairement à mon ancien stage où nous faisions un shooting spécifique en début de semaine pour travailler dessus, ici nous avons un drive qui centralise tous les shootings réalisés au fil des années. D’un côté, cela résout énormément de problèmes puisqu’on a toujours de la matière à disposition. Mais de l’autre, cela en crée aussi.


Les mêmes photos que l’on pouvait utiliser une semaine précédente ne sont parfois plus dans nos droits la semaine suivante. Certaines licences expirent, certaines utilisations changent, et cela réduit progressivement les possibilités.


Une solution « miracle » a donc été mise en place depuis peu : changer les visages individuellement à l’aide de l’IA. Ce principe étrange est pour la croissance de l’entreprise, apparemment la meilleure des solutions.


Pour un ou deux visuels, il est vrai que ça dépanne….

Ici, seul le visage a été remplacé ; NanoBanana s’est basé sur l’un de nos shoots.


Cependant, la charge de travail qui semblait devoir être allégée est en réalité tout le contraire. Depuis que nous sommes équipés d’outils d’IA, les deux CEO ont parfois l’impression que nous pouvons tout déléguer : création de templates, modifications à grande échelle sur plusieurs marques, automatisations diverses…

Alexandre et ses merveilleux conseils ✨


Hélas, non.


L’IA permet certaines choses, mais elle demande aussi du contrôle, des corrections, des ajustements, et parfois même davantage de temps que prévu.

Ici, cette coach est à l’origine, un homme transformé, grâce à l’ia.

« Je rigole qu’à moitié » est d’ailleurs le parfait exemple d’une simple erreur d’inadvertance qui peut rapidement se transformer en malaise ou en incompréhension pour un coach.

Je je vous laisse imaginer le lendemain la séance de sport avec le coach..


Le dilemme devient alors assez clair : vaut-il mieux respecter l’intégrité des coachs et utiliser leurs photos sans modification, malgré les problèmes de droits ? Ou utiliser l’IA pour supprimer toute possibilité d’identification ?


Cette question m’avait déjà interpellé dès mes premiers jours concernant l’utilisation de l’IA dans l’entreprise. On m’avait expliqué qu’elle était déjà fortement utilisée pour certaines automatisations, notamment au service client, ce qui me semblait assez logique.

Mais au sein de l’équipe créative, j’étais plus réticente. Je ne voyais pas vraiment dans quel contexte l’utiliser tout en conservant cette image de marque premium et prestigieuse que l’on cherche constamment à défendre.

Avant même la question de la qualité graphique, c’est surtout une question éthique qui s’est posée.

L’entreprise communique beaucoup sur des valeurs d’honnêteté, de bien-être et de durabilité. Pourtant, dans le cas présent, la décision semble avant tout motivée par l’efficacité et la pérennisation de certains visuels. À la demande d’Alexandre, cette solution est envisagée pour prolonger la durée de vie de certains contenus. Mais il me semble qu’aucune réflexion éthique n’a réellement accompagné cette décision.


Et c’est précisément là qu’arrive une autre pression : celle de Renaud, le CEO.


Ses demandes évoluent. Il veut que les offres se démarquent davantage, que les visuels accrochent plus, que la créativité monte d’un cran. Le marché du sport-bien-être premium est saturé et chaque campagne doit réussir à sortir du lot.

Sauf que la frontière reste claire : innover, oui, mais sans s’éloigner de la direction artistique habituelle.

Malgré ces interrogations, certaines utilisations de l’IA m’ont aussi convaincu.

Quand tous les outils sont à disposition, il devient plus facile de créer rapidement certaines images difficiles à produire autrement. C’est notamment le cas d’un visuel mettant en scène plusieurs gourdes de la marque dans un environnement studio destiné à l’impression.

Avant de passer par l’IA, nous avions tenté différentes solutions directement sur Illustrator. Les résultats n’étaient pas vraiment concluants.


C’est à partir de là que l’on m’a confié la mission de générer ce visuel avec l’IA. Une première pour moi. Le défi était d’obtenir un rendu réaliste, propre, cohérent avec l’univers premium de la marque et suffisamment qualitatif pour être publié.

