Un stage rentable ?

Je récapitule ma situation. J’ai effectué un stage de trois mois avec Dédouze, un illustrateur freelance qui compose également de la musique et travaille en 3D. Pendant ce stage, je n’ai pas produit énormément, mais j’ai approfondi ma pratique de Grease Pencil et découvert le côté obscur du métier de freelance.

Lorsque je parle de rentabilité, je compare le temps passé, mes attentes, mon expérience et, surtout, ce que j’ai produit. Pour donner quelques chiffres : en trois mois, je l’ai vu six fois en présentiel et nous avons fait trois visios. J’ai travaillé sur seulement deux projets, qui n’ont même pas été terminés.

Présenté de cette manière, on peut dire que ce n’était pas du tout ce que j’imaginais. Je m’attendais à davantage de présentiel et à des projets plus variés, mais ce ne fut pas le cas.

Est-ce que je suis déçu ?

Peut-être un peu, car c’est un artiste dont je suis le travail depuis le collège et que j’admire beaucoup. Je sais que j’aurais pu apprendre davantage à ses côtés, mais cela n’a pas été le cas.

De plus, mon maître de stage était très occupé, avec une organisation parfois discutable, ce qui rendait la communication compliquée. Au final, je ne travaillais pas beaucoup avec lui.

Cependant, j’ai adoré ce stage, car j’ai utilisé ce temps libre pour produire des choses de mon côté. Plusieurs projets personnels ont vu le jour pour une seule raison : devenir meilleur. Dédouze, avant d’être mon maître de stage, est surtout une immense source d’inspiration. Il joue de plusieurs instruments, dessine tout en continuant à progresser, modélise en 3D… En résumé, c’est quelqu’un qui possède un très large éventail de compétences. Et moi aussi, je veux en être capable.

J’ai donc réalisé de l’animation, des visuels sur Photoshop, mais aussi une petite BD. Pourtant, je ne peux pas vraiment dire que ces projets sont le résultat direct de mon stage. Ils ont été réalisés pendant mes périodes d’inactivité, mais cette envie de créer vient avant tout de mon envie de m’améliorer.

Cette question de la rentabilité m’est venue pendant le dernier mois, car c’est celui où j’ai le plus appris. J’y ai notamment maîtrisé Grease Pencil en seulement deux jours afin de travailler sur le second projet. Je me suis donc dit que mes deux premiers mois n’en valaient peut-être pas la peine.

C’est pour cette raison que ma réponse varie selon le point de vue adopté. Si je ne parle que du stage en lui-même, je dirais qu’il a été peu rentable. En revanche, si je considère l’ensemble de ma période de stage, alors je pense qu’elle a été très rentable.

NO LIMIT

Aujourd’hui, je vais vous expliquer ma situation. Un beau jour, nous étions réunis, moi, Titouan (l’autre stagiaire) et Dédouze (mon maître de stage), autour d’une table pour brainstormer sur son futur site internet. Cela fait depuis le début du stage que je travaille dessus, mais nous avons enfin pu déterminer ce que nous voulions plus ou moins faire. Puis vint le moment où Dédouze déclara : « Pour l’instant, on ne se préoccupe pas de comment faire, ce sera un problème pour plus tard. »

DONC, MOI, CÉCILE BEEROO, FUTURE DESIGNER DE RENOM, dois renoncer à la question de la réalisation. Je pensais que le métier de designer était de penser ET réaliser, ce qui me donne plus l’impression d’avoir pris la place d’un client que d’un designer. C’est comme si j’avais enlevé le mot « créatif » dans « métier créatif ». Ou encore, qu’on me demande ce que je veux pour Noël parmi tous les choix inimaginables (mission impossible).

Après cette déclaration, je n’ai plus eu d’idées concernant le site. Même Titouan était aussi perdu que moi.

Pourtant, je suis libre de proposer mes idées, peu importe l’univers. Je peux m’inspirer de n’importe quels livres, films ou jeux vidéo, et pourtant rien ne vient. J’avais l’impression que chaque idée était nulle ou peu intéressante, et qu’elle ne méritait même pas d’être mentionnée. Et le fait que je ne suis pas seule avec ce problème me fait croire que je ne suis pas forcément LE PROBLÈME.

