Les attentes – les indécisions – les inquiétudes

Pour ce stage, ma cheffe de département m’avait dit que je pourrai choisir concrètement ce que je ferai pendant tout le stage (en restant disponible s’il y avait besoin d’aide quelque part).
Et le ciel sait à quel point je suis indécise, donc cette proposition était pour moi un vrai cadeau, un immense privilège. C’est donc avec énormément d’enthousiasme que j’avais envoyé un mail à la coordinatrice décoration pour lui dire où je voulais aller et pendant environ combien de temps.

Je sais depuis un moment que je veux travailler dans le décor de cinéma, le spectacle, l’audiovisuel… Mais ça fait autant de temps que je ne sais pas exactement dans le décor. Il y a énormément de postes, autant qui m’intéressent et ont leurs bons et mauvais aspects.

Liste non exhaustive d’exemples :

  • Directeur artistique
  • Graphiste
  • Architecte
  • Illustrateur
  • Ensemblier
  • Regidex
  • Ripper
  • Accessoiriste regidex
  • Accessoiriste de plateau
  • Tapissier
  • Peintre
  • Menuisier

ET J’EN PASSE (en plus en comptant tous les assistants)

Mon problème, c’est que je voulais que ce stage me permette d’expérimenter un maximum ces métiers pour pouvoir mieux discerner mes envies de carrières. C’est dans l’année qui arrive que je dois chercher une suite à mes études (on croise les doigts pour que j’aie mon diplôme), sauf que certains de ces métiers sont trop différents pour que je puisse choisir à la fin de mes prochaines études lequel je veux faire. Il faut se spécifier MAINTENANT, mais je ne peux même pas prendre de décision encore. Aussi, certains métiers ne demandent AUCUNE qualification (assistant-ensemblier) à part un permis de conduire et un bon goût (et encore).

Ayant finalement passé presque tout mon stage au graphisme (ce qui était génial, je ne le nie pas), je n’ai absolument pas pu voir les autres départements. (ce qui n’est peut-être pas si grave parce que la nature de la série fait qu’on achète beaucoup d’objets et d’accessoires, il n’y a pas de besoin de les créer : alors que c’est justement ce que je PENSE vouloir faire.)

Pendant ce stage, j’ai réussi à quand même cibler un peu plus mes possibilités entre trois catégories qui n’ont pas grand-chose à voir mais satisfont chacune respectivement un aspect de ma personne.

Je dis toujours que je suis versatile, que j’aime utiliser n’importe quel médium et expérimenter toutes les formes d’expressions et d’art sur lesquelles je peux mettre la main et comment ça me rend plus forte dans ma pratique artistique. Comment chaque pratique peut faire écho à une autre et se renforcer entre elle. Mon coté touche à tout a toujours été pour moi une fierté, mais ici, alors que je dois faire des choix pour mon avenir, c’est plus une épine dans le pied qu’autre chose.

Un exemple clair par rapport à ça est que mes deux derniers jours de stage ont été en tapisserie qui avait besoin de main-d’œuvre, où j’ai fabriqué un canapé ENTIER. Le fait qu’on fabrique quelque chose de zéro et que je sois aux anges, en passant chez moi des jours entiers derrière une machine à coudre, m’ont presque fait me demander si je ne voulais pas être tapissière finalement.

un des canapé qu’on a fait (encore en construction)

MAIS QUEL IDÉE ????

Je pense qu’il y a une différence majeure (que je fais TRES mal) entre un hobby et une passion. Pour moi, on ne peut pas faire carrière sur un hobby mais seulement une passion. Oui j’adore coudre, mais si je devais ne faire QUE coudre 8h par jour, des canapés et des rideaux, 5 jours par semaine pendant un tournage entier, est-ce que justement je ne finirais pas par détester la couture ?
Je commence à me demander si tout mon amour artistique n’est qu’une collection de hobbies et que je ne pourrai jamais faire carrière en m’appuyant dessus sans finir misérable.
Je commence aussi à me demander si cela veut dire que je n’ai pas de passion ? Est-ce que la raison pour laquelle je n’arrive pas à faire de choix est parce que tous ces centres d’intérêts que j’ai ne représentent pas grand-chose et ne seront jamais assez suffisants pour que je ne sois pas misérable ?
Je me considère comme une personne passionnée et ces questionnements me terrifies.

