Que cache réellement l’organisation d’un reportage culturel ?


Je suis chez Great Art Mag, un magazine culturel en ligne dirigé par Alexia Guggémos, spécialisé dans l’actualité artistique. J’y travaille également avec Salomé, une autre stagiaire en journalisme à l’université Paris Nanterre.


Avant le stage, je pensais qu’un reportage consistait surtout à se déplacer, photographier et écrire un article. En réalité, une grande partie du travail repose sur l’organisation et la communication en amont.

Dès les premiers jours, j’ai dû apprendre rapidement le vocabulaire et
le fonctionnement du milieu journalistique pour ne pas être perdu face
aux personnes rencontrées lors des événements.

  • Brief presse
  • Ligne éditoriale
  • Dossier de presse
  • Attaché de presse
  • Communiqué de presse

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    1- Alexia sélectionne les événements du moment cohérents avec la ligne éditoriale du magazine.

    2- Un mail est envoyé aux institutions pour demander des invitations ou une accréditation de presse.

    3- Salomé et moi nous rendons sur place pour réaliser un reportage ou
    un entretien, qui sera ensuite publié sous forme d’article en ligne.

    Stories instagram de Great

    Pour se répartir les tâches, Salomé s’occupe principalement de l’écriture des articles et moi des photos et vidéos ainsi que de la communication autour des événements. Tous les lundis, on fait un point avec Alexia pour voir les modifications à apporter et l’organisation de la semaine.

    Great étant un média encore récent, Alexia m’a demandé de réaliser
    un kit média afin de renforcer sa légitimité auprès des institutions.
    C’est un document de vente envoyé en pièce jointe des mails qui permet
    de présenter le positionnement du magazine, la capacité à générer
    de la visibilité mais aussi de renforcer sa crédibilité et d’obtenir plus d’opportunités.

    Quelques pages du kit média de Great

    Avec du recul, cette expérience m’a fait comprendre qu’avant même l’écriture ou les images, un reportage repose énormément sur la communication, l’organisation et le réseau. Sans cela, le reportage ne peut pas exister.

    Aller à des événements, rencontrer des artistes et découvrir de nouveaux lieux donne une image assez attractive du métier. En discutant avec l’équipe, Alexia nous a très vite fait comprendre que faire des reportages peut être très enrichissant et passionnant, mais que derrière cette partie plus visible, il y a une réalité à laquelle il faut se confronter.
    Great Art Mag est géré entièrement par Alexia seule, alors que le média reste peu rémunérateur. À côté, elle travaille aussi en freelance et intervient dans des écoles afin de compléter ses revenus. Malgré cette réalité assez précaire, j’ai compris qu’elle a avant tout créé ce média par passion pour l’art et la culture.

    Découvrir un nouveau métier que je connaissais très peu est très enrichissant. Réaliser des reportages en duo avec Salomé m’a permis :

    – développer un regard plus critique sur les événements qu’on visite,
    – avoir accès à des lieux que je n’aurais jamais visités autrement,
    – réfléchir à ce qui nous a réellement touchés pendant les événements afin de réussir à le transmettre et à toucher le public à travers l’article.


    Ressentir l’art. Livrer des récits ancrés dans l’expérience vécue. https://great-artmag.com/

    Pourquoi le travail du designer stagiaire n’est pas considéré ?

    Je me suis posé cette question durant ces premières semaines de stage, mais tout particulièrement le 30 avril. Ce jour-là, veille du 1er mai, j’envoie un message à mon tuteur pour lui demander si je travaillais le lendemain.
    Je savais que je ne devais pas travailler les jours fériés, c’est ce qui est prévu par la loi en tout cas.
    Ce message était plutôt une manière de lui rappeler ce jour, au cas où il l’aurait oublié, et de pouvoir dormir sur mes deux oreilles sans recevoir un maximum de messages de bon matin.

    La réponse de mon tuteur était pour le moins inattendue.

    « le projet est hyper cool pour un stage ». Ces termes m’ont un peu choquée (juste un peu), mais ça m’a permis de m’interroger sur la perception de nos métiers.

    C’est à ce moment-là que j’ai compris que mon travail au sein de l’agence, en tant que stagiaire, n’était pas considéré comme du travail. (Ironiquement)
    J’explique ce manque de considération par deux raisons :

    T’es pas assez efficace, donc ce n’est pas vraiment du travail.
    C’est un projet cool, donc ce n’est pas vraiment du travail.

    Le premier argument est classique et, selon moi, valable. Mon tuteur m’a dit :
    « Tu viens de faire en deux jours ce que ferait un designer expérimenté en 3h ».
    Je ne suis pas assez rapide et je peux poser un frein dans l’avancée des projets.
    OK 👍
    Dans cette explication, je comprends aussi que je suis une étudiante et que l’enjeu est d’apprendre au contact de professionnels. Une de mes angoisses avant ce stage était d’être considérée comme de la main-d’œuvre moins chère, donc me voilà rassurée.

    Le deuxième argument, en revanche, m’a fait me demander si mon travail était vraiment considéré comme tel au sein de l’agence. Me revoilà à me demander si je ne suis pas de la main-d’œuvre moins chère.

    Est-ce que, parce que j’ai l’occasion de travailler sur un projet créatif et stimulant, dans le cadre d’un stage, je dois faire des heures supplémentaires (non rémunérées) ? Je les trouve, par ailleurs, injustifiées car le projet n’a pas de deadline claire pour le moment. (On a le temps, on peut se détendre)
    Pour le contexte, ce fameux projet dans lequel on me demande de m’investir corps et âme consiste à créer quatre illustrations ambitieuses et surréalistes. Mon tuteur n’est pas illustrateur, je mène donc ce projet en autonomie quasi totale.

