Dire oui ou l’adaptabilité, une qualité phare du CV

Cet hiver, en pleine recherche de stage, une connaissance à moi travaillant dans le milieu de l’audiovisuel m’a donné un conseil qui m’a marquée :

« Si on te demande si tu sais faire quelque chose, dis toujours oui. Même si tu n’en es pas capable sur le moment, dis oui, sinon on rate trop d’occasions. Et la plupart du temps, quand on est un minimum du milieu, on arrive à se débrouiller, et la personne en face ne se rend même pas compte qu’on ne savait pas faire au départ. »

Je n’ai pas eu à attendre longtemps avant de mettre ce conseil en pratique. Le tout premier mail que m’a envoyé Raphaël, mon tuteur de stage, tenait en une question : « Tu sais faire du montage ? » J’ai répondu oui. Dans un autre contexte, j’aurais peut-être hésité davantage, mais la pression de ne pas encore avoir de stage m’a poussée vers cette réponse, presque par nécessité. J’avais des bonnes notions, certainement pas un niveau professionnel, mais je me suis dit que ça pourrait toujours servir. Trois mois plus tard, je suis convaincue que c’est cette réponse-là et la compétence qu’elle engage, donc l’adaptabilité, qui a le plus déterminé la suite de mon stage. De mon recrutement, par la confiance que l’équipe m’a accordée, et jusqu’à l’accès à des missions bien plus riches que les tâches répétitives habituellement réservées à un stagiaire.


Une confiance accordée, puis méritée

En arrivant chez Elle Est Belle, je disposais d’une base solide grâce au DNMADE, mais surtout d’un environnement où on m’a très vite délégué des missions petites au départ, mais très variées. Raphaël me le dit encore aujourd’hui : s’il m’a prise en stage, c’est qu’il estimait, au vu de mon CV, que j’avais le niveau et il se dit sincèrement impressionné par ce qu’on maîtrise dès la deuxième année.

Cette confiance ne s’est pas arrêtée aux missions. Elle s’est étendue à la façon dont j’organisais mon temps, à mes horaires, à ma présence. Et cette confiance a été progressive. J’en déduis que Raphaël fonctionnait par observation : il me confiait quelque chose, regardait comment je m’en sortais, sans me presser ni exiger de résultat immédiat, et ajustait ensuite ce qu’il m’accordait. Si je fais le bilan de ces trois mois, ma part et la valeur de mon regard créatif dans les projets a considérablement augmenté. Cette confiance, je crois ne pas en avoir abusé, je l’ai reçue avec sérieux, et j’en ai profité à bon escient. Résultat, je ne suis pas stressée ni overstimulée, je travaille de manière efficace, je m’entends bien avec l’équipe, et je m’y sens bien (même si le cadre de l’agence n’est pas, en soi, celui qui m’attire le plus).



Mais pourquoi donc l’adaptabilité change tout ?

Je mentionne tout d’abord la confiance, car c’est lié. Je me disais que je trouverais forcément un moyen de m’adapter, que je possédais déjà une palette assez large de compétences techniques pour m’en sortir, et que je pouvais toujours demander de l’aide, j’étais entourée de gens conscients que j’étais qu’une stagiaire et prêts à m’accompagner.

J’en tire une conviction qui fonctionne pour moi: bien s’adapter à un environnement nouveau, potentiellement stressant comme peut l’être un milieu professionnel, dépend de deux facteurs essentiel qui doivent fonctionner ensemble.

D’un côté, une base de compétences techniques et pratiques, plutôt large mais bien menée, et une curiosité qui pousse à s’intéresser à des choses qu’on ne maîtrise pas encore plutôt que de rester cantonné à ce qu’on sait déjà faire. De l’autre, la confiance qu’on nous accorde, celle d’un responsable, d’un prof ou d’un client qui ne nous met pas sous pression, qui nous laisse l’espace de chercher, d’essayer, de proposer. C’est cet espace-là qui permet de s’adapter rapidement sans que la qualité du travail en pâtisse.



Pourquoi une qualité « phare » ?

Si je reviens au titre de cette note, c’est précisément parce que l’adaptabilité n’est pas une compétence parmi d’autres : elle chapeaute toutes les autres. On peut avoir une base solide, maîtriser des logiciels, savoir penser graphiquement, proposer une démarche de projet, être organisé, ce socle reste indispensable. Mais c’est l’adaptabilité qui, par-dessus, permet de faire face à n’importe quel projet, n’importe quelle demande, n’importe quel client, indépendamment de ce qu’on a appris à faire en théorie.

Associée aux deux conditions évoquées plus haut, l’adaptabilité fait, je crois, la différence entre un profil normal et un profil qui vaut réellement cher dans le monde professionnel.