Finalement, même si j’ai adoré ce stage (malgré la sortie de route par rapport au programme de base), il a répondu à quelques questions, et affiné un peu mon idée professionnelle, mais il a aussi et surtout soulevé encore plus de questions par rapport à l’essence même de mon travail et des motivations qui l’animent.

Comment garder la motivation ?

Ce stage est arrivé à sa fin, j’ai été ravi de pouvoir contribuer au projet global de ma maîtresse de stage qui part avant tout d’un besoin qu’elle ressentait pour aider les plus jeunes (entre autres), et non d’une recherche de profits insensée, le tout dans un cadre professionnel souple et plutôt agréable.
Ces conditions m’ont permis de trouver du sens dans ce que je faisais la plupart du temps, mais il arrivait parfois que cela ne suffisait plus à trouver la motivation.

La première partie du stage portait plutôt sur la découverte de l’univers du projet ce qui était plutôt stimulant et plaisant notamment avec les sorties pour des photos, les visites…
Au fur et à mesure de l’avancée du stage je m’habituais à l’univers ce qui m’a permis de faire un projet plus important qui demandait plus de temps, après avoir alterné sur plusieurs projets de moins grande envergure.
J’ai pris du plaisir à contribuer à ce projet qui consistait en la réalisation de la maquette Figma de l’application mobile, notamment parce que j’étais particulièrement à l’aise sur le logiciel. Ce projet m’a d’ailleurs permis de me confronter à la réalité d’un tel projet dans le monde professionnel, où l’étape de conception demande souvent de nombreux ajustements et retours en arrière.
Évidemment j’étais là pour faire une application qui répond au mieux aux attentes, mais ça s’est parfois avéré moins évident que prévu : j’ai notamment ressenti les limites de la délégation d’un projet (de ma tutrice à moi) dans des situations où même en suivant à la lettre une idée de départ, les attentes pouvaient évoluer au fil de la visualisation du projet.
Ces allers-retours m’ont parfois donné le sentiment de stagner, mais m’ont fait réalisé des inconvénients du fait de déléguer un projet et de l’importance des retours dans des cas où le résultat doit correspondre de façon précise aux idées d’un commanditaire.

J’ai beaucoup apprécié la diversité des projets que j’ai pu faire, même si certains m’ont moins parlé, d’autres m’ont vraiment plu. Cette alternance m’a confirmé que la motivation au travail dépend beaucoup de nos préférences personnelles et si les projets s’y rapportent. Cela m’inquiète un peu pour la suite sachant les conditions favorables dans lesquelles j’ai exercé durant ce stage, où l’on était plutôt écoutés.

Je suppose que le fait que ce ne soit pas directement l’un de mes projets, peut-être plus précisément le fait que la motivation que j’employais ne serait pas directement liée à mon plaisir d’avancée, m’a un peu freiné et refroidi dans l’idée que je me faisais du graphisme dans le monde professionnel.

J’ai une idée plutôt précise de la façon dont j’aimerais pratiquer ensuite, mais cela nécessite de passer par une phase moins agréable pour constituer un apport nécessaire au développement de cette idée. Je ne sais pas si elle est viable et elle me fait me questionner sur le rapport que l’on doit entretenir en tant que graphiste : de quelle façon devons-nous servir l’autre ? J’aimerais pouvoir servir tout en gardant du plaisir à créer et ne pas voir la pratique comme simple source financière, ce qui ne fait que lui nuire je crois.

les différentes étapes décrites dans le texte précédent sont retranscrites sur cette image de facilitation graphique.