    Grâce à cette expérience, j’ai compris qu’en tant que designer, on attendra toujours plus de moi sous prétexte d’un projet intéressant ou d’un « travail plaisir ».
    Je pense que cette vision des métiers créatifs, bien qu’omniprésente selon moi, est la porte ouverte aux dérives : travail dissimulé, heures supplémentaires, manque de considération, précarité. (C’est déjà le cas, non ?) J’ai peur qu’accepter et normaliser ce genre de demande mène à briser la frontière entre vie pro et vie perso, avec des horaires complètement déréglés, ou que ça puisse causer un burn-out.

    Avec du recul, je retiens quand même énormément de positif de ce projet.
    Je sens que c’est une grande opportunité pour moi et une occasion
    de m’améliorer et d’optimiser ma pratique de l’illustration.

    Au final, j’ai travaillé sur le projet le 1er mai. (ouch) Je considère toujours ce stage comme une opportunité de travailler sur de beaux projets, particulièrement parce que je ne fais pas d’exécution.

    Il y a plusieurs raisons qui m’ont conduite à accepter cette demande que je méprise :
    L’envie de me faire bien voir auprès de mon maître de stage,
    lui montrer que je suis investie.
    Sécuriser de futures collaborations et contrats avec l’agence.
    Prendre le temps de créer des illustrations les plus poussées possibles,
    c’est un projet qui pourrait devenir une pièce importante de mon portfolio.

    Je pense que le designer doit aujourd’hui jongler entre les attentes
    et ses propres limites. Je pense qu’un stage est une manière efficace et rapide de découvrir ces fameuses attentes.

    Servir notre objectif par la pratique du graphisme

    Ce début de stage me permet de voir le monde professionnel de la création, et aux côtés de ma maîtresse de stage d’envisager différemment les perspectives d’avenir pour mener à bien son projet. En effet, il est assez intéressant de voir son travail et la façon dont elle s’investit pleinement dans son projet.

    Pour le moment en ces débuts de stage en l’attente de la réfection du local, nous sommes en télétravail certains jours en relation fréquente avec ma maîtresse de stage par messages et visios, tandis que d’autres jours nous nous retrouvons dans des espaces de coworking plutôt sympathiques.


    J’ai eu l’occasion de travailler sur différents morceaux de projets, notamment sur un poster pour une goodies box encore en cours de conception, et plus récemment depuis une semaine environ sur le lancement de l’interface utilisateur de l’application mobile. Un nouveau site web est en cours d’acheminement, et l’idée était de déployer le concept sur tous supports en apportant quelques fonctionnalités exclusives à l’app, avant tout pensée pour les enfants contrairement au site qui est plutôt à l’intention des parents.
    Ce projet est long et ce n’est pas terminé, mais il me plaît, je travaille sur Figma et c’est vraiment agréable de ressentir l’avancée du projet et de voir l’application se former.

    Nous ayant fait part de son expérience et de la façon dont on peut atteindre ses objectifs idéaux, notamment par le biais de notre pratique du graphisme en mettant nos compétences au service d’un projet qui justement nous permettra d’atteindre cet objectif même.
    De son côté cela se traduit par sa détermination à proposer ce qui lui a manqué durant son enfance : la mise en confiance, l’accompagnement et la fierté de soi pour bien grandir.

    C’est aussi ça qui est enrichissant, de pouvoir suivre son parcours professionnel, d’observer les défis qu’elle rencontre en tant qu’indépendante et de voir dans quel cas elle a besoin de faire appel à des experts, notamment pour la réalisation de tâches complexes telles que le développement web de son site internet, ou application mobile sur laquelle je travaille l’interface.
    Étant donné qu’elle a créé son entreprise récemment, on voit bien toute l’ambition qu’elle y met pour faire perdurer son projet. Porté sur le développement des enfants, il est en pleine construction, et c’est super de pouvoir suivre les premières étapes d’un projet aussi ambitieux et de voir comment elle s’adapte tout en étant motivée.

    Pour le moment ce stage me permet non seulement de pratiquer au service d’une personne, ce dont nous n’avons pas tellement l’habitude en études, mais également de me poser des questions sur l’usage qu’on peut faire de notre pratique du graphisme.

    Graphisme, cafés et Mario Kart (mon immersion chez Sharing)

    Mon stage se déroule chez Sharing, une agence de conseil en stratégie, création graphique, digital et social media. Dès le début, j’ai été très bien accueillie : dans mon bureau, il n’y a que des filles ce qui a facilité mon intégration. L’équipe est composée d’Olivia (community manager), Estelle et Lucile (alternantes qui travail avec elles), et Caroline ma maître de stage, la directrice artistique et associée. Sharing fait partie d’un groupe plus large, PH7 avec plusieurs agences cohabitent au même étage. Donc on croise par exemple Pierre-Olivier, qui s’occupe du web design avec qui on travail beaucoup.

    Dès le premier jour, j’ai été plongée dans le rush d’une agence de graphisme : répondre en cinq jours à un appel d’offres pour un client confidentiel. Le brief portait sur le repositionnement d’une marque, la refonte de sa charte graphique, son déploiement sur des supports print, une campagne pub (print & réseaux sociaux) et un site internet. J’ai d’abord eu des tâches comme la recherche d’images ou la création de palettes de couleurs, mais plus la semaine avançait, plus j’ai eu de responsabilités. J’ai par exemple réadapté la charte graphique sur les couvertures de brochures. 

