Lead Designer pour 3 semaines

Je suis arrivé en stage chez Altaroad il y a un peu plus de deux semaines. Jusqu’alors je n’arrivais que peu à comprendre ce que faisait concrètement l’entreprise, je savais cependant que j’étais là pour les aider dans la refonte de leur application web.

Dès lundi, je fais la rencontre des différentes équipes présentes sur site et m’installe avec l’équipe plateforme (développement) avec qui je vais travailler durant les prochains mois. Sans vraiment comprendre, ils me font installer un nombre incalculable de logiciels et clés de sécurité sur mon pc afin de pouvoir travailler sur le projet et je me retrouve notamment avec Linux d’installé sur mon PC sous Windows (déroutant). Puis vient la première réunion, chacun dit ses objectifs pour la journée et ma tutrice me présente aux autres employés. Je suis le « Lead Designer UI/UX » de Altaroad pour 3 mois et quelques jours.

Les premiers jours passent et je comprends mieux le projet sur lequel je travaille, Altaroad vend une solution permettant de peser et de suivre les camions entrant et sortant de chantiers ainsi l’un des points fondamental du service proposé est une application web permettant de suivre et renseigner tous les camions leurs informations / contenus / provenance … L’équipe de développement travaille à fond sur cette application qui était techniquement très impressionnante, beaucoup moins visuellement. J’étais censé travailler avec un designer UX freelance cependant celui-ci arrive 3 semaines après le début de mon stage. Ce qui fait de moi le seul décisionnaire en terme de design durant 3 semaines. (petite pression)

Cependant les débuts se passent bien, en effet tout est organisé jusqu’au moindre détail et renseigné sur OpenProject un logiciel de gestion de projet, chaque décision est accompagnée de son message sur Slack un outil de dialogue pour entreprise et enfin chaque ajout est vérifié plusieurs fois avant d’être ajouté via GitLab. Très vite, on me demande de travailler sur les pages déjà codées, je lance Figma et ne même temps que je crée mes premières maquettes du site, je me conforte dans l’utilisation de ce logiciel. On a des réunions tous les jours, voire même plus et parfois trop, il m’arrive de passer des journées quasiment entières sur Google Meet à suivre les avancements des équipes sur le projet. Je me sens bien intégré à l’équipe développement avec laquelle je me trouve et bien que je travaille plutôt de mon côté les nombreux échanges possibles et mis en place durant la semaine me permettent d’avoir des retours fréquents sur mon travail et de trouver un juste-milieu entre création et apprentissage, j’essaie au plus que possible de comprendre comment ils travaillent et ce qu’ils font car il s’agit d’un domaine qui m’intéresse aussi beaucoup.

Par la suite à force de me balader sur les prototypes du site bien que celui-ci soit jusqu’à dix fois plus compliqué que tout ce que j’ai pu faire auparavant en intégration web, je commence à comprendre son fonctionnement dans les grandes lignes. J’ai ainsi pu commencer à avoir la possibilité à toucher au code et notamment au SCSS.

Le principal problème qui m’a fait peur en ce début de stage est de ne pas être accompagné et de devoir décider de moi-même pour toute la partie graphique mais finalement tout se passe bien et les choix et propositions que je fais dans un premier temps seront revus par la suite avec Greg (le designer freelance). Cela va me permettre de voir comment un professionnel aurait fait à ma place et ainsi potentiellement adapter mes méthodes de travail.

L’arrivée dans une jungle

« Découverte de la jungle … »

Le mot jungle, qui peut sembler péjoratif aux premiers abords, définit en fait parfaitement mes deux premières semaines d’expérience dans ce stage.

En effet, en arrivant dans cette jungle, à savoir l’agence “Gorille”, je savais que j’allais dans un studio de motion design « corporate » qui travaillait sur divers projets, avec des directions artistiques pas toujours très intéressantes. J’avais donc une certaine appréhension, mais c’est aussi ce que je recherchais : une agence avec de l’expérience, qui me ferait découvrir la création de visuels pour les entreprises, même s’il n’y a que peu de place pour la création.