Les six gourdes de l’entreprise recréée à partir de l’ia


Pour le coup, le résultat était convaincant.

En conclusion, je reste toujours aussi perplexe et rempli de questions face à l’utilisation de l’IA au sein d’une équipe créa. Et je pense que cela continuera avec son évolution.

L’éthique vs le gain de temps est un dilemme que beaucoup d’entreprises semblent aujourd’hui explorer, parfois sans vraiment savoir où placer les limites.

Finalement, est-ce que ce n’est pas simplement le résultat qui compte davantage que la démarche ???

Est-ce qu’on crée vraiment ou est-ce qu’on remplit des cases ?

Ça fait presque deux mois que je suis en stage (en essayant d’éviter de me refaire attaquer par Ménière 🙃), et je me rends compte d’une chose : je fais énormément de choses. Vraiment beaucoup de choses.

Entre les templates, les supports de communication, les réunions, les échanges sur Teams, les scripts, des voyages à Saint-Nazaire et Dunkerque, des événements avec la crème des big boss… je ne vois pas les journées passer. Ni les soirées d’ailleurs. Je suis clairement plongée dans le rythme de l’entreprise et sur ce point-là, je ne m’ennuie pas du tout. Et en plus on mange très bien. Mais vraiment très très bien.

Mais il y a quand même un « mais ».

Malgré le cadre de travail incroyable, je suis frustrée. Parce que malgré tout ce que je fais, j’ai souvent l’impression de remplir des cases. Je fais des templates. Beaucoup de templates. Énormément de templates. Probablement plus de templates que je n’aurais imaginé en faire dans toute ma vie.

Et au final, je me retrouve souvent à adapter, décliner, ajuster… plutôt qu’à inventer. La charte graphique est là pour me rappeler à l’ordre dès que j’essaie de sortir un peu du cadre. Ce qui me ramène à la question : est-ce qu’on crée vraiment dans un grand groupe comme ENGIE, ou est-ce que tout est déjà décidé à l’avance ?

Parce que faire un support, c’est une chose. Le faire valider, c’en est une autre.

Je comprends totalement pourquoi : il faut que tout soit carré, cohérent, conforme à l’image du groupe. Mais ça soulève des questions :

  • Est-ce qu’on n’y perd pas en rapidité ?
  • Est-ce que tout doit vraiment passer par autant d’étapes, même pour des petites choses ?

Et chaque validation supplémentaire, c’est aussi une case de plus à cocher avant que mon travail existe vraiment.

Beaucoup de choses sont faites chez ENGIE, selon les entités, les GBU, même des supports très répétitifs. Du coup je me demande :

  • Est-ce que tout garder en interne permet vraiment de mieux contrôler l’image ou est-ce que ça limite les idées ?
  • Et si on ouvrait un peu plus vers l’externe, est-ce que ça apporterait plus de créativité… ou juste plus de complications ?

Je sais que certaines choses sont faites à l’externe, mais pas dans mon pôle.

Et forcément, ça me ramène à ma place à moi.

Parce que parfois, j’ai vraiment l’impression d’être plus une machine à décliner des slides qu’une graphiste. Bon, j’exagère… (à peine).

  • Est-ce que mon rôle ici, c’est surtout d’apprendre à appliquer des règles ?
  • Et jusqu’où je peux aller sans sortir du cadre… sans déclencher une nouvelle chaîne de validation infinie ?

Au final, ce stage est super formateur, il m’apprend à respecter un cadre, à travailler avec des contraintes, à m’adapter. Et ce n’est pas rien. Parce que grâce à ces fameux slides, il y a eu de vrais supports de communication pour des événements internes, mais aussi externes, comme VIVATECH. Des cases remplies, oui. Mais des cases qui ont quand même fini par compter.

Alors peut-être que la vraie question, ce n’est pas créer ou remplir des cases… c’est apprendre à créer à l’intérieur des cases. Et ça, je commence tout juste à comprendre ce que ça veut dire.