    C’est là que j’ai pris conscience de l’importance des mots dans les stratégies de marque. J’ai découvert que le repositionnement passe par le graphisme, mais aussi beaucoup par le choix des mots utilisés dans une campagne de pub. J’ai aussi compris à quel point la communication dans une équipe est essentielle. Avec ma maître de stage, on s’est aussi occupées du repositionnement de la marque, et il fallait que tout le monde reste bien sur le même fil conducteur. On avait des réunions, des temps d’échange, des moments de réflexion en groupe. J’ai aussi participé à la préparation de la présentation du projet. J’ai vu comment on justifie nos choix graphiques, comment on valorise chaque mot et chaque visuel pour défendre une idée. C’est là que j’ai vraiment compris l’importance de bien mettre ses projets en valeur pour convaincre le commanditaire.

    Diagramme représentant ma charge de travail

    En deuxième semaine, j’ai gagné en autonomie. J’étais entre deux pôles : d’un côté, Estelle et Lucile me confiaient des visuels pour les réseaux sociaux, de l’autre, Caroline me confiait les projet pour Allianz. C’étaient des newsletters pour promouvoir des moments de partage que la société propose, (comme des séminaires, des vacances…) adaptée à la charte graphique. J’ai découvert de nouveaux moyens de communication comme Slack et Trello qui permettent une bonne organisation en agence.

    Mon plan de travail sur le projet Allianz

    Du côté social media, j’ai aussi travaillé pour la marque Vivacy (marque française spécialisée dans la médecine esthétique). Nous avons shooté un Reel destiné à la communication sur les réseaux sociaux. Ce que j’ai adoré, c’est que dans l’agence on me considère comme une vraie graphiste. Mon avis a vraiment compté pour la préparation du shooting. Avec Lucile, on a réfléchi à chaque image, à ce qu’on voulait montrer, à ce qu’on voulait faire passer au public. Et le jour du tournage, on était là pour s’assurer que nos intentions soient respectées. Il y avait aussi les clientes présentes avec qui on échangeait régulièrement pour être sûres de répondre à leurs attentes.

    L’agence déménageait, donc j’ai fait un peu de télétravail en attendant les nouveaux locaux. Cependant j’ai besoin d’être en communication constante avec l’équipe pour avoir des retours, car je doute parfois de mes choix. Ce que j’apprécie, c’est leur pédagogie : elles me font confiance, me donnent des responsabilités et cela me pousse à progresser.

    Enfin, l’ambiance au bureau est un vrai plus. À midi, on joue parfois à Mario Kart sur la Switch avec d’autres gens de l’étage, ou on sort bronzer quand il fait beau. Je pense que ces moments de détente contribuent à une bonne dynamique de groupe. Le bien-être des employés à une place importante chez Sharing.

    Croquis des pauses midi avec mes collègues

    La suite dans le prochain épisode…

    Roue libre

    Pour la fin de ce stage, je dirais qu’elle a été compliquée. Pour chacune de mes propositions, j’essayais de trouver des références, du sens dans mes expérimentations. Mais, suite à de nombreuses propositions de ma part qui n’aboutissait jamais à une validation, mon maitre de stage et moi avons fait un point. Durant celui-ci, il a pu me présenter ses « références » et « m’expliquer » se qu’on allait faire…

    Références de mon maitre de stage « Affiches du Festival de vélo vintage d’Anjou, éditions 2023 »

    Je lui parlais de graphisme, en utilisant mon vocabulaire « concept, principe graphique, système, identité visuelle, etc. » mais j’ai vite compris qu’on ne parlait pas le même langage. Le projet allait tomber dans un cliché et mes espoirs d’une identité visuelle efficace et attractive avec. Des gros bandeaux pas beaux, Une bonne grosse script OBLIGATOIRE pour le logo de l’événement, etc. Malgré toute mes bonnes intention pour expliquer ma démarche, en m’appuyant sur des livres, des projets de graphisme contemporains, impossible de me faire entendre. Il avait un truc en tête, une composition précise, une image précise, et moi, je deviens un exécutant.

    Brouillon de l’affiche souhaité par mon maitre de stage
    Ma version (Affiche_V6)

    Ce stage m’a bien fait comprendre l’importance du « Sens » dans notre métier, l’importance du concept et de la réflexion. J’ai aussi pu me rendre compte que tout le monde se pense graphiste, « tu devrais changer si », « c’est pas assez gros » . Au final, le meilleur client, c’est celui qui fait confiance au prestataire qu’il emploie, mais comment travailler avec un client qui ne nous impose une vision stricte de son projet ?

    Pour ce dernier article, voici mes différentes recherches et propositions dans l’ordre de conception.

    Affiche_V1
    Affiche_V2
    Affiche_V3
    Affiche_V4
    Affiche_V4
    Affiche_V5
    Affiche_V6

    La suite, Les Vieilles Pédales édition 2024

    Le festival s’est bien déroulé et il est temps de penser à la suite ! La poursuite des recherches pour l’affiche et la mise en place d’une nouvelle identité Une courte vidéo d’introduction du festival pour les partenaires.