Je n’ai pas la prétention d’apporter ici une réponse définitive à la question que je pose. Mais ce stage m’aura au moins appris ceci : cette dynamique entre confiance et adaptabilité fonctionne un peu comme un cercle organique, presque un système donnant-donnant. Quand on perçoit qu’une personne s’adapte vite, on lui fait naturellement confiance ; et cette confiance, en retour, la libère de la pression qui l’empêcherait justement de s’adapter. L’adaptabilité, en somme, c’est une forme de fluidité, savoir ne pas rester figé dans un cadre, ne pas se rigidifier face à ce qu’on ne maîtrise pas encore, un peu comme l’eau qui épouse la forme de ce qu’elle rencontre. Certaines personnes ont cette fluidité de manière naturelle. D’autres l’acquièrent différemment, parce qu’on leur a fait confiance, et parce qu’elles ont, en retour, appris à avoir confiance en ce qu’elles savent déjà faire.



Il me reste encore deux semaines de stage, et je continuerai sans doute à progresser d’ici là (chuuuut, il ne faut pas encore le dire, vous en saurez plus à la rentré, mais petit passage par le web design). Mais s’il y a une chose que ces trois mois m’auront appris, je m’adapte vite, voire très vite, mais pas par hasard, parce que je pars d’une base réelle, et parce qu’on m’a donné un cadre pour le faire. Cette formule magique que j’ai trouvé, est, je crois, celle qui me servira le plus, quel que soit le domaine dans lequel je poursuivrai ensuite.

Ah, vous ne faites pas que des films ?

*La réponse est « non », vous vous en doutez bien. Anyway.

Cette première partie de stage se termine dans une bonne ambiance. Le quotidien s’est installé, et j’ai pu enchaîner plusieurs missions qui m’ont permis de progresser concrètement.

J’ai d’abord finalisé les interviews pour IXIO dont je parlais la dernière fois : les cinq vidéos ont été validées par le client sans aucune retouche, ce qui a permis de clôturer le projet de manière très fluide. Cette mission m’a permis de travailler mes compétences en montage et de gagner en vitesse de production.

On m’a ensuite confié de la post-prod photo pour Nissan, suite à un shoot produit réalisé par l’agence il y a quelque temps : changer la couleur d’une voiture sur plusieurs visuels, retoucher des jantes, ajouter un pneu, supprimer un pneu, isoler une roue, et blablabla… une multitude de petites retouches en tout genre. MAIS, j’ai pu tout livrer rapidement, et l’équipe a été surprise par la qualité et la rapidité du rendu.

* Sans doute le fruit de la formation DNMADE (gros clin d’oeil) à travailler dans des délais courts (ou simplement ma manière de faire les choses au dernier moment, mais ça reste à méditer qui sait).

En parallèle, j’ai continué à travailler quotidiennement sur Promptolog, le média dédié à l’IA et à l’innovation de l’agence. Mes compétences en communication se sont révélées particulièrement utiles : j’ai compris la mécanique pour percer sur TikTok (poster le plus possible, beaucoup, quand je dis beaucoup c’est vraiment beaucoup) et comment générer de l’engagement (aborder des sujets qui divisent, justement l’IA en est un parfait exemple, puisqu’il permet à tout le monde de participer au débat). C’est une expérience très positive : je comprends de mieux en mieux le fonctionnement des réseaux, je me tiens informée sur l’actualité IA, et je dois produire un contenu qui éduque, informe et questionne. L’objectif du média n’est pas de promouvoir l’IA, mais d’informer le public de manière qualitative et NEUTRE et c’est justement cette neutralité qui suscite le débat, ce qui est très intéressant d’un point de vue sociologique. On ne communique pas ici, mais on INFORME (j’ai appris récemment qu’il y a une cruciale différence entre les deux).

Pour parler design (deuxième clin d’oeil), j’ai pu retravailler l’identité graphique globale du média : cohérence visuelle des posts, et création de templates pour les Reels et TikToks (réalisés sur After Effects), qui me permettent désormais de produire du contenu quotidiennement sans effort excessif et de garder un feed clean.

Raphaël Charton, le directeur de l’agence (the BigBoss mais c’est un mec cool), a visiblement remarqué que mon travail allait au-delà de simples micro-missions, ce qui a du le convaincre est le temps rapide de production, la qualité graphique et les retours des clients comme du public. D’ailleurs, je vais bientôt avoir… une stagiaire !????? Rapha a pris en stage une fille d’un ami à lui pour m’aider sur la recherche de contenu et la rédaction d’articles et de posts. Stagiaire avec assistante pendant trois semaines, qui l’aurait cru (marrant en vrai non ?).