Est-ce que chercher la perfection est toujours une force dans un projet créatif ?

Actuellement, je travaille sur le rebranding de Lena Karelova, photographe de mariage. Sur ce projet, j’ai eu l’occasion de concevoir l’ensemble de l’identité visuelle : le logo, les monogrammes, le choix des typographies ainsi que le design du site web. J’ai été accompagné par Mercy Guzman, ma maître de stage, tout au long du projet, mais avec une grande liberté dans la création et les choix graphiques.

Experimentation_méline_lena
Experimentation graphique Lena Karelova

Pourquoi le travail du designer stagiaire n’est pas considéré ?

Je me suis posé cette question durant ces premières semaines de stage, mais tout particulièrement le 30 avril. Ce jour-là, veille du 1er mai, j’envoie un message à mon tuteur pour lui demander si je travaillais le lendemain.
Je savais que je ne devais pas travailler les jours fériés, c’est ce qui est prévu par la loi en tout cas.
Ce message était plutôt une manière de lui rappeler ce jour, au cas où il l’aurait oublié, et de pouvoir dormir sur mes deux oreilles sans recevoir un maximum de messages de bon matin.

La réponse de mon tuteur était pour le moins inattendue.

« le projet est hyper cool pour un stage ». Ces termes m’ont un peu choquée (juste un peu), mais ça m’a permis de m’interroger sur la perception de nos métiers.

C’est à ce moment-là que j’ai compris que mon travail au sein de l’agence, en tant que stagiaire, n’était pas considéré comme du travail. (Ironiquement)
J’explique ce manque de considération par deux raisons :

T’es pas assez efficace, donc ce n’est pas vraiment du travail.
C’est un projet cool, donc ce n’est pas vraiment du travail.

Le premier argument est classique et, selon moi, valable. Mon tuteur m’a dit :
« Tu viens de faire en deux jours ce que ferait un designer expérimenté en 3h ».
Je ne suis pas assez rapide et je peux poser un frein dans l’avancée des projets.
OK 👍
Dans cette explication, je comprends aussi que je suis une étudiante et que l’enjeu est d’apprendre au contact de professionnels. Une de mes angoisses avant ce stage était d’être considérée comme de la main-d’œuvre moins chère, donc me voilà rassurée.

Le deuxième argument, en revanche, m’a fait me demander si mon travail était vraiment considéré comme tel au sein de l’agence. Me revoilà à me demander si je ne suis pas de la main-d’œuvre moins chère.

Est-ce que, parce que j’ai l’occasion de travailler sur un projet créatif et stimulant, dans le cadre d’un stage, je dois faire des heures supplémentaires (non rémunérées) ? Je les trouve, par ailleurs, injustifiées car le projet n’a pas de deadline claire pour le moment. (On a le temps, on peut se détendre)
Pour le contexte, ce fameux projet dans lequel on me demande de m’investir corps et âme consiste à créer quatre illustrations ambitieuses et surréalistes. Mon tuteur n’est pas illustrateur, je mène donc ce projet en autonomie quasi totale.

Grâce à cette expérience, j’ai compris qu’en tant que designer, on attendra toujours plus de moi sous prétexte d’un projet intéressant ou d’un « travail plaisir ».
Je pense que cette vision des métiers créatifs, bien qu’omniprésente selon moi, est la porte ouverte aux dérives : travail dissimulé, heures supplémentaires, manque de considération, précarité. (C’est déjà le cas, non ?) J’ai peur qu’accepter et normaliser ce genre de demande mène à briser la frontière entre vie pro et vie perso, avec des horaires complètement déréglés, ou que ça puisse causer un burn-out.

Avec du recul, je retiens quand même énormément de positif de ce projet.
Je sens que c’est une grande opportunité pour moi et une occasion
de m’améliorer et d’optimiser ma pratique de l’illustration.

Au final, j’ai travaillé sur le projet le 1er mai. (ouch) Je considère toujours ce stage comme une opportunité de travailler sur de beaux projets, particulièrement parce que je ne fais pas d’exécution.