    Suite à une réunion avec mon patron, Sébastien, j’ai pu défendre mon concept à travers la présentation de celui-ci, je me suis appuyé sur des mockups et des fanzines imprimés qui présentent affiches et flyers au format. La conclusion de ce rendez-vous a été plutôt positive, quelques changements et modifications à faire. En ressort une V2 plus colorée et agencée différemment ! Affaire à suivre…

    En parallèle, je travaille sur une vidéo d’introduction, composé de vidéos basse def issues de Facebook et autres. C’est là qu’on prend conscience que si la matière est limitée, le reste le sera aussi malgré le fait que certaines astuces puissent être trouvées ! J’ai eu l’occasion d’approfondir certaines techniques de motion design et réemployé ce que je savais faire. En parallèle, je m’exerce en espérant trouver des techniques et astuces visuelles que je pourrais réexploiter au sein de mon stage. C’est en travaillant sur mes projets que je trouve des idées à mettre en place chez Les Vieilles Pédales.

    Projets perso du soir, après le stage, la boxe, etc.

    Design graphique, méconnu

    Cette deuxième note d’étonnement tombe bien, car elle coïncide avec la fin d’un grand nombre de nos tâches principales (et mon encadrante vient de prendre ses 2 semaines de vacances). Il est intéressant de détailler comment je suis arrivé à cette conclusion de mi-saison, d’autant plus que les dernières semaines se sont fondues dans une masse grise homogène de travail.

    Mais d’abord ! Une histoire de réunions, d’attentes, et de comment les réunions peuvent briser votre cœur tendre.

    En plus le chef de dev commercial a quitté Dessia la semaine après cette réunion donc… (quitté ou a été viré? Qui sait ?)

    Donc, pour l’instant, la vidéo qui est diffusée sur le stand d’Eurosatory n’est en fait qu’un enregistrement de la plate-forme (même pas un enregistrement FHD, car il a refusé d’utiliser OBS et Loom exige un pai) avec quelques cartes de titre expliquant les étapes. Au fur et à mesure, PE a commencé à se rendre compte qu’un simple enregistrement n’était ni attrayant ni compréhensible. Nous avons donc continué à patcher la vidéo et à ajouter d’autres éléments (là c’est la V8) — et bien qu’elle ait été publiée, nous attendons encore que PE fournisse des textes supplémentaire que nous ajouterons sous forme de légendes à chaque étape.

    Démo

    Mais ne désespérez pas encore !  J’en ai discuté la semaine dernière avec JP (cofondateur, participe à nos réunions Com) et lui ai montré un exemple de  » motion design explainer « , qui l’a beaucoup intéressé. Mais voilà, il m’a dit qu’il faudra voir avec PE pour le discours.

    Cette ambitieuse vidéo explicative est sur notre liste de tâches dans Airtable depuis ma deuxième semaine ici. Elle a subi plusieurs modifications : de « En attente de Stéphanie » à « En attente de PE » à une attente générale. En fait, j’ai inspiré l’idée à Stephanie alors que j’animais le logo de Dessia. J’ai proposé une version courte et une version longue pour l’animation, et cette dernière lui a donné envie de faire une vidéo encore plus longue, présentant l’éthos de la plate-forme Dessia. Donc, techniquement, ce projet est en cours depuis un certain temps, mais il est impossible d’avancer sans l’expertise scientifique et technique de PE.

    C’est un peu notre blague interne que nous sommes toujours (Stéphanie, Arianna et moi) en attente du contenu pour avancer.

    Le role du design.er graphique au sein du Dessia

    L’une des plus grandes difficultés de Dessia reste de rendre la complexité intellectuelle de son produit visuelle et digeste.

    Avant
    Après

    Je vous joint en dessus en exemple de la démarche pour créer les illustrations qu’on a mis sur la V1 de notre site.

    C’est en effet ainsi que nous recevons la plupart de nos demandes de visuels. De temps en temps, quelqu’un envoie une image exrait du site Web d’un concurrent dans l’onglet #communication de Slack, ou monte quelque chose comme ceci dans Google Slides.

    En effet, j’ai l’impression de coller ensemble des visuels au fur et à mesure que nous progressons. Alors que Stephanie et Arianna seraient toutes deux incroyablement capables de concevoir un plan de communication qui ne se limite pas aux médias sociaux ou au site web, pour l’instant, nous nous contentons malheureusement de répondre aux besoins que les commerciaux et les PDG découvrent lors de leurs présentations aux clients.

    Malheureusement, même s’il s’agit d’un problème réel, notre lutte pour nous présenter, elle reste secondaire, voire tertiaire, par rapport à l’amélioration de la plateforme ou tout simplement à la vente du produit et ses petites demandes. Cela explique certainement pourquoi Stephanie n’a toujours pas trouvé le temps de finaliser la charte graphique (qu’elle ne me laisse pas toucher).

    J’en suis venu à penser que notre travail est encore plus sous-évalué lorsque nous travaillons en interne pour l’entreprise, car au lieu d’être obligé de présenter un brief détaillé concernant chaque mission, nos patrons se permettent de faire des demandes ici et là et de progresser à leur propre rythme.

    Cela contraste fortement avec mon expérience de travail dans un studio de production, où chaque modification à apporter, surtout si elle était due à une mauvaise communication pendant la phase de briefing, était facturée au client. Bien sûr, les échanges spontanés que j’ai avec PE et JP peuvent être enrichissants, mais ils ont certainement leurs inconvénients.

    Cette méthodologie de travail s’est malheureusement répandue dans d’autres domaines. Par exemple, Stéphanie a simplement créé le site web sur le pouce, modification par modification (c’est sur Webflow qui permet la collaboration entre développeurs, designers, et rédacteurs, et du coup Arianna, PE, et JP ont la main dessus), au lieu de préparer une architecture et des maquettes comme elle le ferait habituellement.