Ainsi, avant d’entrer dans la jungle, je m’étais fait de nombreuses idées, et une fois à l’intérieur, je me suis d’abord senti perdu devant son immensité.

En effet, dès mon arrivée dans l’agence, Davy, le directeur artistique, m’a fait un récapitulatif du fonctionnement global de l’entreprise, puis m’a rapidement plongé dans la réalisation d’un motion. J’ai pu découvrir à petits pas les différentes étapes fondamentales de sa création, mais je ne m’attendais pas à découvrir autant de choses en si peu de temps. Et cette découverte repose avant tout sur une chose extrêmement importante : l’organisation à tous les niveaux. Tout est parfaitement calibré. Ainsi, à la manière de la découverte d’une jungle, si aux premiers abords tout me semblait être un grand amas incompréhensible, peut-être même un peu repoussant, je me suis vite rendu compte que chaque petite chose avait son importance et faisait partie d’un tout en réalité parfaitement organisé pour que chaque détail fonctionne en symbiose avec le reste.

Cette grande jungle repose sur deux piliers fondamentaux : l’élaboration d’un projet, ainsi que l’organisation.

I) Élaboration d’un projet

1. Lancement : par mail ou en visioconférence, avec les directeurs de l’agence et le client. Cette partie va définir la demande générale, avec la particularité que Gorille propose des aller-retours pour les clients tout au long de la création, sans augmenter le budget initial ! 

2. Script : différents rédacteurs vont rédiger un script pour le motion (s’il n’est pas déjà fourni) en fonction de la demande du client, en respectant une durée prédéfinie ou définie à cette étape.

3. Style : différents illustrateurs débutent la création de styles, afin de déterminer la direction artistique qui pourrait convenir au client. C’est avant tout sur cette partie que j’avais pu avoir des appréhensions, mais j’ai pu me rendre compte que des styles très différents étaient en réalité essayés, parfois assez expérimentaux et plutôt intéressants. Mais c’est le client qui fait le choix final.

4. Story-board : il consiste la majorité du temps en une accumulation de style-frames qui suivent le script phrase par phrase, ce seront donc les illustrations finales utilisées pour l’animation.

5. Voix-off : une fois le storyboard terminé, la voix off est enregistrée par des comédiens.

6. Animation : l’animation ne débute qu’ici ! Grâce à toutes les étapes précédentes, la création du motion se fait facilement, car tous les éléments nécessaires sont déjà présents et validés par le client.

7. Montage : enfin vient l’étape finale, le montage de tous les éléments. En effet, le motion ne reste souvent pas tel quel, avec seulement une animation et la voix-off. Il y a une partie importante de sound design, bruitages et fond musical, et parfois aussi de sous-titres.

II) L’organisation

1. Serveur Privé : toutes les productions de Gorille sont stockées dans un serveur NAS sur place, ce qui permet à n’importe quel ordinateur d’accéder aux fichiers, tous mis en commun. Chaque projet est rangé exactement avec la même arborescence de fichiers, en suivant les étapes de création vues précédemment, ce qui permet de gagner un temps énorme dans la recherche de fichiers.

2. Communication : peu d’outils de communication sont utilisés afin de tout regrouper et de ne pas perdre de temps. Il y a Skype pour la communication vidéo avec le client ou en interne, et Slack pour des messages rapides et envoi d’informations. Chacun a par ailleurs sa propre adresse mail afin de pouvoir communiquer à tout moment avec les clients.

3. Conceptboard : le pilier de la communication tout au long d’un projet, c’est une sorte de planche interactive à la manière de Google Drive, où toutes les étapes du processus de création sont présentées pour communiquer visuellement et avoir des retours du client.

4. Monday : une application en ligne qui permet d’avoir une vue globale de toutes les tâches à faire, de les attribuer à chaque personne, une sorte d’agenda géant pour une entreprise.

5. Début d’une journée : simple mais efficace, à chaque début de journée un appel collectif se fait sur Skype, Davy fait alors un rappel en 15 minutes de toutes les tâches de la journée pour chaque personne (à retrouver sur Monday) pour voir s’il y a des points à éclaircir.