Et c’est que les choses prennent une autre dimension. Il y a environ une semaine, autour d’un café matinal, Rapha m’annonce que Nissan a envoyé un brief pour un film à produire début septembre (un appel d’offres que l’agence remporte généralement) et me demande si je serais motivée pour réfléchir au concept et à l’idée créative ? Évidemment que oui ! Je ne savais pas encore que ce n’était que le début d’une implication encore plus grande dans la vie de l’agence.

Mais avant de vous raconter la suite de ce projet Nissan (qu’on a mis un peu de côté pour l’instant, le temps de réfléchir collectivement) et d’en venir la où je veux, il me manque encore un élément de contexte important.

Durant mon stage, Raphaël a recruté Olga, qui s’occupe désormais du développement business et de l’acquisition de clients (elle vient plutôt du monde de la communication, ayant notamment travaillé chez Havas). On s’est tout de suite très bien entendues, elle est ukrainienne, donc on peut aussi parler russe ensemble, ce qui amuse beaucoup toute l’agence.

Mais pourquoi ce recrutement ? Parce que l’agence fait face à de nouveaux enjeux. Depuis vingt ans, elle est positionnée comme une boîte de production reconnue, réalisant des films de qualité, avec une vraie dimension stratégique mais peu de clients en ont conscience. Écouter Raphaël parler, ça me fascine, on comprend rapidement qu’il n’est pas seulement un créatif passionné, mais un véritable stratège et homme d’affaires réaliste : il sait faire évoluer les idées, proposer des alternatives directement quand quelque chose ne fonctionne pas, rester réaliste sur les budgets, convaincre, etc…

Le problème, c’est que le paysage créatif actuel évolue vite, fin c’est ce que j’ai remarqué. De nouvelles agences plus jeunes émergent, avec beaucoup de matériel, d’idées, et une production de contenu plus dynamique sur les réseaux. Les clients sont attirés par cette nouveauté, cette agilité, même si la qualité ou la réputation sont parfois moindres comparées à une agence avec vingt ans d’expérience. Raphaël remarque que l’agence perd progressivement du terrain face à ces nouvelles structures, non pas par manque de qualité, mais parce que les codes de communication et de visibilité ont changé.

C’est là qu’interviennent de nouvelles questions et enjeux : quelle est la place d’une agence réputée sur ce marché aujourd’hui ? Comment la repositionner ? Pourquoi une agence crédible peut-elle perdre des clients avec le temps, malgré son expérience ? Qu’est-ce qui attire les clients vers de nouvelles agences ? Alalalalala, les questions de l’importance du positionnement qu’on entend depuis deux ans au DNMADE, ils sont super actuels en fait. C’exactement le travail qu’Olga a entamé : repositionner l’agence non plus comme une simple boîte de production, mais comme une agence créative apportant une stratégie de marque en plus du savoir-faire de production.

Et c’est dans ce contexte que Rapha m’a impliquée : le site web fait partie de cette refonte, car certains éléments ne correspondent plus à l’image que l’agence souhaite désormais véhiculer. Sans qu’on me demande de le refaire entièrement (un peu mais pas trop), je participe à la réflexion collective sur ce qu’il faut garder, ce qu’il faut faire évoluer, et comment mettre en valeur (graphiquement et pas que) les qualités de l’agence, des qualités qui existent bel et bien depuis longtemps, mais que sa position historique dominante ne l’avait jamais vraiment poussée à mettre en avant. Or aujourd’hui, dans un flux de contenu qui circule en permanence, cette absence de visibilité devient un désavantage. Malgré le nom et les qualités vendeurs de Rapha !

C’est exactement le nœud de ma mission actuelle, et c’est une vraie question stratégique : repositionner une agence, ce n’est pas juste la rendre « plus jolie » ou « plus visible » sur les réseaux, c’est redéfinir qui elle veut attirer, et donc ce qu’elle doit montrer, où, et comment.

Le risque, si on continue dans la même direction, c’est de continuer à parler le même langage (boîte de production solide, films de qualité, vingt ans d’expérience) à la même cible que celle qui s’oriente déjà vers des agences plus jeunes et plus visibles. Le repositionnement sert justement à SORTIR de ce terrain-là, pour se déplacer vers un terrain où l’agence a un avantage que les autres n’ont pas : l’expérience stratégique, la capacité à penser un projet dans sa globalité, pas seulement produire un beau film, mais réfléchir à pourquoi ce film, pour qui, et avec quel objectif.