    Quant à mes relations interpersonnelles, eh bien :

    Sans entrer dans les nuances de faire partie d’une petite équipe entièrement féminine dans une startup à forte dominance masculine, Stephanie m’a vraiment fait sentir la bienvenue. Dans ma première note, j’ai parlé des horreurs de la notification de Slack — que Xavier connaît aussi, à ma grande surprise, et qui le déconcentre — mais je m’y suis habituée et j’ai pris le rythme régulier de ne pas hésiter à envoyer des choses à Stephanie pour révision, et maintenant qu’elle est en congé, à PE ou JP.

    • Stéphanie s’est confiée à moi et a été très honnête sur ce qu’elle ressent pour Dessia et son poste. Je peux comprendre sa frustration : elle a été explicitement engagée pour travailler l’interface et l’expérience utilisateur de la plate-forme, mais elle passe la plupart de son temps à faire tout autre chose. Il est très clair qu’elle est ravie lorsque Xavier parvient à mettre en place des éléments de ses maquettes, alors qu’elle reste généralement neutre (même si elle ne manque jamais de me dire que j’ai fait du bon travail) lorsque nous terminons d’autres tâches.

    Elle considère même quitter Dessia.

    Elle a obtenu son DAEU, a fait un an de prépa, ensuite un BTS en design graphique, un Master en DA. Pourtant, elle me dit toujours que les formations en elles mêmes n’étaient pas très utiles ; c’était plutôt l’opportunité de les faire en alternance qui l’a attiré vers ces choix, et son expérience en entreprise est inestimable (et bien apprécié par les recruteurs selon elle). Elle a également un diplôme OpenClassrooms qui lui a permis d’acquérir une grande expertise en matière de communication et de marketing ; elle m’a dit qu’elle trouvait ce diplôme plus instructif que son master.

    Il n’est donc pas étonnant qu’elle m’ait demandé à plusieurs reprises s’il me serait possible de faire ma troisième année de DNMADE en alternance (chez Dessia bien sûr), ou de me demander ce que je ferai après l’obtenion de mon diplôme. Eh bien, depuis mon arrivée en France, j’ai dû remettre en question ce que je considérais comme une bonne éducation ou un bon diplôme (quel est le plus réputé, le plus international, le plus reconnu ?), car les normes et les idées culturelles se sont avérées différentes de faits aussi simples que « Bac+3 » ou « Titre RNCP Niveau 7 ».

    • Xavier a eu une discussion similaire avec moi. Il avait une perspective intéressante à offrir, que je n’avais pas envisagée ; que PE et JP continuent de surcharger la charge de travail de Stéphanie et de lui donner des tâches qui ne correspondent pas à sa description de poste parce qu’elle n’a aucun moyen de pression ; le marché du travail pour les graphistes est brutal. Etant donné que tout le monde a eu du mal à trouver un stage, c’est difficile à contredire.

    Xavier a bien sûr une expérience différente chez Dessia ; d’après ce que je peux voir, les développeurs semblent être tout à fait satisfaits ici. Bien sûr, ce qui attire (et peut-être retient) tout le monde, c’est le télétravail et de gérer ses horaires (pas de pointage ici !). Il semble également très satisfait de son travail et croit en l’utilité de notre plate-forme ; selon lui, l’interface graphique est intuitive et fait gagner du temps, permettant aux utilisateurs de ne pas avoir à écrire des scripts et du code.

    • Ayant travaillé en étroite collaboration avec Arianna, j’ai également dû m’interroger sur la nature éthique du métier de community manager. Au départ, j’ai toujours eu une certaine aversion pour LinkedIn, l’idée d’un réseau social qui glorifie le travail et la culture du  » grind  » dans notre société capitaliste, mais en tant qu’entreprise B2B, c’est le seul moyen pour Dessia de se faire connaître. J’ai créé des visuels pour accompagner les publications d’Arianna sur LinkedIn, monté une vidéo d’ambiance du bureau destinée au recrutement (Ne me parlez même pas de la quantité d’étalonnage que j’ai dû faire pour sauver les rushes « professionnelles »). Certes, je ne peux pas comparer nos efforts à la propagande de l’armée américaine, mais le marketing m’a toujours laissé un mauvais goût dans la bouche, dans un monde sursaturé de publicités et de propagande.

    Si la cause de Dessia est noble, alors il est moralement sain de faire notre promotion et celle de notre produit. Ou devrions-nous fournir une transparence totale aux employés entrants et à nos investisseurs ? Surtout dans le sillage de tant de start-ups technologiques qui se sont effondrées (Theranos, WeWork), il est vraiment étrange de voir combien d’argent a été investi dans Dessia. Cela paie mon salaire, donc je ne peux pas me plaindre, mais le fait de comprendre si peu le fonctionnement interne de la technologie me fait me demander si notre plateforme est utile — j’ai appris qu’on a des concurrents qui ont une technologie similaire — et si elle sera exploitée pour le bien de la société ; beaucoup d’événements auxquels Dessia a participé et participera (comme Eurosatory) sont liés à la défense et à l’armée.

    En tant que designers, nous ferons autant de recherches que nécessaire ; Stéphanie a donné à la plate-forme une refonte intégrale de l’UX et de l’UI, mais que comprenons-nous vraiment ? Je suis confronté au degré de confiance qu’on doit accorder à son employeur lorsqu’on peut pas comprendre ce qu’il fait qu’en termes simples.