Il y a plusieurs raisons qui m’ont conduite à accepter cette demande que je méprise :
L’envie de me faire bien voir auprès de mon maître de stage,
lui montrer que je suis investie.
Sécuriser de futures collaborations et contrats avec l’agence.
Prendre le temps de créer des illustrations les plus poussées possibles,
c’est un projet qui pourrait devenir une pièce importante de mon portfolio.

Je pense que le designer doit aujourd’hui jongler entre les attentes
et ses propres limites. Je pense qu’un stage est une manière efficace et rapide de découvrir ces fameuses attentes.

Entrer dans le monde professionnel avec une grande entreprise

Je fais mon stage chez ENGIE, au pôle communication. Engie est une entreprise française spécialisée dans la production et la distribution d’énergie, notamment dans l’électricité, le gaz naturel et maintenant les énergies renouvelables. Mais ce qui se cache derrière Engie, c’est une grande maison avec 90 000 personnes réparties sous quatre pôles, autrement dit quatre entités. Certaines sont plus orientées réseau & infrastructure, et l’une d’elles est la mienne : Renewable & Flexible.

Premier jour, première impression : WOW. Pourquoi ? Parce que je suis située sur un campus de plusieurs hectares accueillant plus de 9 000 personnes. C’est littéralement une ville dans la ville : salle de sport, spa, restaurant, crèche, médecin… et plein d’autres choses que j’oublie forcément. Tout est pensé pour que les salariés se sentent bien, et ça se ressent dès qu’on passe les portes. Et moi dans tout ça, je suis installée dans un open space avec un workcafé, un espace de travail ouvert avec un poste de travail.

Techniquement, ça fait trois semaines que je suis en stage, mais j’ai été arrêtée une semaine et demie. Pourquoi ? La maladie de Ménière 🙃 Pas idéal pour débuter, mais on fait avec.

Malgré cela, Marina (ma maître de stage) m’a déjà confié plein de choses : des templates pour l’écran du workcafé, des photos, des visites, des réunions, des scripts pour des tournages, des supports de communication pour des événements à venir 🤫 (je suis devenue corporate) 

J’ai aussi appris à me servir de la suite Microsoft, où des logiciels tels que Actito ou encore Teams.

Mais j’ai rencontré mon pire ennemi : la charte graphique et ses 98 slides d’utilisation. Je dois faire attention à tout, aux espacements, au logo, à l’utilisation des encodants selon que ce soit en bureautique ou en print. À TOUT. D’autant plus qu’au début, je pensais que j’allais m’ennuyer à faire des templates à longueur de journée. Mais pas du tout : entre les réunions, les échanges avec les équipes et les supports de communication interne et externe, je ne sais plus où donner de la tête.

Et surtout, pour faire comprendre mes démarches créatives, j’ai dû faire des croquis. Beaucoup de croquis. Quant à ma place de graphiste… je ne sais pas trop. Certes, je communique, mais je ne crée pas comme je le voudrais. Je me contente d’appliquer, en exécutante. C’est peut-être ça aussi, la réalité d’un stage dans une grande entreprise.

Créer, c’est décider

Au fil des semaines, j’ai compris que la création s’accompagne surtout d’un acte moins visible mais fondamental : la décision.

Chaque projet auquel j’ai participé m’a confrontée à des choix esthétiques, techniques et/ou stratégiques mais toujours à prendre vite, et dans un cadre complexe.

Le meilleur exemple, c’est le chantier colossal du groupe M6. Suite au rachat et au regroupement de plusieurs chaînes (W9, 6ter, Gulli, Téva, RTL,ParisPremière etc.) dans une plateforme commune, M6+, il a fallu repenser une grande partie des logos, des noms et des cohérences visuelles entre les marques. On a dû modifier certains logos, (notamment trouver une nouvelle formalisation en 2D car la 3D n’est plus en phases avec les tendances graphiques ), adapter des univers très identifiés à un ensemble plus cohérent, mais aussi concevoir un nouveau logo pour “M6 Groupe”, qui rassemble toutes ces entités sans les faire se marcher dessus.