La question évolue vers : quelle cible valorise justement cette dimension-là ? Probablement pas les clients qui cherchent uniquement « quelque chose qui a l’air actif sur Instagram », ceux-là continueront de se tourner vers des agences plus légères. La cible plus pertinente, c’est sans doute des marques qui ont des enjeux de fond ou qui ont déjà été déçues par des collaborations avec des agences « tendance » mais peu structurées.

Il s’agit moins de « ramer dans le même domaine » que de trouver, via le site et les autres moyens de communication de l’agence, comment faire atterrir cette dimension stratégique auprès de la bonne cible, celle qui cherche justement ce que cette agence sait faire depuis longtemps, mais qu’elle n’a jamais eu besoin de mettre en avant.

Pour finir, tout ça, c’est en réalité très récent, la mission n’a démarré qu’il y a deux semaines à peine. Ce qui me marque, c’est la confiance qu’on m’accorde sur un sujet aussi stratégique pour l’agence, alors que je suis encore stagiaire. Je pense que mon regard un peu plus jeune, justement parce que je suis moins ancrée dans vingt ans d’histoire et de codes établis, peut apporter quelque chose d’utile à cette réflexion, comme un œil différent sur la manière dont l’agence est perçue aujourd’hui, et sur ce qui pourrait la faire évoluer. À suivre.

Le couteau suisse de l’agence

Cette note marque la fin de ma première semaine de stage. Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois souligner quelque chose d’emblée : mon intégration s’est faite très rapidement. J’ai envoyé un mail, reçu une réponse en moins d’une heure, et le lendemain j’avais un entretien qui s’est avéré concluant. C’est à la fois surprenant et flatteur et cette confiance accordée dès le départ, je l’ai ressentie tout au long de la semaine.

L’élément déclencheur

Pour vous présenter rapidement le contexte, Elle est Belle est une agence de communication et de production située dans le Marais. Elle est spécialisée dans le travail avec des marques. J’ai postulé en tant qu’assistante à la production, mais je me retrouve finalement positionnée sur toutes sortes de missions, ce qui correspond exactement à ce que je souhaitais, et m’en réjouis.

Sur le plan des projets, j’ai été directement impliquée sur deux missions bien distinctes par Raphaël, mon maître de stage et gérant de l’agence. La première concerne la société IXIO, qui cherche à développer sa communication sur différents supports. L’agence a produit du contenu visuel pour eux, notamment des interviews avec différents collaborateurs de l’entreprise, montées dans un format inspiré de Konbini. J’ai utilisé After Effects pour créer des cartels en motion design, en respectant la charte graphique de l’entreprise, et j’ai participé à la préparation des questions d’interview. Puis sur Premiere, j’ai également commencé le dérushage et le montage, tout en attendant les retours du client sur la première vidéo réalisée par le monteur de l’agence. Cinq interviews restent encore à préparer. C’est un projet qui m’a donné une bonne vision du flux de production : le rythme, les attentes, et tout le chemin de la conception jusqu’à la validation client.

La seconde mission touche à Promptolog, un média informationnel lancé par l’agence, dédié à l’actualité de l’IA et présent sur Instagram, TikTok et sur le web. Ce qui m’a intéressée ici, c’est le positionnement stratégique derrière ce projet : l’agence ne se revendique pas comme spécialisée en IA, mais maîtriser ces outils est perçu comme un vrai différenciateur auprès de ses clients. Promptolog est donc à la fois une veille et une vitrine. J’ai constaté que la visibilité des contenus était encore limitée, et après un appel avec la personne qui s’en occupait avant moi, j’ai commencé à retravailler la direction artistique pour rendre les publications plus attractives et visuellement cohérentes. Mon objectif serait de créer une identité visuelle propre au média, je veux un feed identifiable, qui donne envie de s’abonner. Cette mission m’a aussi amenée à me poser une question de fond : qu’est-ce qui rend un média vraiment attractif ? J’ai essayé de faire le lien avec ma prépa pour le CELSA, en mobilisant quelques concepts de sociologie des médias pour nourrir ma réflexion.

Planches Figma montrant mes recherches graphiques pour le média

Il serait honnêtement trop tôt pour tirer des conclusions définitives après seulement quatre jours et deux projets. Ma posture cette semaine a surtout été celle de l’observation et de l’adaptation rapide. Ce qui me reste en tête, c’est cette impression d’avoir été embarquée à pleine vitesse, ce qui, finalement, est sans doute la meilleure façon d’apprendre. J’ai également eu une discussion franche avec mon tuteur, qui m’a confié être surpris par mon niveau en deuxième année et par la polyvalence des domaines et des outils que je maîtrise. Je l’admets, je suis ressortie de cet échange un peu flattée !