    Q&A
    • Moment le plus embêtant ?
      • Passer une semaine à légèrement agrandir, diminuer, bouger un tout petit à droite, à gauche, un élément du Kakemono pour qu’enfin il revient à sa taille et position de base.
    • Petite victoire ?
      • Quand il commençait à faire chaud, Xavier réglait la climatisation sur 21 degrés. Quand je suis seul.e au bureau, je ne l’allume tout simplement pas. Mais j’ai trouvé un compromis avec Xavier pour la régler sur 26 degrés, la température recommandée par STEG !
    • Travail le plus enrichissant ?
      • Je suis assez satisfait des illustrations que j’ai réalisées pour le site web ! Même si j’ai dû suivre certaines directives qui peuvent être résumées par  » pas d’amusement autorisé « , je ne pense pas qu’elles soient trop mauvaises. Je suis également heureux.se d’avoir créé un précédent avec le style graphique des tableaux et des diagrammes, en appliquant une version modifiée du neumorphisme.
      • Petite déception ?
        • J’ai raté une réunion en personne avec La Sainte Paire, l’un des studios de design pour lequel j’ai postulé mais n’ai jamais reçu de réponse. Nous cherchons à faire réaliser des peintures murales dans les bureaux d’Antony, alors je les ai recommandées à Stéphanie. Malheureusement, en raison d’une erreur des RH, je n’ai pas pu accompagner Stéphanie à Antony ce jour-là et j’ai dû manquer la réunion avec eux. Cependant, j’ai pu voir le portfolio qu’ils ont envoyé avec leurs prestations.
      • Ce que j’espère pouvoir faire avant la fin de mon stage :
        • Animez la mascotte ! Surtout pour le bien de Stéphanie, puisque ce qui l’a poussée à m’engager est la publicité animée pour enfants que j’ai réalisée.
      • Toujours envie de faire la sieste les après-midi?
        • Pour être honnêt.e, plus maintenant ! Je ne sais pas trop pourquoi, car j’ai certainement beaucoup moins bien dormi ces derniers temps haha, mais je suis plein.e d’énergie pour toute la journée de travail, de 9h à 17h30.

    « Yassmine, t’as quelque chose à me montrer ? »

    Laissez-moi vous parler des horreurs de Slack ! Mon cœur se serre chaque fois que j’entends le son de la notification de Slack, ses 4 bips consécutifs qui sont plus adaptés pour indiquer un message en cours de rédaction qu’un message envoyé. J’aimerais pouvoir éviter de l’ouvrir (et j’ai parfois oublié de le faire), mais les jours de télétravail, c’est mon principal moyen de communication avec l’équipe, ce qui tend à être malheureusement nécessaire. 

    Alors, revenons à la façon dont tout cela a commencé ! Il y a deux semaines, mardi matin, j’arrive tôt au LAB’O d’Orléans et j’attends ma tutrice. Immédiatement, elle me donne les clés du bureau. C’est rafraîchissant d’être traité comme un.e adulte pour une fois !

    Alors, pourquoi suis-je au LAB’O ? Qu’est-ce que c’est en premier lieu ? 

    Le LAB’O est un espace dédié aux startups en pleine croissance aménagé avec des tables de ping-pong au niveau de la RDC. Dessia y a un bureau pour l’équipe de communication (et Xavier, un développeur front-end qui cherche un stagiaire pour l’été). Il n’y a que moi (stagiaire graphiste), Stéphanie (Responsable UI/UX et DA non-officiel), Arianna (chargée de com en alternance) et Xavier. Nous sommes en télétravail les mardis et vendredis, mais j’ai toujours accès au bureau, donc je chéris les jours où je l’ai pour moi tout.e seul.e, surtout que je peux alors emprunter le bureau d’Arianna. Sinon, je dois m’asseoir à un bureau vide qui n’a ni écran, ni support pour ordinateur portable, ni casque, alors d’une certaine manière, je redoute les jours où tout le monde est là, car j’ai moins d’outils à ma disposition. Mais Stéphanie vient de commander un écran et un clavier pour moi.

    Croquis numérique de son bureau. Il est indiqué avec des flèches que Xavier est à sa gauche tandis que Stéphanie et Arianna sont en face, derrière les séparation de la cubicule. Sur son bureau il y a un écran (en attente), un mug de thé, un clavier, une souris, et un pc portable.

    Tous les jeudi, nous nous rendons au bureau principal à Antony où travaillent les PDGs, les développeurs et le reste (environ 18 personnes). (Ah oui, il fallait mentionner que Dessia est une startup qui développe une plateforme de robot basée sur une IA pour automatiser les tâches des ingénieurs.)

    L’ambiance au bureau d’Antony semble un peu moins sérieuse, et la pause déjeuner est certainement plus amusante et au moins prise en même temps ; la dernière fois, c’était avec Arianna et deux développeurs, dont un étudiant espagnol qui fait son stage de PFE chez Dessia. Au LAB’O, tout le monde semble prendre sa pause déjeuner à des heures différentes (déjà on n’est que trois si Xavier est là) ce qui fait qu’on ne passe pas du temps ensemble en dehors de nos cubicules.