Tout cela sous deux contraintes fortes :

• un timing rapide pour valider, produire et livrer les premières versions

• une grande responsabilité : M6 est une marque puissante, et chaque ajustement a un impact large.

Même chose avec le projet du journal télévisé de la chaîne Nouvelle 19 (liée à Ouest France). Le brief : imaginer l’habillage complet de leur JT de l’identité visuelle au générique, en passant par les jingles, les animations d’antenne et la proposition de logo. Là encore, il a fallu trancher très vite : le travail se faisait en équipe, et devait être transmis rapidement aux monteurs / motion designer, pour que l’habillage prenne vie sans perte de temps. Choisir une typographie, valider une intention d’image ou un rythme de transition, ce n’était pas “une étape parmi d’autres” : c’était le cœur du travail.

J’ai aussi travaillé sur une future émission Canal+ portée par Antoine de Caunes, autour du cinéma, dans l’esprit du “Cercle”. Il a fallu concevoir une identité graphique déclinable pour tous les écrans plateau, jingles, transitions, générique. Là encore, créer une esthétique, c’est concevoir un système : une mécanique qui fonctionne visuellement, mais aussi facile à décliner pour les équipes internes. Et cela suppose de prendre rapidement les bonnes décisions sur les couleurs, les formes, les hiérarchies d’info, le ton, etc. pour que le motion designer puisse ensuite passer à l’animation dans la foulée.

Je pensais que décider en création signifiait souvent “couper” dans ses idées, renoncer. Mais j’ai appris que c’est l’inverse : décider, c’est clarifier. C’est aller à l’essentiel, dégager une intention forte, lisible, efficace.

C’est aussi une forme d’autonomie que je ne pensais pas avoir si tôt : j’ai été amenée à prendre des décisions graphiques qui avaient un vrai poids dans les projets, car il fallait que ça avance, que ce soit cohérent, et que ce soit beau.

Enfin, ce stage m’a aussi permis de comprendre que dans la création contemporaine, notamment dans le domaine de l’image animée ou du branding télé, la rapidité n’est pas l’ennemie de la qualité.

On peut créer vite et bien, à condition de savoir s’adapter, faire confiance à son œil, à son intuition, et à son équipe.

Loin de me brider, ces délais m’ont au contraire poussée à me recentrer sur ce qui fait sens. J’ai appris à faire des choix, à défendre des directions, à travailler plus efficacement, mais sans sacrifier ma créativité.

Créer, c’est décider et aujourd’hui, je me sens bien plus capable de le faire.

Penser l’animation comme stratégie

Ces dernières semaines, j’ai travailler sur une campagne de publicité pour le groupe BPCE, à destination des jeunes pour les inciter à assurer leur appartement. Le contenu et les visuels avaient été pensés en amont par ma maître de stage, dans une tonalité accessible et proche des codes de cette génération. Puis il fallait les décliner en animation pour les transports en commun.

Le public ciblé : une génération ultra-connectée, très sollicitée, avec une attention visuelle exigeante et rapide.  De plus, un support en particulier a demandé plus de mon attention: les Strides, des stations de recharge pour téléphone dans les lieux publics qui intègrent désormais des écrans de diffusion. C’est un format encore peu exploité, mais très stratégique car il permet de s’adresser directement aux jeunes dans l’espace public, avec un contenu court. L’enjeu était donc de concevoir une animation immédiatement lisible dès les premières secondes.

Les premières animations réalisées (par d’autres) pour la campagne étaient trop plates et trop lentes. Donc le message était bon, mais le support ne suivait pas car elle ne correspondait ni à la cible, ni à l’intention. C’est là qu’on voit ce que signifie l’idée de “le médium est le message”. Si le mouvement n’incarne pas l’énergie du message, alors ce dernier perd en efficacité. C’est ce qui se passait dans les animations. On m’a alors demander de toute les refaire pour qu’elles soient plus en accord avec la campagnes. 