Je me suis donc demandé quelle était la raison de ce manque d’inspiration.

Ma réponse fut facile à trouver : les contraintes.

Ça peut paraître bizarre, car c’est censé nous limiter. Nos actions sont moindres et cela restreint notre créativité.

Et pourtant, c’est grâce à elles qu’un projet devient concret et intéressant. Ici, je ne parle pas du cahier des charges, car je sais ce que je dois rendre ou non, mais plutôt de limites. JE VIS pour les contraintes. Je pourrais MOURIR pour les contraintes. Je les vois comme des défis, quelque chose que je dois surmonter pour obtenir un résultat intéressant. Cela permet de remettre en question des questions que l’on ne s’était même pas posées. Jouer avec les contraintes, c’est MA raison de vivre.

Et dans cette situation présente, je n’ai presque pas de contraintes. JE N’AI PAS DE LIMITES et, étrangement, ça me limite.

Donc, permettez-moi de vous expliquer comment y remédier. (pas 100% sûr que ça marche)

Premièrement, il faut beaucoup de motivation, car ne pas trouver d’idée peut nous faire désespérer.

Deuxièmement, une bonne douche froide, et puis…

Troisièmement, il faut se donner des objectifs et créer SES PROPRES CONTRAINTES. Que ce soit une limite de temps, le fait de s’inspirer du dernier film qu’on a vu ou encore de choisir une technique précise. Tout cela va booster notre créativité et aiguiser notre champ de solutions.

Et demain, on fait quoi ?

Ça va faire trois semaines que je fais mon stage chez Dédouze et, comment dire… c’est très différent de mon stage précédent. L’année dernière, j’avais fait mon stage chez Mazarine, une agence de communication spécialisée dans les produits de luxe. Là-bas, tout était carré : les postes de travail, les demandes des clients, mais aussi l’emploi du temps. Chaque employé avait son planning sur lequel étaient indiqués les horaires et les projets à réaliser.

Ici, c’est tout le contraire. Cela ne me déplaît pas du tout, mais c’est assez étrange de ne pas savoir, d’un jour à l’autre, si je serai en télétravail ou non, ni ce que je vais faire exactement. C’est notamment là que je vois la différence entre une agence et un freelance. D’un côté, le travail est organisé autour d’un emploi du temps , de l’autre, il est rythmé par les deadlines, ce qui demande beaucoup plus de préparation et de rigueur.

Un freelance n’a pas ce cadre qui lui permet d’être constant dans son travail. Il doit savoir être organisé et anticiper. Sauf que cela rajoute beaucoup de tâches en plus de son travail d’origine.

Je pense qu’il est très difficile d’être freelance, car il faut une certaine motivation et un self-control incroyable pour lutter contre la procrastination ou tout autre problème lié au freelance. Cela doit être plaisant d’être son propre patron, mais en même temps, on doit être capable d’être aussi carré qu’un patron avec soi-même.

En réalité, j’aime beaucoup ce stage, notamment parce que j’apprécie le travail de Dédouze depuis plusieurs années, mais aussi grâce à son atelier, Paris Print Club. C’est un lieu rempli d’artistes : typographes, graphistes, architectes, graveurs, illustrateurs et même imprimeurs en sérigraphie. L’endroit regorge de références, il est super inspirant et, surtout, il est à 1 h 20 de chez moi. Super !

Mais la super giga bonne nouvelle, c’est que les projets de Dédouze sont très diversifiés. J’ai notamment commencé à réfléchir avec lui à l’imagination de son site internet, qui, actuellement, ne sert pas à grand-chose. J’ai même pu faire de la recherche sonore pour un nouveau film (car il est aussi compositeur de musique).

Lors de cette recherche de sons, je me suis rendu compte que la musique, c’est aussi du design (personne ne l’avait vue venir, celle-là). Pour le film sur lequel il travaille, il a besoin de créer des atmosphères, des ambiances, et la musique doit en faire partie. Je me suis retrouvée à écouter des musiques presque concrètes ou abstraites, faites à partir de bruits de bouche très étranges. Parce qu’au fond, on ne choisit pas une musique uniquement parce qu’elle sonne bien, mais pour ce qu’elle fait ressentir.

(À méditer.)