    Stéphanie et Arianna sont toutes les deux très sérieuses dans leur travail, alors je suis toujours surprise quand Stéphanie critique ouvertement les PDGs et révèle ouvertement que le logiciel est très en retard en ce qui concerne le développement et que, bien qu’elle soit censée être la conceptrice de l’interface utilisateur, elle a été accaparée par la refonte du logo, la gestion des réseaux sociaux et du marketing, et pratiquement toutes les tâches de communication et de conception graphique qui ne concernent pas l’interface utilisateur du produit lui-même. Elle m’a clairement fait comprendre que je suis là pour reprendre tous ces rôles, même si elle ne lâche que très lentement les rênes. 

    Le premier jour, elle m’a demandé de noter une liste des tâches que je devais accomplir pendant le stage (et elles sont également notées dans AirTable): 

    • Habillage des vidéos pour les interviews
    • Signature vidéos : logo animé, visuels de fin
    • Habillage des locaux d’Antony
    • Le livret d’accueil 
    • Contenu visuel pour LinkedIn

    Pour l’instant, la tâche de l’habillage reste incroyablement vague. Cependant, j’ai suggéré une agence de design spécialisée dans l’habillage des bureaux (une agence à laquelle j’avais postulé pour un stage mais qui ne m’a pas répondu, héhé) et Stéphanie a pris contact avec eux ; ils devraient donc visiter le bureau ce jeudi, ce qui sera intéressant.

    Au moins deux fois par jour, elle me demandera si j’ai quelque chose à lui montrer. Le premier jour, je travaillais sur plusieurs propositions de story-board pour l’animation de leur logo, et alors que j’étais encore en train de les élaborer, elle a validé l’un d’entre eux et s’attendait à ce que je me mette au travail sur l’animation. En trois jours, le PDG avait validé l’animation de l’outro du logo, et elle m’a suggéré d’utiliser l’autre story-board pour une deuxième version plus longue (qui semble devenir la base de tout une vidéo explainer qu’elle aimerait faire). J’ai développé deux itérations alternatives pour celle-ci, mais comme je travaillais sur les deux en même temps, Stéphanie a fini par valider la première alors que la seconde était encore en développement, ce qui fait que l’animation la plus faible a été approuvée. Cet environnement très axé sur les résultats rend difficile la créativité, et je serai souvent en pleine exploration des possibilités de création lorsque ma première proposition sera validée. 

    L’un des plus gros problèmes est bien sûr l’absence d’une charte graphique pour Dessia. Un problème encore plus important est le fait que Stéphanie a une idée claire de la charte, mais seulement dans sa tête (elle a commencé à travailler sur les deux premières pages). Par conséquent, je me retrouve à travailler dans le cadre de directives invisibles.

    Le problème sous-jacent est bien sûr que Dessia n’a pas d’identité claire et définie (Stéphanie a admis que c’était également un problème lors de son renouvellement du logo). Mes instructions sont tout simplement “ corporate ” et “ B2B ”.Tout ce que je peux faire est d’affiner et de perfectionner mes animations, ce que j’apprécie quand même. J’ai également créé quelques Motion Graphic Templates qui peuvent être importés dans Premiere, ce qui était une journée amusante d’essais et d’erreurs et de tutoriels YouTube (les objets nuls sont vos amis, croyez-moi).

    Croquis qui utilise le format du meme " Learning to be Spiderman " dans lequel Stéphanie prend la place du Spiderman adulte tandis que Yassmine prend la place du jeune Spiderman. Entre les deux, il y a une bulle de pensée qui contient l'icône Dessia.
    Parfois, nous sommes exactement sur la même longueur d’onde !

    Mes intéractions avec Stéphanie m’ont définitivement fait remettre en question le rôle d’un directeur artistique et le considérer avec plus d’empathie, car il peut être difficile de céder le contrôle d’un projet et de confier son bébé à quelqu’un d’autre. Elle semble toutefois être très satisfaite des résultats, donc tout semble bien se passer, même si je dois admettre que je m’ennuie souvent.

    Croquis de Yassmine sur le point de s'endormir à 14h. Iel a les cheveux rasés et porte une chemise. Le dessin est caricatural et est dessiné à partir de la taille.

    À 14h, malgré une bonne nuit de repos, je suis frappé.e par une telle vague de fatigue qu’il est vraiment difficile de continuer à travailler. Cela m’a fait particulièrement apprécier l’aspect social de la formation, où même en travaillant je pouvais toujours avoir des échanges avec mes camarades de classe. Je donne probablement l’impression que l’environnement est beaucoup plus strict qu’il ne l’est en réalité, mais la pression exercée pour obtenir des résultats en permanence fausse mon point de vue.

    Exprimer nos désaccords

    Deuxième WordPress, deuxième stage ! 

    Le vendredi 28 mai, ma première période de stage aux côtés d’Elvire Bonduelle s’est achevée. 

    Fini la typo, maintenant c’est édition avec Vanessa Buhrig. De l’édition ? Pas vraiment…

    Ce deuxième stage a débuté il y a maintenant deux semaines. 

    la descente aux enfers

    Lundi 31 mai,

    9H00 : je débarque au point de rendez-vous prévu une fois par semaine, surprise on est trois stagiaires. On s’installe et comme prévu on parle du lancement du projet éditorial. Petit hic, on parle beaucoup de marketing et de divers taches environnantes au lancement d’un projet mais pas d’édition et encore moins de graphisme. 

    Échelle de stress : 1 sur 10. 

    11H00 : fin du rendez-vous, ils sont très sympathiques. J’ai une vague idée de la tache que je vais devoir faire cet après-midi. C’est bizarre, ça c’est bien passé mais je ressens un mal-être environnant, peut-être parce que j’avais l’impression d’être un bébé comparé à eux. 

