Et demain, on fait quoi ?

Ça va faire trois semaines que je fais mon stage chez Dédouze et, comment dire… c’est très différent de mon stage précédent. L’année dernière, j’avais fait mon stage chez Mazarine, une agence de communication spécialisée dans les produits de luxe. Là-bas, tout était carré : les postes de travail, les demandes des clients, mais aussi l’emploi du temps. Chaque employé avait son planning sur lequel étaient indiqués les horaires et les projets à réaliser.

Ici, c’est tout le contraire. Cela ne me déplaît pas du tout, mais c’est assez étrange de ne pas savoir, d’un jour à l’autre, si je serai en télétravail ou non, ni ce que je vais faire exactement. C’est notamment là que je vois la différence entre une agence et un freelance. D’un côté, le travail est organisé autour d’un emploi du temps , de l’autre, il est rythmé par les deadlines, ce qui demande beaucoup plus de préparation et de rigueur.

Un freelance n’a pas ce cadre qui lui permet d’être constant dans son travail. Il doit savoir être organisé et anticiper. Sauf que cela rajoute beaucoup de tâches en plus de son travail d’origine.

Je pense qu’il est très difficile d’être freelance, car il faut une certaine motivation et un self-control incroyable pour lutter contre la procrastination ou tout autre problème lié au freelance. Cela doit être plaisant d’être son propre patron, mais en même temps, on doit être capable d’être aussi carré qu’un patron avec soi-même.

En réalité, j’aime beaucoup ce stage, notamment parce que j’apprécie le travail de Dédouze depuis plusieurs années, mais aussi grâce à son atelier, Paris Print Club. C’est un lieu rempli d’artistes : typographes, graphistes, architectes, graveurs, illustrateurs et même imprimeurs en sérigraphie. L’endroit regorge de références, il est super inspirant et, surtout, il est à 1 h 20 de chez moi. Super !

Mais la super giga bonne nouvelle, c’est que les projets de Dédouze sont très diversifiés. J’ai notamment commencé à réfléchir avec lui à l’imagination de son site internet, qui, actuellement, ne sert pas à grand-chose. J’ai même pu faire de la recherche sonore pour un nouveau film (car il est aussi compositeur de musique).

Lors de cette recherche de sons, je me suis rendu compte que la musique, c’est aussi du design (personne ne l’avait vue venir, celle-là). Pour le film sur lequel il travaille, il a besoin de créer des atmosphères, des ambiances, et la musique doit en faire partie. Je me suis retrouvée à écouter des musiques presque concrètes ou abstraites, faites à partir de bruits de bouche très étranges. Parce qu’au fond, on ne choisit pas une musique uniquement parce qu’elle sonne bien, mais pour ce qu’elle fait ressentir.

(À méditer.)

Comment être force de proposition dans un rôle d’exécutant ?

Mon stage a débuté il y a une semaine. Je n’ai clairement pas assez de recul pour répondre à cette question, mais elle s’est posée dès les premiers jours et je sens qu’elle va me suivre un moment.


J’accompagne Visual Corner dans le développement de sa communication sur les réseaux sociaux. Je prends des photos et des vidéos de ma maître de stage, qui est aussi la directrice de l’agence. Elle travaille seule et elle est le visage de la marque, donc il est important pour elle de montrer son quotidien, ses échanges, ses rencontres avec d’autres entrepreneures, pour créer une vraie proximité avec sa communauté. À côté de ça, je crée des templates de story motivationnelles, inspirée de celles de Emma GREDE, pour maintenir un rythme de publication régulier.


La cible est précise : des femmes qui veulent entreprendre, oser, prendre leur place. Une business girl qui parle à de futures business girls. L’univers visuel est lui aussi très précis : élégance, audace, confiance. Tout est cohérent et maîtrisé. Et c’est justement là que ça se complique.


On me demande de respecter les valeurs, la personnalité et la charte graphique de la marque. Jusque-là, logique. Mais on me demande aussi d’être force de proposition. Mais comment proposer du nouveau quand on est encore en train de comprendre la marque ?


D’un côté, on attend de moi que j’exécute bien. De l’autre, que j’apporte quelque chose en plus. Et ces deux attentes ne sont pas toujours faciles à faire cohabiter quand on arrive, surtout comme stagiaire.


J’ai identifié deux approches possibles. La première, c’est de rester dans le cadre mais d’explorer ses limites comme garder les mêmes codes visuels mais par exemple tester un nouveau format, une autre composition, un autre rythme visuel. L’autre option, c’est d’oser davantage, d’être plus créative, sortir des sentiers battus.


Ce qui me freine, c’est surtout le regard qu’on va porter sur mes propositions, car je veux bien faire. Mais si je sors trop du cadre, est-ce qu’on va se dire que je n’ai rien compris à l’identité de la marque ? Que je ne sais pas suivre une charte ? Et à l’inverse, si je reste trop sage, est-ce qu’on va me voir comme quelqu’un qui se contente d’appliquer sans réfléchir ?


Il y a aussi la question de la légitimité. En tant que stagiaire, on arrive sans avoir fait nos preuves. On se dit d’abord « montre d’abord que tu sais faire, tu proposeras après ». Mais en même temps, si on attend trop, on passe à côté de se créer une place différente, de se créer en tant que futur designer, d’être fière de son travail, de se faire une place, et de ne plus être vu comme le/la stagiaire.


Je pense que ce n’est pas un choix entre l’un ou l’autre. C’est un dosage. On peut respecter une identité et proposer des choses, à condition de savoir expliquer pourquoi. Mais encore une fois ici, je suis confrontée à la barrière de la langue. Bien que je me débrouille comme je peux et que je comprends tout, je n’ai pas encore le niveau pour m’assurer de présenter parfaitement ma proposition. Mais bon je pense que les premières semaines sont sûrement faites pour observer, montrer qu’on a compris. Et c’est une fois cette base posée qu’on peut se permettre d’oser plus. C’est un peu frustrant quand on a envie de tout donner dès le début.


Au fond, cette question c’est une tension qu’on retrouve dans le métier en général : comment mettre sa patte dans un projet qui ne nous appartient pas ?