Schéma de mon dernier projet de stage

Tout au long du projet, ma maître de stage m’a accompagnée et conseillée sur la manière de structurer une animation de manière stratégique. Il ne suffit pas d’enchaîner des effets pour que ce soit “dynamique”  car trop d’animations en même temps nuisent à la lisibilité. J’ai voulu donner du rythme sans surcharger, pour faire en sorte que les mouvements servent le message : nous comprenons les jeunes. Et à hiérarchiser l’information visuellement tout en respectant la contrainte de temps que nous imposait le support. 

Mon stage s’est terminé, mais certains projets, continuent !

Ce projet est encore en cours car je vais poursuivre le travail à distance pendant l’été. C’est un prolongement inattendu de mon stage : l’agence m’a proposé de continuer à collaborer avec eux. C’est une belle marque de confiance, qui me donne aussi l’occasion d’aller plus loin dans la réflexion. 

Ce projet, comme l’ensemble du stage, m’a confirmé que j’ai ma place dans ce domaine, parce que j’y prends vraiment plaisir. Ces trois mois m’ont donné une meilleure compréhension du lien entre contenu, cible, support et forme. Et surtout, j’ai pu prendre conscience que l’animation n’est pas qu’un ajout mais un levier dans la stratégie de communication. L’animation structure le regard, rythme la lecture, hiérarchise l’information. Elle permet de guider l’attention et de mettre en avant ce qui est essentiel. Et c’est très important dans un domaine comme la stratégie de com’ ou l’on cherche à influencer la perception du publique. 

L’IA est-elle en train de changer notre métier ?

Pendant mon stage, on a travaillé sur un projet un peu particulier : un deep fake réalisé par IA pour une vidéo interne, à destination d’un séminaire d’entreprise. C’était volontairement fun et décalé, mais ce qui m’a frappée, c’est la facilité avec laquelle on a pu le faire. Quelques images, quelques réglages… et l’IA faisait presque tout toute seule. Je me suis demandé : si c’est aussi simple, à quoi on servira encore, nous, les graphistes ou motion designers ?

J’ai parlé avec mon tuteur. Il me disait souvent qu’avec l’arrivée de l’IA, dans dix ans, les jeunes qui sortiront d’école auront des compétences bien plus poussées que nous, justement grâce à ces outils. Ils pourront produire vite et bien, et si nous, on ne sait pas s’adapter, on risque de se faire dépasser. Selon lui, il faudra réussir à devenir plus polyvalent, à ne pas rester cantonné à un seul logiciel ou à un seul type de production.

Mais il ajoutait aussi quelque chose d’important : peut-être que dans dix ans, After Effects n’aura plus le monopole, remplacé par des IA capables de générer des animations complètes. Et paradoxalement, c’est justement parce qu’on sait le maîtriser aujourd’hui que ça peut nous donner un avantage. Savoir composer, animer et structurer une vidéo avec un vrai regard, ça ne s’improvise pas, même avec une IA.

Il insistait beaucoup sur un point : il faut affûter son œil de graphiste. Être capable de reconnaître ce qui est dans l’air du temps, ce qui fonctionne visuellement, et ce qui est déjà dépassé. Une IA pourra générer des images parfaites techniquement, mais si on n’a pas ce regard, on risque de produire des choses plates, sans personnalité.

Est-ce qu’il faut déjà plonger à fond dans l’IA pour ne pas rester en arrière ? Ou au contraire, continuer à renforcer nos bases « classiques » pour garder une longueur d’avance ? Peut-être que la réponse est entre les deux.

Ce que cette expérience m’a appris, c’est que l’IA n’enlève rien à notre métier… si on sait pourquoi on l’utilise. Le deep fake qu’on a fait fonctionnait bien non pas parce que l’IA était « magique », mais parce qu’on avait pensé en amont la mise en scène, le ton, le rythme. L’outil ne fait pas tout, il ne remplace pas les choix visuels, ni la capacité à raconter quelque chose.

Parce que c’est peut-être ça, la vraie différence entre un « utilisateur d’IA » et un graphiste : l’un laisse l’outil décider, l’autre choisit ce qu’il veut dire avec.