    Échelle de stress : 2,5 sur 10. 

    13H22 : Vanessa Buhrig vous a envoyé un email : « Bilan 🙂 ». 

    Échelle de stress : 2 sur 10.

    Je l’ouvre : « voici la liste des éléments à préparer pour demain », il fait la taille d’un roman graphique. Chouette, zéro graphisme mais du marketing !

    Échelle de stress : 7 sur 10.

    Restons positif, l’avantage c’est que je suis en télétravail, je m’organise comme je le souhaite. Dans un sens c’est dans la continuité de mon premier stage, sauf que cette fois-ci je travaille réellement de chez moi, je vais pouvoir me confronter pleinement au métier de Freelance. 

    18H00 : la seule chose du métier de Freelance à laquelle je me suis confrontée cet après-midi c’est la procrastination. 

    Échelle de stress : 7,5 sur 10

    Mardi 1 juin : 

    9H00 : le mot du jour : « efficacité », je rattrape toute mes taches en retard. Mais je m’ennuie terriblement, je fait mon travail à contre cœur. C’est le deuxième jour et j’ai pas ouvert Indesign, Illustrator ni Photoshop, une seule fois. En réalité une autre chose m’angoisse : les interviews. En effet dans le cadre du projet, il est nécessaire d’interviewer des personnes sur leurs souvenirs, le lien avec le graphisme : zéro. Mais pas grave ça peut être intéressant et formateur, le seul problème c’est qu’hier elle nous a annoncé qu’on devait nous même trouver les personnes à interviewer au sein de notre cercle familial, et ça pour moi c’est pas possible. 

    Échelle de stress : 6 sur 10.

    12H00 : Google Meet. Ça va mieux elle ne m’a pas parlé des interviews. Je ne lui en ai pas parlé non plus, donc elle n’est pas au courant de mon blocage. 

    Échelle de stress : 5 sur 10. 

    16H30 : l’après-midi passe doucement, je sens que le sentiment de mal-être d’hier n’est toujours pas dissipé, pire il est de plus en plus présent.

    Échelle de stress : 8 sur 10.

    17h30 : « Allo Eulalie, ça va pas du tout … je vais jamais tenir 8 semaines »

    Deuxième jour, première crise de nerf.

    Échelle de stress : 11 sur 10.

    Ces deux premiers jours m’ont permis de réaliser un point primordial qui est valable dans tous les domaines professionnel : peu importe la gravité du mal-être, si quelque chose nous tracasse ou nous dérange dans notre travail, il faut toujours en parler à son supérieur. 

    Le mercredi 2 juin, j’ai fini par dire à Vanessa que je ne me sentais pas vraiment à l’aise à l’idée de devoir interviewer des personnes, et encore moins des proches. Depuis je travaille sur la maquette de l’édition tout en exerçant toujours d’autres taches plus éloignées du graphisme mais nécessaires pour le lancement d’un projet.

    Coopération graphique et bienveillance

    Le stage est l’opportunité idéale pour mettre en application nos compétences et savoirs-faire dans un contexte différent du système scolaire. Il permet également d’échanger avec des professionnels sur nos productions. Chez Habile, ma collègue c’est Laure. On se connait donc, aussi bien personnellement que professionnellement. Nous travaillons en binôme entre autres sur la création de supports de communication pour le lieu qui va ouvrir ses portes début juin. (Habile, c’est une boutique multifonctions : vêtements, restaurant, cave et épicerie).

    Cela fait donc maintenant deux semaines que nous allons travailler dans un endroit autre que la salle de classe ou la maison. Dès le début, nous avons été mises à l’aise, ce qui a été pour nous un soulagement et un poids en moins. Camille, notre tutrice, est directrice artistique et a co-créé Habile, avec son mari chef-cuisinier, Éric. L’environnement dans lequel nous sommes est chaleureux, familial et propice au dialogue. Les choses sont d’autant plus faciles et agréables puisque ce qui nous est demandé de réaliser est dans la lignée de nos références artistiques. 

    Le plus important dans notre travail c’est la communication : aussi bien visuelle que verbale. Avec Laure, nous avons l’habitude de travailler ensemble, se conseiller et rebondir sur les expérimentations de chacune. On s’apporte mutuellement en nous nous nourrissant de nos échanges. Par ailleurs, Camille est à l’écoute sur les idées qu’on lui propose. Elle est ouverte au dialogue et bienveillante dans ces propos. Ce contexte favorable au partage nous permet donc de prendre confiance en nous et aussi d’être force de proposition. Le stage nous incite aussi à présenter nos idées à des personnes extérieurs au design graphique, qui n’y connaissent rien. C’est un bon exercice puisque ce que l’on crée derrière nos ordinateurs, ce n’est pas pour nous mais destiné aux autres. Aussi, il faut réussir à prendre de la distance sur notre travail.

    Puis, pendant une semaine, Laure a été en télétravail. J’étais donc seule à travailler en présentiel sur les taches qui nous ont été confiées. La différence c’est de suite ressentie : manque de productivité, ralentissement et procrastination. Les discussions par écran interposé rendent l’avancée du travail beaucoup plus difficile, voir même la ralentisse. Il n’y a plus cette instantanéité de l’échange. L’ordinateur devient une barrière alors qu’en temps normal il est un allié dans notre travail. De plus, j’avais du mal à rester concentrée sur une seule tache, il fallait échanger continuellement avec Laure sur nos avancées. Malgré tout, cette expérience nous a permis d’acquérir davantage d’autonomie.