Finalement, même si j’organisais toujours moi-même chacun de mes projets, je n’avais pas encore trouvé de bonne manière de l’appliquer à toutes mes réalisations, et découvrir toute l’organisation de Gorille m’a donné de nombreuses idées.

Par ailleurs, cette optimisation dans l’organisation, m’a permis de travailler sur de nombreux projets en très peu de temps ! Et de découvrir chacune des étapes de création d’un motion : j’ai pu réaliser une animation, des sous-titres, des montages et du sound design, de nombreuses planches de style, un storyboard complet. J’ai travaillé chaque jour sur 2 à 5 projets différents, ce qui m’a permis jusqu’alors de toujours être en mouvement et de réfléchir à de nouvelles choses, de ne jamais m’ennuyer.

D’autre part, j’ai pu me rendre compte, même si je m’en doutais déjà un peu, que c’est la satisfaction et les envies du client qui priment sur les choix du designer, ce qui m’a conduit à parfois travailler avec une direction artistique assez étrange, et à devoir ajouter des éléments qui ne s’intègrent pas forcément au style et au message choisis.

Organisation et responsabilisation

La question de mon temps de travail a été évoquée tout au long de mon stage. Dès qu’un nouveau projet était annoncé, ma tutrice me demandait de communiquer le temps que j’estimais pour produire certains visuels. L’estimation devait donc se réaliser avec pour seul élément de comparaison les différents projets faits en classe. Cependant, un décalage existe toujours entre la théorie et la pratique : les horaires étant bien différentes, il était complexe de vraiment donner une fourchette de temps dans laquelle tout aurait été réalisable. Les missions s’accumulent et c’est en fonction de l’urgence de ces dernières que le planning s’établit ; mais c’est surtout ma tutrice qui me laissait la responsabilité de leur présenter une date de rendu pour les projets plus importants. Je m’imposais donc mes propres deadlines, que je devais respecter, et devait leur annoncer lorsque les missions s’enchaînaient trop rapidement. J’étais donc majoritairement responsable de mon rythme de travail (surtout si l’on prend en considération qu’il s’agissait là de télétravail uniquement).

Cette organisation était plus ou moins mise à mal par le fait que toute l’entreprise fonctionnait et produisait dans l’urgence : dès qu’une mission plus importante tombait, le reste était mis en pause pendant un temps indéterminé, ce qui était assez perturbant au début du stage : plusieurs visuels pouvaient donc être en cours, sans qu’aucun ne soit fini, et dans de rare cas, certains étaient abandonnés, jugés moins importants que les autres.  Le planning pouvait également être modifié par la communication mise en place en télétravail : tout se faisait par mail. Les visuels passaient de ma tutrice à la direction (pour les projets majeurs) et pouvaient donc prendre un certain temps avant d’être validés. Enfin, sans contact “direct”, des quiproquos pouvaient arriver entre temps entre les différents interlocuteurs. 

Même si j’étais plus ou moins responsable de mon planning, ce que je n’aurais jamais cru possible, en temps que simple stagiaire, j’étais également tenue responsable de mes productions : la question de la signature a émergée. Ma tutrice m’avait demandé de signer certains de mes visuels, surtout ceux qui avait comme destination les réseaux sociaux. Si bien évidemment l’ajout du logo de la marque sur les projets était une évidence pour moi, le fait de pouvoir y apposer une signature était un concept qui m’était assez étranger, car pour moi, il n’existait tout simplement pas de “droit d’auteur” en entreprise. C’est donc ajouté à tout cela une certaine responsabilité, car certains visuels étaient maintenant liés à mon nom.

Le fait de pouvoir non seulement “mettre en place” son planning (ou plutôt de s’organiser comme on le sens en fonction de ses capacités) mais également de pouvoir se réapproprier son travail, même au sein d’une entreprise, a eu clairement pour conséquence de me responsabiliser, de donner une valeur concrète et de pouvoir estimer mon temps de travail sur certains projets plus efficacement.