Dans le brouillard..

Dernière période de stage où je suis reparti chez Claire; c’était le retour des visios, des mis à jour réguliers par message, et des meet ups dans des espaces de coworking. C’était un quotidien dont je m’étais familiariser avec, mais je n’avais plus du tout le même état d’esprit.

Honnêtement j’avais envie que ces 3 dernières semaines se finissent vite.


Et puis je me suis remise en question sur ce que j’éprouvais : est ce que le design graphique est vraiment ce que j’apprécie le plus ? Est ce que je veux vraiment travailler pour les autres plus tard ?
Et je penses que la réelle question qui se cachait derrière tout ça, c’était :
Est ce que ça a toujours été ce que je voulais faire dans la vie ?

Bref, en gros j’étais dans un brouillard constant de doutes qui m’envahissait au fur et à mesure que les jours défilaient. (Comme dab finalement).
En tout cas, c’est une question qui me turlupine depuis longtemps dans ma pratique du design graphique.

Et puis un soir, j’avais décidé d’en parler à Claire :

j’avais bien préparé mon ptit mot quand même eheh

Elle a été très compréhensive et m’a laissé les jours de TT libre pour peindre. Elle a aussi essayé de me mettre en position de freelance en me donnant une planche de BD à faire. Un exercice que je connais bien; une consigne à détourner pour que ça me plaise aussi, tout en respectant ce que le client veut. Comme à l’école.

Ma peinture

Ça m’a fait aussi rendre compte qu’on ose souvent pas demander des choses dans le monde du travail. Peut être que c’est une façon utopique de pensée. Mais je préférai continuer à travailler dans la restauration, que de devoir collaborer avec quelqu’un qui ne respect pas mes choix, voir qui ne les entend pas. En l’occurrence, travailler avec Claire m’a fait rendre compte que je pouvais aussi avoir des standards dans le monde du travail, quitte à ne pas en trouver. Je crois en ce lien humains, à cet utopie.

« Une oeuvre d’art est bonne qui surgit de la nécessité. […] Car celui qui crée doit être son propre univers, et trouver tout ce qu’il cherche en lui et dans la nature à laquelle il s’est lié. » – Rainer Maria Rilke, lettres à un jeune poète.

Finalement, les stages m’ont fait plus apprendre sur moi même que sur le monde professionnel.

Et peut être qu’au final, je ne suis pas faite pour le design graphique ?

Sans cadre : nouvelle dynamique (jeu de mot de sérigraphe)

J’ai débuté mon deuxième stage au sein du collectif d’illustrateurs « Kdavre Exquis« . Ce fut un changement plutôt brutal, car la dynamique est totalement différente de ce que j’avais connu chez Claire (1er stage). Le collectif se compose de 2 personnes (Maxime et Thomas), qui sont plutôt jeunes puisqu’ils ont à peu près mon âge. C’est un cadre tout autre : j’avais l’habitude qu’on me donne des « ordres »; beaucoup de choses à faire, avec des tâches précises, des visios fréquentes dans la journée et un suivi très poussé.

Ici, c’est bien plus libre.

Le premier jour a été plutôt troublant à vrai dire pour moi, car il n’y avait pas grand-chose à faire… Je les écoutais discuter de projets, de scripts, de stand, de merch, des décisions à prendre… En résumé, je fais un peu ce que je veux. Il n’y a pas vraiment de productions obligatoires de ma part, puisqu’ils gèrent l’essentiel de leur côté (ce que je comprends tout à fait). Quand on est illustrateur, on aime avoir sa propre direction artistique et tout faire un peu soi-même.

Je suis donc surtout en observation, mais ils me laissent tout de même produire quelques projets personnels ou les aider sur de petites choses pour leur futur stand.

Concernant le lieu de travail, l’atelier de sérigraphie se trouve dans une cave gérée par une association, « La Grande Masse ». Des artistes y louent l’espace et viennent quand ils le souhaitent pour sérigraphier. C’est donc un lieu de rassemblement pour de nombreux indépendants. Il y a quelques tensions entre les locataires et l’association, c’est pourquoi les artistes se serrent beaucoup les coudes, ce qui crée une ambiance très familiale. J’ai rencontré plein de personnes qui font des choses très différentes, et c’est vraiment enrichissant. J’ai l’impression de mijoter dans cet amas de créativité et ça me donne encore plus envie de produire. C’est un sentiment très motivant et agréable.

Ma 1ère sérigraphie OMG : j’ai appris tout le processus pour préparer un cadre
Et j’ai pu faire quelques tirages papier !!

On fait également beaucoup de déplacements : pour aller toiler des cadres à Colombes, ou encore récupérer une commande de t-shirts à République, des trajets qui permettent d’éviter les frais de livraison. Il y a une vraie culture de la débrouillardise ici : on limite les dépenses et on fait tout soi-même. Ce que j’aime étonnamment beaucoup.

Car si on sait faire comme ça, on peut tout faire.

Créer ou exécuter ?

Au début du stage, il fallait dire que je ne m’attendais à rien.

Lors de notre première rencontre avec Claire, j’ai été tout de suite convaincu quand elle nous a demandé : « quelles compétences voulez-vous approfondir dans votre pratique du graphisme ? » Elle nous a ensuite attribué, à Maxime et moi, des tâches en lien avec nos envies et ce qu’on aurait aimé découvrir.

1er jour : Claire nous explique « Turrim » et ce qu’on va faire.

J’avais vraiment eu l’impression d’être dans un dialogue, un échange, où on prend le temps. C’était assez surprenant, mais aussi très agréable. Je me suis demandé si c’était comme ça partout, dans les grosses boîtes surtout, mais j’en doute…

Il y avait aussi ce truc d’échange lors de mon premier stage chez Pickup, mais je me sentais beaucoup plus limité car j’étais assez intimidé. Ici, Claire travaille seule, donc je ressentais beaucoup moins de pression.

Et quand je parle de pression, je parle de pression sociale. C’est très important dans un environnement de travail. Au début, j’avais tendance à faire ce que Claire me demandait sans trop réfléchir, de peur qu’elle n’apprécie pas mon travail. Et puis à un moment, je me suis dit que je pouvais aussi proposer des idées. Parce qu’avec le temps, en discutant avec elle, je me sentais plus à l’aise. Ça me permettait de m’amuser davantage créativement, et je ne pense pas que Claire voudrait travailler avec de simples exécutants.

Maxime et moi au co-working, on est souvent en autonomie. (mais on est quand même très accompagnés !)

Malgré ça, on reste souvent très cantonné à ce qu’elle veut. Claire a des idées très précises en tête, et la communication est essentielle. C’est parfois compliqué de comprendre exactement ce qu’elle recherche, d’autant qu’elle fait elle-même ses choix au fur et à mesure du projet. On passe donc de version en version, jusqu’à arriver à quelque chose qui lui convienne. C’est assez difficile car je ne sais jamais vraiment quand un projet est terminé, puisqu’on n’a pas forcément les mêmes « goûts ». Je n’ai pas vraiment l’impression de créer, à vrai dire.

Toutes mes productions depuis le début du stage.

Et pourtant, c’est une organisation assez flexible et détendue, puisque l’entreprise n’en est qu’à ses débuts et travaille dans un domaine lié à l’enfance.

Ce qui me fait me demander : plus tard, quand j’aurai un travail et des clients, est-ce que ce sera aussi comme ça ?